TOURNAI

Le Tournai d’avant: armées, mêmes soucis, autres solutions…

La navigation ne fut jamais une sinécure dans la traversée de Tournai. Mais au fil des siècles, malgré des avatars sans nombre,, l’Escaut avait gardé, en aval le pont des Trous.

Les tours du Bourdiel (1281), de la Thieulerie (1302) ou la courtine (1314) avec ses trois arches d’égale largeur n’en sont pas sorties intactes, perdant leur toit, la Vierge de 1340 tout en gardant l’image d’une des rares portes d’eau conservée en Europe.

Mais en octobre 1918, sa fin est programmée. Les troupes allemandes en retraite se sont installées sur la rive droite sauf entre Tournai et Antoing où la ligne Herman résiste sur la rive gauche, afin de conserver le passage du reflux.

Peu à peu, le flot des vaincus s’est tari, Von Cramer, commandant de place, veut effacer de la carte les ponts et d’ainsi retarder l’avance anglaise. Tous, sur l’Escaut comme sur le chemin de fer, sont munis d’explosifs puissants. Au pont des Trous, des obus gigantesques, pointes vers le ciel, sont rangés au pied des tours, prêts à faire subir à cet ouvrage médiéval le sort commun. Le 7 novembre, tous sont détruits.

Seul le pont des Trous reste debout. Le 22 octobre, le conservateur des musées fait parvenir à l’échevin A. de Rick un «cri d’alarme afin que ce monument des plus anciens qui mérite la sympathie des hommes cultivés soit préservé». Lettre transmise au Ct de Division qui répond courtoisement «vouloir parler au bourgmestre à 14 h ce 24 octobre accompagné de l’archéologue et d’ouvriers».

MM. Leduc et De Rick s’y rendent et il est décidé que les portes des tours seront murées, la courtine munie de barbelés et les mines enlevées. Le Ct Stacker affirme encore «que le sautage (sic) du pont des Trous ne se fera pas à sa demande expresse et que les intérêts militaires sont ainsi sacrifiés aux désirs des Tournaisiens». Ouf!

Le 19 mai 1940, les troupes anglaises se trouvent face au même problème. Mais pas de sauvetage. Tout saute, y compris le pont des Trous qui est miné entièrement et qui n’aurait jamais permis que le passage de troupes à pied. Chance insigne ou nervosité des sapeurs, seule l’arche centrale est détruite. On retrouvera lors des visites pour la restauration, les explosifs intacts. Un brin d’optimisme à ce sujet: l’arche centrale élargie permet dès lors le passage des péniches de 600 tonnes au lieu de 350.