TOURNAI

Le Tournai d’avant: voler, piller, détruire

L’Allemagne, dès juillet 1918, ne croit plus à la victoire. À Tournai et sa zone Étape, Hopffer et sa clique ne l’ignorent, eux qui compteront dans ce mois d’été, 160 bombes anglaises larguées sur la ville.

D’autres signes le révèlent, valises bouclées, documents évacués, troupes en retraite transportant le fruit de leurs pillages; dont ils abandonnent parfois, pour courir plus vite tout ou partie ici et là. Et ils ont du goût, les pillards, tel le caporal Fritz Hoeber, étudiant en archéologie, qui fait «don» à la bibliothèque de rares ouvrages d’art volés.

Cependant, l’occupant tente encore, en octobre, de ralentir les Alliés, facilitant le reflux des vaincus: nids de mitrailleuses, batteries de canons, envahissent parcs et places, des observateurs se positionnent au beffroi, au belvédère du Mont-Saint-Aubert, dans les clochers, comme à Saint-Brice ou à l’hôpital, sauvés par l’intervention courageuse du bourgmestre ff De Rick.

La tactique paie car, en face, le 5e Armée Britannique, reformée vaille que vaille après de lourdes pertes, ne bouge pas. Le 20 octobre, elle occupe pourtant Froyennes.

L’Allemand en profite. Il pille systématiquement les maisons et magasins abandonnés, sur ordre ou par sécurité; il détruit, parfois symboliquement comme la statue du libertaire Barthélemy Du Mortier ou par opportunisme avec l’imprimerie Desclée de l’avenue de Maire, détruite par un concurrent direct de cette maison.

Si l’on peut comprendre, dans sa logique, que l’ennemi aux abois fasse sauter la plupart des clochers de la région, les ponts du chemin de fer ou sur l’Escaut, comment excuser l’incendie des 40 maisons de la rue Bonne Maison (faubourg de Lille), de la maison Lohest au boulevard Lalaing, de l’école de la chaussée de Lille (Montgomery à ce jour), du moulin Lagache, les tranchées au cimetière du Sud qui obligent à enterrer dans les jardins de l’hôpital civil.

Au-delà de ces faits de guerre, il y a, atroce, le sort de la population. Il ne reste que vieillards, femmes, enfants, priés d’électricité et de gaz dès le 19 octobre, courant sous la mitraille chercher un peu de nourriture aux magasins des rues Duquesnoy et des Chapeliers.

Cette situation perdura plusieurs semaines, dans l’angoisse et la faim, en conservant, malgré tout, l’espoir de la délivrance. Elle est là, quand le premier soldat britannique met le pied place de Lille, nous sommes le 8 novembre, à 6 h 30.