- Tournai

Le Tournai d’avant: dégagez, vous avez 24 heures

Une ville occupée pendant la Grande Guerre, c’est, pour sa population, la peur, la faim, le souci du lendemain et s’ajoutent des contraintes qui vont du couvre-feu aux interdictions de circuler, de la fermeture du bureau de Postes de la gare (seul en service, au Bas-Quartier) et des réquisitions de logement.

Car Tournai, avec son fleuve, son chemin de fer, ses routes s’avère très tôt une plaque tournante pour l’organisation, l’acheminement des vivres et du matériel militaire vers le front. Les troupes, de tous services, envahissent donc la cité comme certains villages voisins et il faut les loger.

Dans une liste non exhaustive sont comptabilisés pas moins de cinquante-cinq lieux, de toute nature, repris dans la bagatelle de 2 640 formulaires de déclaration de dégâts causés par l’occupant.

Normal: les deux casernes sont, dès 1914, affectées aux troupes en repos, à l’entraînement, au maintien de l’ordre; la Kommandantur envahit une partie de l’hôtel de ville; les bureaux de l’Étape sont à la rue Royale, des bureaux à l’hôtel Cathédrale…

L’hôpital militaire est allemand; insuffisant, le lazaret de Passy s’étend au détriment des classes. En face, entre chaussée et Escaut s’étend le cimetière alors qu’une blanchisserie spécifique s’installe à la chaussée d’Audenarde dans les locaux de la chocolaterie La Belgica.

À Allain, la fabrique de carreaux Dapsens se transforme en camp de prisonniers russes.

Les officiers supérieurs se sont attribué villas et châteaux. Tel le Général-Major Hopffer, commandant l’Étape, dont sa rapacité et le nez rougi par les libations s’abritent au château Debaisieux (à Saint-Piat, démoli, Versailles à ce jour).

Pas mieux avec le prince Rupprecht de Bavière qui laisse 24 heures aux deux dames Du Mortier (Grand-Place) et le droit d’emporter le mobilier de leurs chambres à coucher. Au château de Ramegnies-Chin, même cruauté pour Madame Octave de Maulde, (qui a perdu son fils Jean en 1914) qui n’y occupe cependant plus qu’une pièce.

Tournai doit répondre à tous les besoins de l’armée d’occupation: écuries, hangars, boucherie militaire, ambulance à l’Hospice de la Vieillesse, dortoirs et lavoirs (à la Madeleine) ateliers de récupération de tout ce qui est spolié entraînent ipso facto le départ des propriétaires.

Peut-être pis encore est la réquisition totale ou partielle de simples maisons de particuliers. Des chambres inoccupées? Il vous est laissé le minimum, le reste est requis et doit demeurer libre même quand l’Allemand s’en va.

Attention, la maison et le logement doivent demeurer absolument propres; surtout, pas de mimiques et/ou de mots de protestation, il vous en cuirait: jusqu’à l’expulsion de la ville. Compensation, il est prévu un loyer, minimal mais qui satisfait le vainqueur.

Un vainqueur qui quadrille ainsi la ville, y est omniprésent, veille et surveille tant que la fortune des armes lui est favorable