BELGODYSSÉE | AMBRE CISELET (CANDIDATE 3/8)

Intégrer les Roms dans le système scolaire belge: une mission difficile mais nécessaire

Intégrer les Roms dans le système scolaire belge: une mission difficile mais nécessaire

Estera: “Quand je dis à mes camarades de classe que je suis Rom, ils sont choqués.” ÉdA – Kevin Van Den Panhuyzen (photo d’illustration)

La scolarisation des enfants Roms à Bruxelles, c’est l’objectif de Gabriel Mihai. Une mission pleine de défis, mais les résultats sont porteurs d’espoirs. Rencontre avec Gabriel et Estera.

AVANT DE LIRE

Chaque semaine durant deux mois, un(e) jeune journaliste sélectionné(e) pour le concours Belgodyssée propose un reportage en lien avec la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont on fête le 70e anniversaire le 10 décembre. Cette semaine: Ambre Ciselet.

Déclaration universelle des droits de l’homme, article 26, alinéa 1 (extrait):

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Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental. L’enseignement élémentaire est obligatoire.

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Intégrer les Roms dans le système scolaire belge: une mission difficile mais nécessaire
L’ASBL Foyer inscrit environs 90 nouveaux élèves Roms chaque année. ÉdA – A. Ciselet
Sur la porte d’entrée, on peut lire «Foyer». Dehors, le ciel gris d’un jour d’automne pluvieux. À l’intérieur, de la musique festive et des rires d’enfants qui réchauffent les joues glacées par le vent. L’ASBL a pour mission d’intégrer les populations d’origine étrangère qui arrivent en Belgique. Le Foyer est aussi un lieu de rencontre où les jeunes peuvent se retrouver après les cours. Nous sommes mercredi après-midi, les enfants n’ont pas école, les parents travaillent. Le Foyer est bondé.

C’est ici que Gabriel a rendez-vous avec Estera. Le Foyer dispose d’un service dédié aux Roms et aux gens du voyage. Gabriel est Rom. Il travaille comme médiateur pour le Foyer et a pour objectif principal d’aider les familles Roms installées à Bruxelles à scolariser leurs enfants. C’est dans le cadre de sa mission que Gabriel a rencontré Estera, il y a quelques années, alors que ses parents cherchaient une école néerlandophone pour elle et son frère. Aujourd’hui, Estera est en troisième secondaire, option économie.

“Je ne me sens pas différente”

Intégrer les Roms dans le système scolaire belge: une mission difficile mais nécessaire
Gabriel Mihai est Rom d’origine roumaine, il est arrivé en Belgique à l’âge de 22 ans. ÉdA – Kevin Van Den Panhuyzen
Pour profiter d’un peu plus de calme, Gabriel propose de s’installer dans la bibliothèque. Assis parmi les livres, Gabriel et Estera discutent. Au fil de la conversation, ils jonglent avec du néerlandais et le romani, en passant par le français.

Estera est arrivée en Belgique quand elle était toute petite. Son père a trouvé un travail à Bruxelles et il a immigré ici avec sa famille. Elle parle couramment le romani, le roumain et le néerlandais, elle apprend le français et l’anglais. Quand elle s’exprime en français, les mots sont hésitants mais l’intention est assurée.

Non, tous les Roms ne sont pas des mendiants. Non, elle ne se sent pas différente. «Être Rom, ce n’est pas une femme en jupe qui porte un foulard et qui demande de l’argent… Une Rom, c’est moi aussi, une étudiante en pantalon.» Quand on lui demande ce qu’elle veut devenir plus tard, son visage s’illumine d’un sourire. Elle se verrait bien comptable, agent immobilier ou manager…

L’intégration passe par l’éducation

Beaucoup de parents Roms qui sont arrivés ici en Belgique n’ont pas eu l’occasion d’aller à l’école dans leur pays d’origine. La scolarisation de leurs enfants ne sonne pas comme une évidence. Il arrive, au moment de l’inscription de l’enfant, que la famille découvre le système scolaire. Il peut aussi s’agir d’un premier contact avec les non-Roms. C’est la raison pour laquelle le travail de Gabriel est primordial.

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Je me vois comme un pont entre la famille Rom et l’école.

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« Je me vois comme un pont entre la famille Rom et l’école.» Les résultats de son travail s’inscrivent sur le long terme. En effet, les enfants d’aujourd’hui seront les parents de demain. Gabriel évoque l’exemple d’un adolescent Rom qu’il a inscrit en secondaire il y a huit ans. Aujourd’hui devenu père, il décide d’envoyer son fils à la maternelle. «C’est très rare d’avoir un enfant Rom qui est scolarisé si jeune.»

Après leur entrevue, Gabriel raccompagne Estera chez ses parents, il ne doit pas trop tarder car il a un autre rendez-vous avec une jeune Rom durant l’après-midi. Elle est en décrochage scolaire, Gabriel va tout faire pour l’aider à continuer son parcours.

Le travail de Gabriel n’est pas de tout repos. Il est urgent et nécessaire. La communauté Rom, qui représente la plus grande minorité ethnique en Europe, est aussi reconnue comme la plus discriminée.

Une étude menée par l’Union européenne en 2016révèle que la communauté Rom est encore bien trop stigmatisée. L’accès à l’éducation est un aspect primordial pour une meilleure intégration. Pour cette étude, plus de 34 000 personnes ont été interrogées dans 9 pays membres de l’Union européenne. Cette vidéo explicative reprend les grandes conclusions de cette étude.

Ça veut dire quoi, «être Rom»?

L’appellation Rom désigne une communauté ethnique qui englobe l’ensemble des populations originaires du Nord de l’Inde présentes en Europe. Le Conseil de l’Europe définit le terme Rom comme désignant «les Roms, les Sintés (Manouches), les Kalés (Gitans) et les groupes de populations apparentés en Europe». Il a été choisi en 1971 par des associations Roms de l’Europe de l’Est. L’objectif était de remplacer le terme «tsigane», jugé comme péjoratif.

Ces populations sont installées en Europe depuis longtemps; les Roms sont, pour la plupart, citoyens européens. Beaucoup sont bulgares (10,33% de la population), roumains (8,6%), hongrois (7,49%), etc. Ils sont présents dans la quasi-totalité des états de l’Union. La langue associée à ce peuple hétérogène est le romani, dérivé du sanskrit, une langue du nord de l’Inde.

En Belgique, on compte environs 13 000 Roms, la grande majorité se trouve à Bruxelles. Contrairement à une idée reçue, seulement 5% d’entre eux sont nomades.

QUI EST L’AUTEURE DE CE REPORTAGE?

Intégrer les Roms dans le système scolaire belge: une mission difficile mais nécessaire
© Emanuel Crooÿ
Ambre Ciselet, 24 ans, Court-Saint-Étienne

J’ai grandi à Louvain-la-Neuve et j’habite aujourd’hui à Court-Saint-Étienne. Je vis pour apprendre, expérimenter et découvrir. Lorsque je raconte une histoire, j’aime m’immerger dans mon sujet. Je me rends sur le terrain et j’observe, j’écoute, je m’émerveille.

Je suis passionnée de radio. Je travaille sur plusieurs podcasts documentaires en ce moment. C’est le média de la proximité, de l’intimité, de l’imaginaire.

+ Retrouvez les reportages radio des candidats francophones tous les samedis, dans «Transversales», entre midi et 13 h sur La Première (jusqu’au 8 décembre). Et sur VivaCité dans l’émission «Grandeur nature», le samedi aussi entre 16 h et 18 h.

Découvrez tous les reportages de la Belgodyssée 2018 consacrés aux droits de l’homme sur lavenir.net/extra/belgodyssee.

 

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