ROMAN

« Rops choquerait aujourd’hui aussi»

« Rops  choquerait aujourd’hui aussi»

Félicien Rops parle encore aujourd’hui. -

À travers l’enquête menée par un agent d’assurances, Michaël Lambert revisite la vie de Félicien Rops, un artiste toujours aussi transgressif.

«Et de quel crime Fély était-il coupable? D’avoir aimé trop de femmes? D’avoir détesté trop de bourgeois? Ou d’avoir vécu comme un homme qui tente avec désespoir de rester vivant et fidèle à des idéaux trop grands. »

À travers l’enquête d’un agent d’assurances chargé de calculer le préjudice subi par le Musée Félicien Rops après l’entartage – par de jeunes bloupières-étudiantes – du philosophe Bertrand Hilare-Verni lors d’un vernissage à Namur, c’est à une plongée pleine d’enthousiasme dans l’œuvre, la personnalité et la vie de l’artiste Félicien Rops que nous invite Michaël Lambert.

Entre la trame de surface – la jolie relation entre l’assureur et une employée du musée -, la biographie fantasmée de l’artiste («à partir de faits réels») et les multiples lettres envoyées par Rops à ses contemporains, le deuxième roman de l’auteur liégeois entraîne le lecteur dans un va-et-vient fluide et agréable entre le 19e et 20e siècle. Un va-et-vient qui oblige à se demander ce que serait (ce que ferait) Rops aujourd’hui.

Pris d’une inattendue passion pour «Fély», Jean Desjardins – l’assureur à la vie tranquille et bientôt papa -, est ébranlé par les peintures, les gravures et la façon de vivre de celui que Baudelaire appréciait. La relation de Rops aux femmes, notamment – mais pas que -, le fascine.

«Rops aurait sans doute été de leur côté»

«Comment l’idée de ce roman m’est venue? sourit Michaël Lambert. Eh bien, un jour, l’artiste liégeois Jacques Charlier m’a dit, à propos de Félicien Rops, qu’on méconnaissait son côté anticonformiste. En 2015, le philosophe Bernard-Henry Lévy a été entarté lors d’une exposition mettant en relation l’artiste Jan Fabre et Félicien Rops. Eh bien, je me suis dit qu’à son époque, Rops aurait sans doute été du côté de ces gens qui entartent une personnalité venue récupérer son visage. Il ne faut pas oublier que l’artiste, même s’il venait d’un milieu bourgeois et qu’il avait vraiment très envie d’être reconnu à Paris, a toujours été transgressif. Il a entre autres caricaturé Napoléon III, et a d’ailleurs été provoqué en duel par un officier.»

Envie d’aller voir ses œuvres

Côté femmes aussi, le peintre-graveur namurois a été anticonformiste. «Là encore, à notre époque, il aurait sans doute choqué. De même que ses œuvres érotiques ne sont toujours pas toutes comprises, sa vie amoureuse aurait interpellé. Après avoir été marié à Charlotte Polet de Faveaux et avoir eu deux enfants avec elle, après avoir eu aussi des maîtresses, Rops, installé à Paris, a vécu en ménage avec deux sœurs, Léontine et Aurélie Duluc, qu’il aimait toutes les deux et qui se le partageaient de bon gré. Il leur a d’ailleurs fait à chacune un enfant.»

En lisant ce roman souvent drôle par rapport la nature humaine, on ne peut s’empêcher d’aller dans Google taper le nom des œuvres de Rops. Ni de se dire qu’on ferait bien d’aller visiter le musée. Ce qui est bien aussi, évidemment.

Michaël Lambert, "Femmes de Rops", Ed. Murmure des soirs, 303 p.