BRAIVES

Fallais ne veut pas voir partir en Irak Ali, Amal, Saïf, Zaianb et Alexandre

«Saif et Zaianb, c’est nos amis.» Pas plus que les enfants de l’école de Fallais, le village ne veut voir expulser la famille irakienne. Ce serait si triste.

C’est l’émoi à Braives. L’émoi comme toujours dans ces cas-là, car il ne peut (heureusement) en être autrement. L’émoi, parce qu’une famille irakienne bien intégrée dans le village depuis deux ans et demi, va recevoir l’ordre de quitter le territoire. Parce que Saïf, 6 ans, et Zaianb, 5 ans, super bien intégrés dans l’école du village, vont devoir quitter leurs copains. C’est que la deuxième demande introduite par la famille pour pouvoir jouir (façon de parler) du statut de réfugié ou de la «protection subsidiaire» ici en Belgique vient d’être rejetée par le Conseil du contentieux des étrangers (un premier refus avait été émis par le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides en décembre 2017)

L’histoire d’Ali, le papa, n’a pas convaincu les autorités belges, comme celles-ci l’expliquent dans un rapport de 16 pages formulé en néerlandais, la langue choisie (malencontreusement) par le couple lors de son arrivée à Bruxelles début septembre 2015.

Du coup, la petite famille – qui s’est agrandie il y a 14 mois en Belgique d’un petit Alexandre -, va recevoir d’ici peu un ordre de quitter le territoire.

L’histoire d’Ali? Celle d’un policier à Safwan, en Irak, dans la province de Basra, qui, après avoir arrêté un jour, avec des collègues, deux membres armés d’une milice, puis avoir témoigné d’une façon qui ne convenait pas à d’autres membres de cette milice, a reçu la visite d’assaillants, qui sont entrés chez lui, ont tué son fils de 3 ans (le 10 octobre 2013) et lui ont tiré à lui une balle dans le genou. L’histoire d’un homme qui, du coup, est parti vivre deux ans avec sa famille chez un ami dans une ferme à Zubayr, où un jour, en août 2015, la police a débarqué et signifié à Amal, l’épouse d’Ali (alors absent) que celui-ci était recherché et condamné à une peine de prison parce qu’il avait déserté la police. Entretemps, Ali avait appris que deux de ses frères, en 2014, avaient été tués.

L’homme et sa femme décidaient de quitter l’Irak pour aller à Istanbul en avion (le 25 août 2015) et de là, par la terre, de se rendre en Belgique, où Ali, Amal et leurs deux enfants (Saïf, 3 ans et Zaianb, 2 ans) débarquaient le 5 septembre 2015. Ils étaient tout de suite envoyés dans le centre de demandeurs d’asile de Barvaux, chose un peu paradoxale avec le fait que tout leur dossier allait être instruit en… néerlandais.

«On va encore les aider»

Mais donc, l’histoire et les documents remis par Ali n’ont pas convaincu les autorités belges, ne voyant ni dans la situation des Sunnites (la religion de la famille) au Sud de l’Irak, ni dans la situation personnelle d’Ali, de quoi lui attribuer le statut de réfugié ou de protection subsidiaire. Pour résumé, s’il retourne en Irak, Ali ne risque pas, pense le Conseil du contentieux des étrangers, de persécution ou de préjudice grave. Que sa femme et lui aient perdu là-bas, tué, un enfant de 3 ans n’a visiblement pas de poids: le rapport de 16 pages s’attarde plutôt sur les incohérences du récit et sur le côté douteux de certains documents fournis.

À Fallais, évidemment, où c’est le cœur qui parle, et où les incohérences, les documents, et les virgules mal placées dans le récit d’Ali comptent beaucoup moins que la vie en harmonie que lui et sa famille mènent avec le reste du village, à Fallais, où on n’a pas lu le rapport de 16 pages mais où on prend Amal dans les bras quand elle éclate en sanglots en entendant son mari évoquer la mort de leur fils de 3 ans, on est choqué d’apprendre que cette famille va devoir partir. Et on se mobilise. On fait des pétitions, on ameute. Ce n’est pas possible! Même le bourgmestre appuie le mouvement.

«Ces personnes, avec l’aide de nos services sociaux, ont fait jusqu’ici le parcours qu’il fallait pour être bien dans la commune, explique Pol Guillaume. Et nous allons voir avec une avocate spécialisée s’il n’y a pas une dernière possibilité pour que cette famille reste. Les enfants de ce couple sont amis avec les enfants d’ici. Les gens sont avec eux. Il n’y a jamais eu un seul mot, une seule doléance à l’égard de cette famille. Les voir assister à la cérémonie des primes de naissance, je trouve ça tellement bien. Une commune rurale n’est pas un ghetto, c’est un endroit idéal pour que s’épanouissent des gens qui veulent s’intégrer. Et comme beaucoup de personnes dans cette situation, impossible qu’ils travaillent puisqu’ils ne sont pas en ordre de papiers pour le faire. Nous allons les aider! On serait tous tristes qu’ils doivent partir.»