BELGODYSSÉE | ARNOLD DELAROCHE (CANDIDAT 2/8)

Les jeunes travailleurs frappés par la précarité

Les jeunes travailleurs frappés par la précarité

Livreurs attendant une nouvelle commande sur la place de la Bourse, à Bruxelles. ÉdA – A.Delaroche

En 2018, une personne pauvre sur cinq en Belgique a un travail. Les jeunes diplômés sont de plus en plus touchés par cette nouvelle précarité.

 

AVANT DE LIRE

Chaque semaine durant deux mois, un(e) jeune journaliste sélectionné(e) pour le concours Belgodyssée propose un reportage en lien avec la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont on fête le 70e anniversaire le 10 décembre. Cette semaine: Arnold Delaroche.

 

Déclaration des droits de l’homme, article 23, alinéa 3:

 

«

Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant, ainsi qu’à sa famille, une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s’il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale.

»

 

Neuf cent treize euros nets par mois. Sur les bancs de l’université, ce n’est pas vraiment ainsi que Sally imaginait sa vie d’architecte une fois son diplôme obtenu. «Étant donné que j’ai fait cinq ans d’études et un master complémentaires, je ne m’attendais pas du tout à être près du seuil de pauvreté », nous confie-t-elle.

À en croire Sally, c’est en grande partie le système de taxation belge qui est responsable de ses finances calamiteuses. «Mes impôts, mes lois sociales et ma TVA sont les trois facteurs qui font chuter mon salaire, explique-t-elle. Quand mon salaire augmente, ces trois facteurs augmentent aussi proportionnellement. Je n’ai pas l’impression qu’en gagnant plus j’aurais un meilleur niveau de vie.» Et de fustiger le statut d’indépendant. Pas adapté, selon elle, aux petites bourses. «C’est vraiment un mauvais statut! Je suis une petite indépendante. Mais j’ai les frais de quelqu’un qui gagne hyper bien sa vie. Alors que ce n’est pas du tout le cas. »

 

200 000 travailleurs pauvres en Belgique

 

En attendant, c’est surtout grâce au soutien de ses parents que cette Bruxelloise de 28 ans peut espérer de meilleurs jours. «Si je voulais vivre seule, j’aurais le choix entre vivre sous un toit et manger», assène-t-elle. Comme Sally, elles sont 200 000 personnes, soit 5% des travailleurs belges, à être à risque de pauvreté. Un chiffre relativement limité, mais qui ne cesse d’augmenter chaque année.

Pour Henk Van Hootegem, coordinateur du Service interfédéral de lutte contre la pauvreté, «avec la flexibilisation du marché de l’emploi, il y a un risque qu’il y aura plus de gens en situation de pauvreté et de travail. Et pour cause, il y a de plus en plus de contrats en intérim, de travaux temporaires et de temps partiels. »

Et ce n’est pas Pierre, vendeur, qui le contredira. Depuis l’obtention de son diplôme en agronomie, ce Bruxellois de 26 ans n’a fait que des petits boulots. La majorité n’ayant aucun lien avec ses études. «N’arrivant pas à trouver du travail dans mon domaine, j’ai fait beaucoup de petits boulots. J’ai été barman pendant un an, livreur, fleuriste… Maintenant j’ai encore changé. Et je travaille dans un supermarché », affirme-t-il.

 

Plus avantageux d’être au chômage

 

Lui qui pendant ses études s’imaginait «soit partir vers les pays du Sud, plus axés sur l’agronomie, soit réussir à trouver un travail à Bruxelles», il doit désormais gérer une réalité plus rêche. «Le quotidien, c’est savoir gérer son argent. Il faut compter ce qu’on va dépenser. C’est vraiment le minimum et le nécessaire. »

 

«

Je connais une amie qui gagnait bien sa vie avec deux mi-temps. Mais à la fin de l’année, elle a dû régler une note de 3 000€ d’impôts!

»

 

Une situation que Pierre dit avoir voulu changer en travaillant davantage. En vain. D’où une certaine frustration. «Je voulais combiner deux mi-temps, pendant le week-end et la semaine. J’étais vraiment déterminé à travailler. Malheureusement, la taxation belge ne l’encourage pas. C’est presque plus avantageux d’être au chômage et ne rien faire que de travailler et avoir deux jobs dans la semaine. Je connais une amie qui gagnait bien sa vie avec deux mi-temps. Mais à la fin de l’année, elle a dû régler une note de 3 000€ d’impôts! »

Il semble bien loin le temps où les études supérieures étaient la voie royale vers une vie confortable. En septembre dernier, une étude de l’UCL nous apprenait que 61% des jeunes Belges francophones s’avouaient inquiets quant à leur avenir professionnel.

 

Les personnes peu qualifiées au bas de l’échelle sociale

S’il est vrai que les jeunes diplômés ont du mal à s’en sortir, c’est encore plus le cas pour les personnes seules ou peu qualifiées. Le risque de pauvreté de ce dernier groupe n’a cessé d’augmenter ces dernières années. Passant de 18,7% en 2005 à 31,2% en 2017 selon Eurostat. Ce que confirme Henk Van Hoootegem: «Le risque d’être dans une situation combinant pauvreté et travaillant est plus élevé chez les personnes seules, par exemple les ménages avec une seule personne ou les parents célibataires, et les personnes à bas niveau d’éducation. »

Selon le dernier baromètre Eurostat, la Belgique fait partie des États de l’UE où l’écart de revenus est le plus important entre les personnes à niveau d’éducation faible et celles plus instruites. Créant un clivage croissant entre les différentes strates de la population.

 

 

QUI EST L’AUTEUR DE CE REPORTAGE?

Les jeunes travailleurs frappés par la précarité
© Emanuel Crooÿ

Arnold Delaroche, 26 ans, Ixelles

Futur détenteur d’un master en journalisme, la politique, l’économie et la sociologie sont mes domaines favoris. Pas vraiment des sujets qui passionnent les jeunes de mon âge, me diriez-vous. Peut-être.

Mais je suis nostalgique d’un temps que je n’ai pas connu. Celui du cinéma muet en noir et blanc des années 1930 et des Nouvelles Vagues françaises et italiennes. J’aime lire les classiques littéraires, faire du sport et je m’intéresse beaucoup à l’histoire de France.

 

+ Retrouvez les reportages radio des candidats francophones tous les samedis, dans «Transversales», entre midi et 13 h sur La Première (jusqu’au 8 décembre). Et sur VivaCité dans l’émission «Grandeur nature», le samedi aussi entre 16 h et 18 h.

 

Découvrez tous les reportages de la Belgodyssée 2018 consacrés aux droits de l’homme sur lavenir.net/extra/belgodyssee.

 

+ ABONNEZ-VOUS POUR 1€ SEULEMENT et accédez à tous nos dossiers