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ANALYSE | Restructuration à L’Avenir: «Ils ont choisi la pire des stratégies»

ANALYSE | Restructuration à L’Avenir: «Ils ont choisi la pire des stratégies»

Les Éditions de l’Avenir ont annoncé leur intention de se séparer de 60 équivalents temps plein, soit 25% de ses effectifs. -

Pour David Domingo, de la chaire de journalisme de l’ULB, l’annonce du plan de restructuration qui touche L’Avenir n’est «pas une surprise». Plutôt la énième illustration de la crise économique abordée, dans la presse, sous le prisme de la réduction du personnel. Une réponse inappropriée, vouée à l’échec, selon ce spécialiste.

ANALYSE | Restructuration à L’Avenir: «Ils ont choisi la pire des stratégies»
«Virer des journalistes, c’est se vider de sa capacité à produire du contenu», rappelle David Domingo. -
David Domingo, Rossel, RTL, et maintenant «L’Avenir»: sacrifier l’emploi est-ce une fatalité médiatique?

Depuis la réduction des rentrées publicitaires, beaucoup d’entreprises médiatiques, en Belgique comme à l’étranger, ont choisi cette option qui est la plus évidente pour le management. Mais finalement, cela n’a jamais donné de grands résultats à moyen terme. Virer des travailleurs, c’est se vider de sa capacité de produire un contenu rédactionnel pertinent. C’est se priver de sa principale ressource, en fait. Cela a tendance à aggraver la situation.

Ce n’est donc pas la bonne stratégie?

C’est la pire des stratégies. Depuis les années 80, le management a évolué. On conçoit un produit pour qu’il soit vendu, au lieu de concevoir un produit qui contribue à la vie de la société. Ça s’est renforcé avec ces grandes entreprises gérées par des managers qui sont très éloignés des priorités et des valeurs des journalistes. Ils prennent des décisions qui peuvent paraître pertinentes au niveau des chiffres, mais qui sont terribles en regard des enjeux démocratiques.

La démocratie est en danger?

C’est un des risques. Réduire les travailleurs, c’est réduire le nombre de pages. Moins de journalistes, ça veut dire moins de voix et de micros qui vont se tendre. Cela menace le pluralisme d’une société. En Belgique francophone, les journaux d’opinion avaient déjà presque disparu. On évolue avec trois, quatre grands titres et dans ce contexte, les plates-formes journalistiques sont aux mains de très peu d’entreprises, qui ont du mal à continuer à se développer. On va encore voir cette pluralité se restreindre.

Quelles sont les solutions pour qu’un travail de journalisme de qualité puisse se poursuivre?

Aujourd’hui, la presse n’est plus rentable. Faire de l’argent avec du journalisme est devenu presque impossible. Le secteur des télécommunications a pris toute la place sur internet et concurrencer Facebook ou Google, c’est une bataille presque perdue d’avance.

Et donc, on fait quoi?

Des stratégies sans but lucratif pourraient être beaucoup plus saines et pertinentes. Le lectorat, c’est quelque chose que beaucoup de journaux ont du mal à gérer.

On pense toujours en termes d’audience, mais c’est le marché publicitaire qui nous a habitués à ne réfléchir que par rapport aux chiffres. Ce regard a éloigné les médias de leur public, qui n’est plus vu que comme d’éventuels clients.

Comment retrouver ce public?

La seule façon de récupérer cette confiance, c’est de penser au public comme quelqu’un au service duquel on travaille.

C’est une valeur bien au-delà de la valeur économique, où les médias deviennent une communauté. Et c’est encore plus valable pour les médias locaux. Je connaissais les efforts de L’Avenir pour notamment explorer internet de manière différente.

Il y avait là des choses intéressantes. La décision de la direction me semble précipitée, au lieu d’attendre des résultats.