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La réaction de l’AJP à l’annonce de la restructuration à L’Avenir: «Une erreur historique de l’actionnaire»

La réaction de l’AJP à l’annonce de la restructuration à L’Avenir: «Une erreur historique de l’actionnaire»

Pour la secrétaire générale de l’AJP, réduire drastiquement le personnel est une grave erreur. © ÉdA – Jacques Duchateau

Pour Martine Simonis, secrétaire générale de l’AJP, l’info de qualité est la seule voie possible. Et pour ça, il faut des moyens.

Martine Simonis, cette restructuration à «L’Avenir», c’est un nouveau coup dur pour la presse francophone…

Le personnel de L’Avenir a attendu longtemps que l’actionnaire prenne une décision qu’on pensait être un redéploiement stratégique. Ici, des décisions ont été prises mais ce sont les plus calamiteuses et pour l’entreprise et pour le personnel: suppression d’un emploi sur quatre, le choix d’un format de journal qui est tout sauf ce que veulent les lecteurs et un pas supplémentaire pour se rapprocher de Rossel, ce qui est un risque pour le pluralisme.

Pas de doute là-dessus? La direction jure que «L’Avenir» n’est pas à vendre…

Au-delà de la synergie commerciale avec Rossel, il a trois possibilités pour l’imprimerie: Rossel, Europrinter et IPM, dont personne ne parle jamais. Cette possibilité n’a pas été examinée. Le choix de Rossel et du format nous fait dire qu’il ne faudra plus que les rédactions à mettre en synergie pour faire un seul groupe de presse. Si c’est ça l’agenda, ce serait bien qu’on avance en transparence. Mais ça, Nethys ne nous en a pas donné l’habitude. Alors oui, les risques pour le pluralisme et l’emploi sont démesurés.

L’ampleur du plan est énorme…

C’est complètement démesuré. Se redéployer avec trois-quarts des effectifs, c’est tout à fait impossible.

Il y a un risque d’appauvrissement de la qualité du journal?

Bien sûr! Les journaux qui s’en sortent sont ceux qui ont décidé de miser sur la qualité. Il n’y a pas de secrets: pour ça il faut des moyens. Sans ça, avec la concurrence très forte, on n’y arrivera pas. Les publics se sont habitués à la gratuité. Mais ça n’a jamais rémunéré ni un actionnaire ni un travailleur. Il faut donc un modèle basé sur une info de qualité que le public sera prêt à payer. En diminuant l’emploi, l’actionnaire fait une erreur historique. C’est exactement le contraire qu’il faut faire.

La direction pointe aussi un retard du titre dans le domaine numérique. Est-ce justifié?

Dire ça aujourd’hui au personnel, c’est adresser un énorme reproche à l’actionnaire. Ils disent: «Nous sommes en retard.» Mais qui est en retard? Pas les journalistes qui se sont formés; pas les journalistes qui se sont développés dans le numérique avec les petits moyens qu’on leur a laissés pour le faire; pas les journalistes qui ont essayé d’inventer un projet rédactionnel alors qu’on ne leur donnait pas de moyens supplémentaires. Le reproche est vraiment à adresser à l’actionnaire et au management qui n’a sans doute pas eu les moyens de faire ce qu’il voulait faire non plus.

Lors du rachat par Nethys, le projet présenté était pourtant celui d’une intégration du contenu rédactionnel grâce aux moyens technologiques et numériques du groupe, notamment avec VOO…

Oui, ils ont en effet annoncé leur intention de travailler l’ensemble de leurs médias dans un plan ambitieux. Qu’il leur fallait du contenu, que L’Avenir est un journal de contenu de qualité et que grâce à cela ils allaient en avoir pour leurs tuyaux. Sauf qu’ils n’ont fait aucun plan d’investissement. En fait, ils n’ont rien fait.

Êtes-vous inquiète pour l’indépendance de la rédaction qui risque d’être affaiblie et qui, depuis plusieurs mois, fonctionne sans rédacteur en chef. Et de plus avec un directeur des rédactions, au statut hybride, qui s’est clairement rangé du côté de l’actionnaire?

Je pense qu’il serait tout à fait nécessaire qu’il y ait une clarification des rôles. Le directeur des rédactions n’est pas rédacteur en chef. Et il n’y a que des rédacteurs en chef adjoints qui font fonction, qui n’ont donc pas un rôle clair non plus. Ce qui me rassure c’est que je connais les équipes ici et leur force d’organisation. Je ne dirais peut-être pas ça partout, mais à L’Avenir il y a une capacité de résistance aux pressions qui est assez exceptionnelle. Néanmoins, il y a une fragilisation de la structure, donc il faudrait en effet une clarification de l’organigramme, un directeur des rédactions et un rédacteur en chef ayant la confiance des équipes.