BELGODYSSÉE | ALEXANDRE HEDDEBAUT (CANDIDAT 1/8)

En Belgique, 600 enfants grandissent sans parents

En Belgique, 600 enfants grandissent sans parents

Adam (à l’avant-plan) ) vit depuis quatre ans dans une famille d’accueil qui l’a aidé à se remettre d’une enfance difficile. ÉdA – A. Heddebaut

En raison d’un nombre insuffisant de familles d’accueil, plusieurs centaines d’enfants restent jusqu’à leur majorité dans des centres d’aide à la jeunesse. Une situation qui ne peut plus durer.

 

AVANT DE LIRE

Chaque semaine durant deux mois, un(e) jeune journaliste sélectionné(e) pour le concours Belgodyssée propose un reportage en lien avec la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont on fête le 70e anniversaire le 10 décembre. Cette semaine: Alexandre Heddebaut.

 

 

Déclaration universelle des droits de l’homme, article 16, alinéa 3:

 

 

«

La famille est l’élément naturel et fondamental de la société

»

 

Chaque année, des milliers d’enfants sont éloignés de leurs parents afin d’échapper à des situations nocives pour leur développement. Si le problème ne peut être résolu dans des délais raisonnables, le service d’aide à la jeunesse se charge alors de placer ces enfants en institution spécialisée. Faute d’un nombre suffisant de familles d’accueil, certains enfants sont parfois contraints d’y rester jusqu’à leur majorité.

En Belgique, 600 enfants grandissent sans parents
Arnaud, 23 ans, vit seul après avoir vécu jusqu’à sa majorité en famille d’accueil. ÉdA – A. Heddebaut
«Ceux qui travaillent dans ces centres font un job extraordinaire, mais ils ne peuvent pas remplacer l’affection d’un père et d’une mère », précise Arnaud. Âgé de 23 ans, il a été placé en famille d’accueil dès sa petite enfance et considère aujourd’hui qu’il leur doit en grande partie la réussite de sa vie d’adulte. En effet, un passé traumatique laisse bien souvent ces enfants avec d’importantes carences affectives, que seule une famille d’accueil peut espérer combler.

 

Redevenir un enfant

 

«Avant d’arriver chez nous, Adam était un adulte parmi les enfants», décrit Julia, une jeune mère de 36 ans, qui accueille avec son mari un petit garçon victime de négligences parentales. L’environnement rassurant et stable d’une famille d’accueil permet aux enfants de continuer à grandir normalement après des débuts douloureux.

Ils y font l’expérience d’une vie de famille équilibrée, et réapprennent à tisser des liens affectifs qui leur permettront plus tard d’aborder sereinement leur vie d’adulte. « Sans cet attachement sécurisant avec des référents adultes, l’enfant ne pourra pas apprendre à l’école et se trouvera en perpétuelle difficulté», résume Xavier Verstappen, président de la Fédération des services de placement familial.

 

Une aventure humaine de solidarité

 

En Belgique, 600 enfants grandissent sans parents
Meli, 18 ans, vient tout juste de quitter sa famille d’accueil pour vivre en autonomie. ÉdA – A. Heddebaut
Prendre un enfant en accueil représente une merveilleuse expérience, mais comporte une série de défis non négligeables. Quel que soit son âge, l’enfant amène avec lui un passé parfois lourd de souffrances et de blessures émotionnelles. «C’est un boulot à plein-temps, et parfois ils subissent ce qu’on a vécu ailleurs», explique Meli, une jeune femme qui a tout juste quitté sa famille d’accueil pour vivre en autonomie.

La notion d’accueil implique également une ouverture à la famille d’origine, qui nécessite un réel travail de collaboration dans un contexte souvent difficile. Cependant, différentes ASBL et intervenants sociaux ont pour mission de co-construire le projet d’accueil avec les familles candidates, puis de les accompagner tout au long du processus. De cette façon, aucun problème n’est laissé à leur seule charge. Tout est mis en œuvre pour qu’elles puissent se concentrer sur leur rôle: offrir à l’enfant de l’affection et de la structure afin qu’il puisse grandir, apprendre et trouver paisiblement sa place dans notre société.

Le président de l’Union de la magistrature de jeunesse, Pierre-André Hallet, évoque l’accueil familial.

 

L’accueil à court terme: un foyer d’oxygène

L’accueil à court terme consiste à héberger un enfant en difficulté pendant une durée prédéterminée. «C’est offrir un havre de paix en attendant que les choses s’arrangent dans leur famille», résume Ludovic, un quadragénaire qui a accueilli avec sa femme une enfant de 4 ans au printemps dernier.

Outre son importance considérable pour le développement de l’enfant, ce type de placement permet aux parents d’accueil de mieux appréhender la future séparation. «On connaît d’avance la date du départ, et l’on peut donc s’y préparer. C’est à la fois un jour de joie et de grande tristesse; si elle repart, c’est que les services sociaux se sont assurés que la situation s’était normalisée chez elle.»

Comme pour tous les autres types d’accueil, l’objectif est de sortir les enfants d’une situation délétère avant que celle-ci ne les ait affectés de façon irréversible. Loin des problèmes familiaux, ils peuvent s’épanouir dans un cadre sain en attendant un retour chez eux, ou qu’une autre solution leur soit trouvée.

 

 

QUI EST L’AUTEUR DE CE REPORTAGE?

En Belgique, 600 enfants grandissent sans parents
© Emanuel Crooÿ

Alexandre Heddebaut, 25 ans, Bruxelles

J’ai 25 ans et j’étudie le journalisme à l’IHECS. Originaire de Bruxelles, j’ai vécu deux ans à Paris où j’ai étudié la réalisation à l’École de la Cité du Cinéma.

À la croisée des chemins entre cinéma et journalisme, je me passionne avant tout pour l’être humain et suis en perpétuelle recherche de nouvelles histoires à raconter.

 

+ Retrouvez les reportages radio des candidats francophones tous les samedis, dans «Transversales», entre midi et 13 h sur La Première (jusqu’au 8 décembre). Et sur VivaCité dans l’émission «Grandeur nature», le samedi aussi entre 16 h et 18 h.

 

Découvrez tous les reportages de la Belgodyssée 2018 consacrés aux droits de l’homme sur lavenir.net/extra/belgodyssee.

 

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