HUY

Vol à la station-service de Comblain: le gérant de la pompe devant la chambre du conseil

Un dispositif policier important a été déployé ce matin au palais de justice de Huy, où différents protagonistes du vol à la station-service de Comblain-au-Pont passaient en chambre du conseil. Dehors, des amis des uns et des autres étaient là en soutien.

Vol à la station-service de Comblain: le gérant de la pompe devant la chambre du conseil
L’avocat du pompiste Me Pascal Rodeyns ÉdA
Alors que les deux derniers responsables du vol qualifié qui a mal tourné ce jeudi à Comblain ont été interpellés et privés de liberté, plusieurs d’entre eux et le gérant de la pompe à essence passaient en chambre du conseil ce mardi matin. Le gérant de la station-service, Domenico Castronovo, a été inculpé pour le meurtre d’un de ses cambrioleurs, a précisé vendredi matin Catherine Collignon, premier substitut du procureur du Roi. Il nie l’intention d’homicide.

Sur le parking du palais de justice, plusieurs amis des uns et des autres, autant du pompiste que des voleurs présumés, étaient là pour marquer leur soutien aux détenus. La zone de police de Huy attendait plusieurs dizaines de personnes et craignaient un affrontement entre les deux «clans». Ce qui justifiait le dispositif policier particulier important mis en place ce matin. La barrière de fer fermée devant le palais de justice, des policiers avec chiens en nombre dans la descente vers le garage par où se sont engouffrés les fourgons cellulaires, des policiers à l’entrée du palais à qui on devait montrer patte blanche, et à nouveau devant la porte de la salle du conseil.

D’affrontement, il n’y en a pas eu. Les amis, connaissances ou simplement soutiens du pompiste se tenaient d’un côté du palais de justice alors qu’une poignée de jeunes gens, amis des présumés voleurs, étaient de l’autre côté, sous les arbres. Ni les uns ni les autres ne voulaient l’affrontement. Mais juste être à l’entrée puis à la sortie des fourgons. N’empêche, ils parlaient, ils expliquaient leur incompréhension. «On est là en soutien au gérant et à sa famille», notent Benoît et Yves. «Domenico, je le connais depuis 1994, poursuit Yves. On est là pour qu’il voie qu’on est à ses côtés. On veut aussi marquer notre mécontentement par rapport à son incarcération (NDLR le gérant de la pompe-essence a été inculpé de meurtre; il a tiré en direction du véhicule des voleurs alors qu’ils s’enfuyaient et l’un d’eux a succombé). C’est un gars gentil, courageux, il a toujours travaillé, il ne mérite pas d’être en prison.» «Il a voulu protéger sa famille, son bien, il n’a pas voulu tuer», commente une dame qui ne connaît pas le pompiste mais est là elle aussi en soutien. Et ils poursuivent: « Il a déjà été braqué. C’était la 5e fois. Il était obligé d’habiter dans son magasin pour le protéger. Il a fait installer des caméras de surveillance.» Et tous d’affirmer que s’il avait voulu tuer, il l’aurait fait lorsqu’il s’est retrouvé face à ses voleurs. « S’il avait voulu tuer, il l’aurait fait dans le magasin car il s’est retrouvé face à eux. Il a frappé sur la porte d’entrée et il leur a montré son arme. Ils ont pris la fuite.» Et c’est en voulant arrêter le véhicule, en tirant dans les pneus, que Domenico Castronovo aurait touché un des voleurs.

De l’autre côté du palais de justice, une poignée de jeunes gens sont là pour en soutien aux voleurs présumés. Ils pleurent leur pote décédé et ne comprennent pas qu’on puisse soutenir le pompiste… L’un d’entre eux a cependant été interpellé par la police. «Il a suivi le fourgon cellulaire avec un marteau», explique un policier. Le fourgon dans lequel se trouvait le pompiste...

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«C’est un cas de force irrésistible»

Ce matin, Domenico Castronovo passait devant la chambre du conseil qui devait décider de son maintien en détention préventive ou pas. La décision devrait tomber en fin de matinée. Son conseil, Me Pascal Rodeyns, a demandé sa libération conditionnelle. «Mon client est un homme fatigué par la vie. Ses nuits, il les passe dans son commerce.» Le pompiste a été volé à plusieurs reprises. Son avocat n’a pas plaidé la légitime défense: «Nous ne sommes pas dans un cas de légitime défense. Mon client a tiré vers la voiture sans intention de tuer, sous le coup d’une émotion violente.» Il a ainsi plaidé l’article 71 du code pénal, la force irrésistible. «Il n’y a pas d’infraction quand on a été contraint par une force devant laquelle on n’a pas pu résister. Une force irrésistible qui l’a poussé à vouloir arrêter les auteurs du vol.»

Quatre cambriolages et deux tentatives de cambriolage: le pompiste a dû à chaque fois mettre de sa poche. «C’était à chaque fois une perte astronomique car l’assurance ne rembourse pas le stock. C’est une perte de 4000 à 5000€ à chaque vol. L’autre fois, on lui a volé 100 litres de carburant. Il doit en vendre 5000 litres pour couvrir le manque à gagner.» Depuis ces vols, le pompiste dort sur place. Il va manger chez lui mais passe la nuit dans sa pompe essence car l’endroit est reculé et il craint les vols. Et ça, depuis dix ans et sept jours sur sept. En chambre du conseil, des éléments balistiques ont été apportés. Ainsi, il apparaît que Domenico Castronovo a tiré vers le bas du véhicule des présumés voleurs. Une balle a touché une roue, d’autres l’arrière du véhicule. Il y a eu cinq coups de feu, le pompiste n’a pas vidé son chargeur. Des éléments que confirment les images des vidéos de surveillance installées sur place. Une balle cependant a touché un des jeunes gens. Un tir a été mortel, la balle a traversé l’arrière du véhicule et l’a touché.