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TOURNAI

Le Tournai d’avant: un obus heureux, Grand-Place

La chose est peu courante et pourtant attestée par plusieurs auteurs locaux: l’obus qui fracasse l’allège entre rez-de-chaussée et 1er étage de la maison Allard-Vasseur à 10 h 30 le 27 octobre 1918 aura d’heureuses conséquences.

Comme la plupart de ses voisines, les n° 2 et 4 du forum avaient été recouverts, au XIXe, d’un enduit blanc ou blanc cassé. Cette uniformité se lit encore sur les clichés anciens.

Lorsque l’obus anglais ouvre une brèche dans la façade, il est observé, notamment des membres de la Commission des Anciennes Façades (instituée le 10 juin 1905) que sous la couche de plâtre apparaît une très jolie architecture pierre et brique. Surprise.

L’immeuble Vasseur sera totalement transformé lors de sa reconstruction, l’enduit disparaît pour faire place aux matériaux traditionnels à Tournai.

Ce ne serait qu’un épisode si, à l’exemple de cette demeure élégante, d’autres n’avaient suivi. L’un des plus remarquables concerne le n° 55 de la Grand-Place, dénommé aujourd’hui «l’Écu de France».

Le noyau de l’immeuble est bien du XVIIe siècle mais, enduit, sans âme, le «Munich», qui brûle en 1896 et est réhabilité, devient ensuite le café «de l’Académie» patronyme dû aux classes du futur conservatoire, alors en pleine extension.

1906: les plans de Victor Horta insèrent l' «Académie» dans le futur musée des Beaux-Arts ouvert en 1890 à la Halle. Projet avorté, la ville fait construire un nouvel écrin pour les œuvres.

1927: Cet édifice appartient à la ville qui décide de le vendre car l’école de musique a migré vers la rue St-Martin. La brasserie de «l’Aigle» achète pour 75 000 francs.

Avant le 1er janvier 1930: c’est une obligation vis-à-vis de l’acheteur que de «décaper les façades et de les restaurer dans leur état primitif». Naît donc la «Maison des Sports» dans le style de la Renaissance Flamande avec un rehaussement des structures d’environ un mètre afin de faciliter l’accès aux caves.

16 mai 1940: La Grand-Place brûle, la Maison des Sports aussi.

1948 - 1953: la restauration totale de l’édifice fait surgir l’Écu de France que chacun peut voir encore; les matériaux anciens ont été récupérés, le style de l’ensemble respecté sauf le rehaussement qui a disparu.

Il a suffi d’un obus anglais pour que se conte l’histoire d’un immeuble à ce jour élégant; un pan de l’histoire de Tournai.