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Présidentielle tendue au Brésil: le candidat d’extrême droite peut-il être élu?

Dans un pays si divisé et une ambiance tendue, les autorités brésiliennes ont prévu des mesures de sécurité exceptionnelles, avec 280.000 hommes mobilisés dimanche pour le premier tour dans les 83.000 bureaux de vote.AFP

Un Brésil très fracturé vote dimanche pour le premier tour de l’élection présidentielle, que le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro, un nostalgique de la dictature militaire, semble assuré de remporter haut la main.

L’ancien capitaine de l’armée, apparu comme un phénomène électoral depuis qu’il a frôlé la mort dans un attentat lors de la campagne, a redit samedi soir sa confiance dans sa capacité à «plier l’affaire dès le premier tour».

Une hypothèse qui fait trembler les démocrates dans le grand pays latino-américain aux 147 millions d’électeurs, mais que certains analystes n’excluent plus, au vu de sa récente poussée dans les intentions de vote.

Le député de 63 ans, qui s’est surtout fait connaître par ses saillies racistes, misogynes et homophobes, devrait mener largement, si les sondages ont dit vrai.

Les deux derniers, Ibope et Datafolha, publiés samedi soir, accordent au candidat du Parti social libéral (PSL) 36% des intentions de vote.

En 2e position, avec 22%, arrive Fernando Haddad, 55 ans, qui a remplacé pour le Parti des Travailleurs (PT, gauche) il y a seulement quatre semaines l’ex-président Lula -- emprisonné pour corruption et inéligible.

Le duel qui se profile pour le 2e tour du 28 octobre sera le résultat d’une attraction des électeurs vers les extrêmes, concomitante à l’effondrement inattendu du centre, notamment le grand parti PSDB de Geraldo Alckmin.

Grièvement blessé lors d’un attentat le 6 septembre, Jair Bolsonaro a mené la danse depuis son lit d’hôpital dans une campagne qui s’est radicalisée à l’approche du scrutin, avec des discours violents.

Il a prospéré sur «deux courants forts», note le politologue David Fleischer: un fort sentiment anti-PT et anti-Lula, et un rejet de la classe politique classique.

«Il est perçu comme étant antisystème et un outsider alors qu’il est député depuis cinq mandats», relève M. Fleischer.

«Le meilleur pour le pays»

Cet admirateur de Donald Trump est vu comme l’homme fort qui peut endiguer la violence avec une approche musclée (port d’armes, exécutions extra-judiciaires) et redresser l’économie avec un «Chicago boy»: l’ultra-libéral Paulo Guedes.

Fait rare, il n’a jamais été impliqué dans un scandale de corruption et veut nettoyer le pays de «ses élites corrompues». «Bolsonaro c’est le meilleur», dit Cacio de Oliveira, une fonctionnaire, «si on ne l’élit pas lui, on va devenir le Venezuela».

La force du candidat a été décuplée par les réseaux sociaux lors de cette campagne où, pour la 1ere fois, «la télévision n’a servi à quasiment rien», notait Marcelo Adnet, éditorialiste du quotidien O Globo.

Ses électeurs se recrutent dans toutes les couches sociales et parmi les jeunes, qui n’ont pas connu la dictature (1964-85). Les puissants lobbys pro-armes, de l’agro-business et les évangéliques se sont rangés derrière lui.

Mais par ses insultes Bolsonaro s’est aliéné les Noirs, les femmes et les homosexuels. A la veille du scrutin, il a adouci le ton, promettant de «faire un gouvernement pour tous».

Haddad, lui, est le réceptacle de la haine farouche qu’inspire Lula à des millions de Brésiliens.

Le PT a gagné les quatre dernières présidentielles, mais est jugé par beaucoup responsable des plaies actuelles du Brésil. Durant la campagne, Haddad n’a pas fait l’inventaire de ces années-là.

Paradoxalement, dans cette élection «déconcertante et bizarre» comme l’écrivait O Globo, Bolsonaro le sanguin et Haddad le mesuré font l’objet du plus fort rejet.

Marasme

Celui qui succèdera pour quatre ans au conservateur Michel Temer -- qui quitte le pouvoir avec un taux historiquement bas de popularité -- aura pour tâche d’extraire ce pays-continent du marasme et de redonner de l’espoir à un peuple las et déboussolé.

Economie en berne avec 13 millions de chômeurs, discrédit des élites politiques, corruption endémique et violence record rongent le Brésil.

Le premier tour devrait confirmer que la polarisation aura été fatale aux autres candidats de poids.

Ciro Gomes (PDT, centre gauche) n’a jamais décollé. Pourtant, les derniers sondages ont confirmé qu’il était le mieux à même de battre Bolsonaro au 2e tour. Quant à l’écologiste Marina Silva (Rede), qui avait réuni plus de 20 millions de voix aux deux dernières présidentielles, elle s’est effondrée.

Si la présidentielle peut faire basculer le Brésil dans une ère inconnue, les élections des gouverneurs et des assemblées des 27 Etats, des 513 députés de la Chambre basse et des deux tiers des 81 sénateurs également prévues dimanche ne devraient en revanche pas transformer radicalement le paysage politique.

Sous la surveillance de quelque 280.000 hommes, les bureaux de vote doivent ouvrir à 8H00 (11H00 GMT) et les derniers fermeront à 19H (22H GMT). Les résultats devraient tomber une ou deux heures plus tard.