SOCIÉTÉ

Deux dispositifs anti-SDF qui font réagir à Liège

Deux dispositifs anti-SDF d’un genre plutôt voyant font réagir des Liégeois. Y compris chez le bourgmestre Willy Demeyer.

Une œuvre d’art? Un dispositif honteux? Les deux à la fois?

Le débat s’étalait hier sur Facebook au sujet de plots en pierre bleue installés sur le devant de deux immeubles privés à Liège, boulevard Piercot et boulevard de la Sauvenière.

Ces éléments en pierre ont été installés à ces endroits dans le but d’empêcher des personnes de s’y installer. Sont clairement visées des personnes sans domicile fixe qui devaient trouver un abri à ces endroits.

Face au tollé qu’ont suscité hier les images sur Facebook de ces dispositifs («Ce sera quoi la prochaine étape? Des lance-flammes!», s’indigne un internaute), le bourgmestre de Liège a réagi. Et dans son communiqué, Willy Demeyer manie l’art de ménager la chèvre et le chou.

D’une part, il explique comprendre les arguments des personnes qui protestent contre ces dispositifs visant des «personnes vivant en rue, précarisées, parfois fortement désinsérées».

D’un autre côté, le bourgmestre liégeois dit aussi comprendre «l’exaspération des citoyens (ne)s qui sont confrontés quotidiennement à des situations délicates sur l’espace public ou dans leurs espaces de vie».

Est-ce légal?

Ces dispositifs «anti-SDF» sont-ils légaux. S’agissant d’un espace privé, le propriétaire est libre d’y installer le “mobilier” qu’il souhaite.

Le bourgmestre de Liège indique d’ailleurs avoir eu la confirmation du service Urbanisme «qu’aucun permis ne leur paraît nécessaire pour ce type d’aménagement». Toutefois, pour le dispositif du boulevard Piercot au design particulièrement agressif, des mesures seront prises. La police les jugeant potentiellement dangereux, «des barrières nadar seront disposées pour préserver la sécurité des passants».

En la matière, les autorités communales liégeoises sont mal prises. En avril dernier, le collège avait été interpellé par le PTB et Écolo concernant les nouveaux abribus commandés par la Ville. Les bancs s’y trouvant étaient équipés de barres destinées à éviter que l’on ne s’y couche. Là aussi les SDF étaient clairement visés.

Deux mois plus tard, les autorités communales avaient entamé une courbe rentrante en faisant voter au conseil une motion visant à exclure des marchés publics de la Ville tout élément qui irait à l’encontre des objectifs de son plan communal de lutte contre la pauvreté. Les dispositifs des bancs des nouveaux abribus n’ont toutefois pas été modifiés pour la cause.

Du côté du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté (RWLP), on constate que ce type de dispositifs se fait de plus en plus courant.

Sa secrétaire générale, Christine Mahy qui vient de recevoir les insignes de Docteur honoris causa de l’Université de… Liège, le déplore évidemment: «nous combattons ce genre de choses car ce n’est évidemment pas une solution contre la pauvreté, mais simplement un moyen de la cacher, de la repousser plus loin.»