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Trump minimise-t-il les accusations d’agression sexuelle contre le juge Kavanaugh?

Trump minimise-t-il les accusations d’agression sexuelle contre le juge Kavanaugh?

- AFP

Pour Trump, la victime d’une agression sexuelle, comme celle qu’aurait commise son candidat à la Cour suprême Brett Kavanaugh, porte forcément plainte, une évidence qui n’en est pas une pour des milliers de personnes qui livrent depuis vendredi leurs témoignages publiquement.

«Je n’ai aucun doute que, si les attaques avaient été aussi graves que ce que dit le Dr. Ford, il y aurait eu une plainte d’elle ou de ses parents», a tweeté le président Trump, qui s’était gardé jusqu’ici d’attaquer frontalement la chercheuse en psychologie. «Pourquoi personne n’a appelé le FBI il y a 36 ans?», a interrogé Donald Trump.

Christine Blasey Ford, aujourd’hui âgée de 51 ans et professeure à l’université de Palo Alto (Californie), accuse le magistrat Brett Kavanaugh de l’avoir agressée sexuellement lors d’une soirée au début des années 80, alors qu’ils étaient tous deux lycéens dans la banlieue de Washington.

L’accusatrice accepte de témoigner devant le Sénat

Christine Blasey Ford, la femme qui accuse d’agression sexuelle Brett Kavanaugh, a accepté samedi de témoigner devant le Sénat la semaine prochaine, ont rapporté les médias américains.

«Le Dr. Ford accepte la demande de la commission d’apporter son expérience directe du comportement sexuel inapproprié de Brett Kavanaugh la semaine prochaine», indique un message de ses avocates à la commission judiciaire du Sénat, cité par les médias américains. L’universitaire de 51 ans accuse M. Kavanaugh, 53 ans, de l’avoir agressée lors d’une soirée arrosée entre adolescents au début des années 1980 dans la banlieue de Washington. Le magistrat nie vigoureusement et a également accepté d’être entendu par les sénateurs.

«Bien que de nombreux aspects de la proposition que vous nous avez fait parvenir par email (vendredi) soient fondamentalement inconciliables avec l’engagement de la commission pour une enquête juste, impartiale», écrivent ses avocates dans un email cité par le Washington Post, «nous avons bon espoir de pouvoir trouver un arrangement sur les détails». Ce message ne précisait pas le jour de l’audition de Mme Blasey Ford.

Un bras de fer opposait Mme Blasey Ford au républicain Chuck Grassley, président de la commission judiciaire du Sénat. Le sénateur avait accepté de l’entendre, mais la date et les modalités de l’audition restaient l’objet de vives tractations.

Après lui avoir imposé un ultimatum fixé à vendredi soir pour l’engager à témoigner mercredi prochain, M. Grassley avait finalement repoussé ce délai et avait donné jusqu’à samedi aux conseils de Mme Blasey Ford pour prendre le temps de la réflexion et négocier les conditions de l’audition.

Christine Blasey Ford ne souhaitait pas être entendue avant jeudi et voulait pouvoir appeler un témoin qui était présent au moment de l’agression, qui se serait passée alors qu’elle avait 15 ans et Brett Kavanaugh 17. «Jusqu’ici les républicains poussent pour une audition et n’accèdent pas à sa requête de témoigner jeudi et non mercredi. C’est 24 heures», a déploré sur Twitter la sénatrice démocrate de Californie, Kamala Harris, quelques minutes après la diffusion de cette information.

Dans un élan spontané devenu fréquent depuis la naissance des mouvements #MeToo et de Time’s Up, des dizaines de milliers d’internautes ont rappelé que, dans la majorité des cas, les victimes d’agressions sexuelles et de viols gardent le silence.

Selon les chiffres de l’enquête de victimisation du ministère de la Justice pour l’année 2016, 77,1% des personnes se disant victimes de tels actes ont indiqué n’avoir pas signalé les faits à la police. Contrairement à une idée reçue, cette proportion est plus élevée qu’il y a dix, vingt, trente ou quarante ans, selon les enquêtes annuelles de victimisation.

Culpabilité, honte, crainte

Sur les réseaux sociaux, des milliers de victimes présumées ont livré leur témoignage sous la bannière #WhyIDidntReport, «Pourquoi je n’ai pas porté plainte», et expliqué les raisons de leur silence.

«Parce que j’avais 18 ans. J’étais effrayée. Je ne pensais pas qu’on pourrait me croire», a notamment tweeté Gretchen Whitmer, candidate démocrate au poste de gouverneur dans le Michigan. «Je connaissais mon assaillant. Je ne pouvais pas briser le coeur de mes parents. Je ne voulais pas être définie par l’acte violent criminel de quelqu’un».

«La première fois que c’est arrivé, j’avais 7 ans», a écrit, sur Twitter, l’actrice Ashley Judd, au sujet d’une agression sexuelle dont elle dit avoir été victime. «Je l’ai dit aux premiers adultes que j’ai vus. Ils m’ont dit: C’est un vieil homme gentil, il n’a pas voulu faire ça. Donc quand j’ai été violée à 15 ans, je ne l’ai dit qu’à mon journal intime», a poursuivi la comédienne, devenue l’une des héroïnes du mouvement post-Weinstein, car elle a été une des premières à avouer avoir été harcelée par le producteur déchu.

Culpabilité, honte, crainte, doute, les raisons d’un silence revenaient inlassablement sur Twitter, portées par des personnalités publiques comme par des anonymes.

«Parce qu’il était mon père», a écrit Michelle Yoris, «Parce que j’avais neuf ans» et «je ne savais pas ce qu’était que le sexe» a dit Renee Farris, «l’idée de le dire à qui que ce soit me donnait un sentiment de malaise, de terreur et d’humiliation», a expliqué Van Badham. Beaucoup de femmes, mais également des hommes, souvent abusés enfants, selon eux, et qui se sont tus, eux aussi.

Selon une étude réalisée sur des faits supposés intervenus entre 2005 et 2010 par le réseau national des victimes de viols, d’agression sexuelle et d’inceste (RAINN), le premier motif invoqué par les victimes pour n’avoir pas saisi la police est la peur des représailles (20%). Vient ensuite la conviction que la police n’aidera pas la victime (13%). Toujours selon RAINN, à peine plus de 2% des plaintes pour viol aboutissent à une condamnation.

Face aux critiques de nombreux conservateurs qui ont souligné le manque de précision du témoignage de Christine Blasey Ford, d’autres victimes présumées ont rappelé les effets que pouvait causer le traumatisme d’une agression sexuelle. «Votre mémoire prend des photos de détails qui vont vous hanter à jamais, qui vont changer votre vie et entrer dans votre chair», a écrit Patti Davis, fille de l’ancien président Ronald Reagan, dans une tribune publiée par le Washington Post. Elle y raconte avoir été violée il y a environ 40 ans par un responsable d’une maison de disques. Pour elle, le choc «efface certaines parties de l’histoire qui n’ont pas vraiment d’importance».