HUY

Huy: le bourgmestre fait retirer les plaques d’immatriculation polémiques de l’expo

Le bourgmestre Christophe Collignon n’a pas hésité: il vient de faire retirer les plaques d’immatriculation, œuvres d’un artiste dans le cadre de la biennale Dédale qui démarre demain. La raison? Les plaintes de Hutois pour propos outrageants.

Il voulait éveiller les consciences, pousser les Hutois à réfléchir. Les secouer aussi. Pari réussi pour le Centre culturel de l’arrondissement de Huy qui, sa biennale «Dédale» même pas encore lancée (l’inauguration aura lieu demain soir), suscite les réactions outrées de Hutois. «Dédale» en est à sa cinquième édition. Le principe? Installer l’art contemporain dans les rues. Avec, cette fois-ci, une thématique particulière choisie par le Centre culturel: les tabous et non-dits d’aujourd’hui. «L’objectif n’est pas de choquer les gens, ni de les heurter, explique Julie Maréchal, responsable de la diffusion Arts plastiques au centre culturel. L’enjeu, c’est de parler de la liberté d’expression. On pose des questions dans l’espace public.»

Interpellés, certains Hutois l’ont été. Interpellés et même choqués par l’audace des artistes sur une thématique clairement provocatrice. Plusieurs sont allés s’en plaindre à l’hôtel de police, d’autres se sont interrogés sur les réseaux sociaux. En ciblant, en tout cas, une des expositions, celle sur les plaques d’immatriculation de l’artiste Emmanuel Dundic. Des plaques installées ici et là en ville. Devant le centre culturel, sur le parking du Shopping Batta ou encore – et là en grand nombre – dans les étages du parking du Quadrilatère. Et clairement, les plaques d’immatriculation avec les mots Viol, Excrément, Cannibale, juif, Pédophile ou encore Souffrir juste à côté de la plaque officielle annonçant un emplacement pour handicapés, cela interpelle. C’est le but, mais sans explication, sans accompagnement, c’est brut.

Collignon : « C’est du vandalisme »

C’est le commissaire de police Patrick Jaumotte qui a interpellé, dès mardi soir, le bourgmestre Christophe Collignon. Plusieurs personnes s’étaient plaintes au commissariat de ces plaques d’immatriculation installées ici et là. Sur les réseaux sociaux aussi, les commentaires ont fusé. « En juillet, j’avais rendu un avis positif sur la demande du centre culturel », sauf que le commissaire ne connaissait pas le contenu de l’expo. Il avait juste les endroits choisis par le centre culturel pour exposer les œuvres des artistes. Le commissaire est clair : les plaques sont « interpellantes, outrageantes ».?Et il ajoute « c’est assez violent ».

Alors qu’il s’interrogeait encore en fin de matinée, le bourgmestre Christophe Collignon prenait la décision quelques heures plus tard de faire enlever les plaques. C’est le service signalisation de la police de Huy qui est a déboulonnées. « C’est rare que la police m’envoie un rapport », note le bourgmestre. Oui, il a donné son autorisation pour l’utilisation de l’espace public mais sans savoir en quoi consistait l’expo. Il n’avait pas à donner son avis sur les choix du centre culturel. « Si je l’avais demandé, on m’aurait parlé de censure. » Il n’a pourtant pas hésité à faire enlever les plaques, à censurer le travail de l’artiste car « cela trouble l’ordre public, ce n’est pas opportun. C’est du vandalisme. » Il l’avoue : une telle réaction de sa part, c’est « très très rare ». D’habitude, il apprécie le travail du centre culturel, « une réelle plus-value » à Huy. Mais là, non. « Je n’ai pas pour habitude d’avoir un droit de regard mais là, c’est un espace public. Et c’est contre-productif. » Et il ajoute : « le centre culturel n’est pas à l’abri d’une erreur… »

Une explication, il devait y en avoir une. Un panneau qui devait détailler la démarche et même un débat pour susciter les réactions, mais qui n’a pas été placé en même temps que les plaques. Il n’y en aura pas car le bourgmestre Christophe Collignon n’a pas hésité: il a fait déboulonner en début d’après-midi les plaques d’immatriculation. Enlevées après qu’il ait reçu un rapport de police et il a revu sa position. Car il avait donné au centre culturel son autorisation pour l’utilisation de l’espace public, sans droit de regard – ce qu’il trouve normal – sur le travail des artistes. Mais là, «j’ai reçu un rapport de la police. C’est très rare…» Qui lui a fait part de l’émoi que ces plaques suscitaient car des personnes ont téléphoné à la police, se sont interrogées, se sont dites choquées. «Cela trouble l’ordre public, ce n’est pas opportun. C’est même du vandalisme», explique-t-il, visiblement assez en colère. Le commissaire Jaumotte, lui, parle même de propos outrageants.

Demain jeudi, dès 9h, il y aura en tout cas une réunion avec le centre culturel pour mettre les choses au point.

+ La réaction de l’artiste à lire dans L’Avenir Huy-Waremme de demain jeudi, sur tablette, smartphone ou PC