RELIGION

Abus: visite difficile pour le pape François en Irlande, qui évoque sa «honte» face à «l’échec» de l’Église

Abus: visite difficile pour le pape François en Irlande, qui évoque sa «honte» face à «l’échec» de l’Église

Le pape François a évoqué «sa honte» et sa «souffrance» dans ce dossier. AFP

Trente-neuf ans après la dernière visite d’un souverain pontife, le pape François est arrivé ce samedi matin en Irlande afin de clôturer la Rencontre mondiale des familles, mais il est surtout attendu sur le dossier sans fin des abus du clergé.

Le pape François a évoqué à Dublin sa «honte» et sa «souffrance» face à «l’échec des autorités ecclésiastiques» pour affronter de manière adéquate les «crimes ignobles» du clergé en Irlande.

«L’échec des autorités ecclésiastiques – évêques, supérieurs religieux, prêtres et autres – pour affronter de manière adéquate ces crimes ignobles a justement suscité l’indignation et reste une cause de souffrance et de honte pour la communauté catholique. Moi-même, je partage ces sentiments», a-t-il déclaré devant les autorités politiques et civiles irlandaises, peu après son arrivée dans le pays.

Les dirigeants de l’Église catholique irlandaise sont notamment accusés d’avoir couvert des centaines de prêtres soupçonnés d’avoir commis des abus sexuels sur des milliers d’enfants pendant plusieurs décennies.

«Je ne peux que reconnaître le grave scandale causé en Irlande par les abus sur les mineurs de la part des membres de l’Église chargés de les protéger et de les éduquer», a commenté le pape, qui a eu une pensée particulière aussi pour «les femmes qui dans le passé ont subi des situations particulièrement difficiles».

«Remédier aux erreurs du passé»

Plusieurs enquêtes ont notamment révélé l’ampleur des pratiques d’adoptions illégales d’enfants nés de femmes non mariées, réalisées par l’État irlandais avec la complicité de l’Église catholique.

Le pape argentin a fait référence à son prédécesseur Benoit XVI, qui avait écrit en 2010 une lettre à tous les catholiques irlandais, reconnaissant la responsabilité de l’Église dans les abus commis en Irlande.

«Son intervention franche et résolue continue à servir d’encouragement aux efforts des autorités ecclésiales pour remédier aux erreurs passées et adopter des règles rigoureuses visant à assurer que cela ne se reproduise pas de nouveau», a-t-il estimé.

«L’Église en Irlande a joué, dans le passé et le présent, un rôle de promotion du bien des enfants qui ne peut pas être occulté», a aussi tenu à souligner le souverain pontife.

«Je souhaite que la gravité des scandales des abus, qui ont fait émerger les défaillances de beaucoup, serve à souligner l’importance de la protection des mineurs et des adultes vulnérables de la part de toute la société», a ajouté le pape.

Garder la foi

François, qui effectue ce voyage en Irlande 39 ans après celui de Jean-Paul II dans une société irlandaise en pleine sécularisation, a aussi encouragé la population à garder la foi.

«Je prie afin que l’Irlande, tandis qu’elle écoute la polyphonie du débat politico-social contemporain, n’oublie pas les vibrantes mélodies du message chrétien, qui l’ont soutenue dans le passé et peuvent continuer à le faire dans l’avenir», a-t-il plaidé.

Le pape venu avant tout à Dublin clore la Rencontre mondiale des familles, événement triennal, a aussi rappelé que «la famille est le ciment de la société», un bien qui doit être «promu et protégé par tous les moyens».

Il a aussi plaidé pour «une vraie famille des peuples», mise à mal notamment par «les maux persistants de la haine raciale et ethnique».

«Non au pape»

En marge de la visite du souverain pontife, plusieurs contre-manifestations sont planifiées. Des milliers d’internautes irlandais ont appelé sur Facebook à «dire non au pape» en boycottant la messe de Phoenix Park, réservant des centaines de tickets qu’ils comptent ne pas utiliser.

En parallèle, une marche se déroulera dans les rues de Dublin, jusqu’au «Jardin du souvenir». À Thuam, dans l’ouest du pays, une veillée aura lieu en mémoire des 796 bébés décédés, entre 1925 et 1961, dans l’ancien foyer catholique des sœurs du Bon Secours et qui avaient été enterrés dans une fosse commune.

«La visite du pape est très pénible pour de nombreux survivants (d’abus). Elle réveille de vieilles émotions: honte, humiliation, désespoir, colère», a déclaré Maeve Lewis, la directrice de l’association One in Four, qui vient en aide aux victimes.

«C’est un week-end d’émotions contrastées», a résumé le ministre de la Santé irlandais Simon Harris, sur Twitter. «Pour beaucoup, la joie (de voir le pape); pour d’autres, un sentiment de souffrance».

Ces mouvements témoignent de la perte d’influence de l’Église sur la société irlandaise ces dernières années. La messe du pape François devrait ainsi attirer trois fois moins de fidèles que celle de Jean-Paul II en 1979, qui constitue la dernière visite pontificale dans le pays.

Depuis cette date, la proportion de catholiques dans une population de près de cinq millions d’habitants est passée de plus de 90% à moins de 80%. Sur le plan politique, l’Irlande a légalisé le mariage homosexuel en 2015, installé un Premier ministre gay, Leo Varadkar, en 2017, et libéralisé, en mai, l’avortement.

M. Varadkar a promis notamment d’évoquer avec le Saint-Père qu’il accueillera samedi en début d’après-midi les abus commis par le clergé irlandais et de plaider la cause des familles gays et monoparentales.