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Le drame de Gênes illustre la vétusté des infrastructures italiennes

Le viaduc de Gênes est le 5ème pont à s’effondrer en Italie en cinq ans: l’effondrement meurtrier de mardi a relancé le débat sur l’état des infrastructures dans ce pays habitué aux drames, souvent jugés prévisibles.

L’effondrement meurtrier d’un viaduc autoroutier très fréquenté à Gênes, dans le nord de l’Italie, a relancé le débat sur l’état des infrastructures dans ce pays habitué aux drames, souvent jugés prévisibles.

Le viaduc de Gênes est le 5ème pont à s’effondrer en Italie en cinq ans: deux en Sicile en 2014, dont l’un le lendemain de son inauguration, et deux autres en Lombardie et dans les Marches en 2017.

Ces accidents impressionnants n’avaient cependant fait que trois morts.

Cette série «prend un caractère de régularité inquiétante», a relevé Antonio Occhiuzzi, expert à l’Institut de technologie des constructions au Centre national de recherches (CNR).

45.000 ponts, viaducs ou tunnels

En raison de son relief accidenté, l’Italie compte quelque 45.000 ponts, viaducs ou tunnels, dont un tiers sur les 6.000 kilomètres d’autoroute du pays, selon la presse.

«Une grande partie des infrastructures italiennes comme les ponts routiers ont plus de 50 ans, la durée de vie utile des ouvrages en béton armé réalisés avec les techniques disponibles» à l’époque, a expliqué Antonio Occhiuzzi dans une note sur le site du CNR.

«Des dizaines de milliers de ponts en Italie ont dépassé aujourd’hui la durée de vie pour laquelle ils avaient été conçus et construits», et nécessitent d’être rénovés, a-t-il prévenu.

Tel est clairement le cas d’un autre «pont Morandi» près d’Agrigente en Sicile, conçu comme le viaduc de Gênes par l’architecte Riccardo Morandi, et fermé à la circulation depuis le printemps 2017 car il n’est plus suffisamment solide.

La fragilité du pont de la Magliana

À Rome, des experts rappellent aussi régulièrement la fragilité du pont de la Magliana sur le Tibre, emprunté chaque année par 20 millions de véhicules.

Le ministre des Finances, Giovanni Tria, a évoqué ce mercredi «la nécessité absolue d’un grand plan d’investissements publics dans les infrastructures, auquel le gouvernement est en train de travailler».

Les travaux de rénovation et construction de routes ont diminué de près de 12% durant les six premiers mois de l’année, selon la Siteb, qui regroupe 250 entreprises liées aux infrastructures routières. Et ce, après une décennie noire pour le secteur, passé de 45 millions de tonnes de bitume utilisés par an en 2006 à une moyenne de 23 millions ces trois dernières années.

Le vaste plan d’investissement évoqué par Tria correspond à la philosophie du nouveau gouvernement, qui entend miser sur les dépenses publiques pour stimuler la croissance et ainsi lutter contre les déficits publics. Mais il n’apparaissait pas jusqu’à présent comme une priorité, et le prochain budget devra déjà combiner la promesse de «revenu de citoyenneté» (revenu universel pour les Italiens) et de baisses drastiques d’impôts, dans les limites imposées par la colossale dette publique italienne.

Matteo Salvini, patron de la Ligue (extrême droite) et vice-Premier ministre, a cependant prévenu dès ce mardi que les éventuels «engagements extérieurs» de l’Italie, c’est-à-dire européens, ne l’empêcheraient pas «de dépenser l’argent nécessaire pour la sécurité des écoles et des autoroutes».

Pas le seul point faible

Les ponts ne sont en effet pas le seul point faible de l’Italie, de l’école qui s’effondre après un séisme de moyenne intensité (26 enfants tués dans les Pouilles en 2002) au train qui déraille sur une voie ferrée bricolée (trois morts et des dizaines de blessés en janvier à Milan).

Mais les grands travaux prônés par M. Salvini ne sont pas forcément du goût de ses alliés du Mouvement 5 étoiles (M5S, populiste), qui dénoncent un gaspillage systématique d’argent public au seul profit d’une poignée de gros entrepreneurs et de politiciens corrompus.

Mercredi, des médias ont ressorti une publication de 2013 - – effacée mardi - – sur le blog de Beppe Grillo, le fondateur du MS5, qui évoquait «la vieille fable de l’écroulement imminent du pont Morandi» pour dénoncer la Gronda, une nouvelle autoroute autour de Gênes prévue pour la prochaine décennie.

En juillet, le ministre des Infrastructures, Danilo Toninelli, membre du M5S, avait inclu la Gronda parmi les projets à «réexaminer», au même titre que la liaison ferroviaire Lyon-Turin.

«L’Italie est un pays qui a été construit dans les années 1960, abandonné dans les années 1990 et qui a commencé à s’écrouler il y a 10 ans. C’est pourquoi nous avons cessé de croire au progrès», résumait mercredi avec amertume Antonio Polito, éditorialiste du grand quotidien Corriere della Sera.