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Viaduc effondré à Gênes: «On a vu le pylône partir complètement sur la droite»

Viaduc effondré à Gênes: «On a vu le pylône partir complètement sur la droite»

- AFP/ANDREA LEONI

Mardi 14 août, à la mi-journée, le pont Morandini s’est effondré à Gênes. Le viaduc autoroutier, fortement fréquenté, a emporté avec lui 38 vies, selon un bilan provisoire. Des survivants, des sauveteurs et des habitants témoignent.

 

 

Plusieurs survivants de la catastrophe ont témoigné, malgré le choc. Parmi eux, Léonine, une avocate française, sur le pont au moment de son écroulement. Alors qu’elle était dans une voiture avec son mari et son fils de 3 ans, ils ont compris que le pont était en train de s’effondrer. Elle raconte à France Info:

«On est sortis d’un tunnel pour s’engager sur ce fameux pont la visibilité était affreuse et mon mari a senti la voiture partir. Devant nous, on a vu un pylône bouger. Ça a continué et on a vu le pylône partir complètement sur la droite, là on a réalisé ce qu’il se passait.»

«Il y a un instant d’abord pour reprendre ses esprits, pour bien comprendre», poursuit l’avocate française.

«On a vu un monsieur arriver en sens inverse en courant et en faisant signe à tout le monde de partir. On a ouvert nos portières, pris le temps de détacher notre fils de son siège auto et puis on est partis en courant jusqu’au tunnel.»

 

Intertitre: «Je ne voulais pas me retourner»

 

Léonine raconte la course de sa famille jusqu’au tunnel: «Moi je regardais mon mari qui était devant moi avec mon fils dans les bras. Je ne voulais pas me retourner, j’avais peur que ça me coupe les jambes si je voyais ce qui se passait derrière. Mon mari s’est retourné une fois pour vérifier que j’étais bien là. À ce moment-là on court et on a hâte de voir l’entrée du tunnel. On ne pense pas à autre chose en fait.»

Une fois arrivés dans le tunnel, le calvaire n’est pas fini, l’avocate raconte:» On a entendu un énorme grondement qui venait de la sortie du tunnel là où était le pont et là on s’est dit que ça continuait et que peut-être la chute allait nous rattraper. On a donc remonté tout le tunnel. Au bout, on est tombés sur des pompiers qui ont arrêté un taxi qui passait par là.»

 

«Il a freiné immédiatement»

 

Un camion arrêté à quelques mètres du précipice… Le chauffeur qui travaillait pour une société de transport est sain et sauf mais il est toujours en état de choc et ne peut témoigner. Europe 1 a échangé avec son employeur qui raconte l’expérience de son employé, un italien de 37 ans:

«Il a commencé à voir le pont tomber devant lui. Quand il a compris ce qu’il se passait exactement, il a freiné immédiatement, mais sur la route il y avait beaucoup de trafic», raconte le responsable de cette société de transport. «Lui, il était de retour de livraison, il a réussi à garder son sang-froid, il a arrêté son camion alors que les autres véhicules tombaient dans le vide. Après cela, il a réussi à faire quelques mètres en marche arrière puis il s’est mis à l’abri en position de sécurité», poursuit-il.

 

«Une chute de 45 mètres»

 

Les sauveteurs ont lutté toute la nuit du mardi au mercredi pour retrouver des survivants sous les débris, dans la partie centrale du pont. Des pompiers français sont venus au secours des 240 secouristes italiens.

»L’espoir ne cesse jamais, nous avons déjà sauvé une dizaine de personnes sous les décombres, on va travailler 24 heures sur 24», a déclaré hier soir un responsable des pompiers, Emanuele Gissi.» Les opérations se poursuivent ce soir et vont durer toute la nuit», a déclaré ce responsable à Europe 1.

«Quand on est arrivés, il n’y avait plus de victimes vivantes en surface. Ce qui ne veut pas dire que dans la partie centrale du pont, il n’y ait pas de victimes vivantes à retrouver. Il y a des lieux possibles de survie: des toits, des structures en V, en Y…», indique à Europe 1, Pierre Villardry, un pompier français. Toutefois, il tempère un scénario optimiste «Il ne faut pas oublier que les véhicules ont fait une chute de 45 mètres […] S’il y a des vivants, ça relèvera vraiment du miracle.»

 

Gênes endeuillée, «j’ai le cœur serré, toutes ces vies envolées…»

 

À la caméra de France 2, des génois expriment la douleur de la ville: «Ce soir, j’ai le cœur serré, toutes ces vies envolées, franchement, ces choses-là ne devrait pas arriver»

«Avec cette catastrophe, c’est tout Gênes qui souffre, des gens pleurent, des gens hurlent de douleur… en fait je n’ai pas les mots pour vous répondre»

Europe 1 a également recueillis le témoigne d’habitants qui commencent à exprimer leur colère. Pour Ricardo, le pont était trop vieux et non adapté pour recevoir tout ce trafic: «À sa mise en service en 1967, il y avait très peu de voitures. Là, c’est un flux de véhicules lourds 24 heures sur 24. Tout le monde savait que ce pont avait des problèmes, depuis des années… il n’aurait jamais dû durer plus de 50 ans», déplore-t-il. Non loin, une habitante s’indigne: «Si on savait que le pont allait chuter, il aurait fallu faire quelque chose pour empêcher ça! Beaucoup trop de gens sont morts…»

En Italie, les infrastructures sont souvent vétustes, rappelle Europe 1. Au moins huit ponts se seraient écroulés ces quatre dernières années.