BRUXELLES

Un «miroir d’eau» comme à Bordeaux sur la place Poelaert?

Des jets d’eau entre les dalles de la place de la Bourse, à Bordeaux, permettent aussi de générer un brouillard «de cinéma». Reporters / Andia

Alors que Geens rappelle que la rénovation des façades du Palais de Justice de Bruxelles démarrera en 2019, une idée émarge de la Ville de Bruxelles pour redorer la place Poelart. Empruntée à Bordeaux, elle imagine un «miroir d’eau» au centre du rond-point.

Geoffroy Coomans de Brachène, échevin de l’Urbanisme à la Ville de Bruxelles, jette un nouveau pavé dans la mare de la rénovation de la place Poelaert, ce 8 août. Ou plutôt, dans la fontaine. La Capitale annonce en effet que ce dernier projette d’implanter au centre du rond-point un «miroir d'eau» tel que celui qui orne la place de la Bourse de Bordeaux, une cité française dont on sait qu’elle inspire souvent les élus de notre capitale.

L’idée de Coomans est de remettre ainsi en valeur le bâtiment du Palais de Justice éternellement en travaux, ainsi qu’interdire l’accès du centre de la place aux voitures qui s’en servent comme parking lors des procès. Ou aux véhicules d’intervention de la STIB. «La place a été refaite il y a une vingtaine d’années, mais cette rénovation n’est pas digne de l’endroit», s’indigne Coomans auprès de nos confrères.

Un «miroir d’eau» comme à Bordeaux sur la place Poelaert?
Juste des dalles avec un système de pompes à Bordeaux: ça n’empêcherait pas le tram de la STIB de passer. Reporters / Leemage
Le «miroir d’eau» de Poelaert aurait une surface de quelque 2300m2. Soit deux tiers à peu près de son homologue bordelais qui mesure quant à lui 3850m2. Actionnée par des pompes et reliée à un réservoir de 800m3 enterré sous la place de la Bourse, la fontaine bordelaise fonctionne par cycles: ceux-ci présentent un quart d’heure d’eau, 5 minutes d’arrêt puis autant de «brouillard».

Deux contraintes relevées dans La Capitale: le trajet du tram qui passe au centre d’une part, et la pente d’autre part. «On parle de pierre sombre humidifiée en permanence avec des brumisateurs», note Coomans, qui ne voit donc pas là d’obstacles majeurs. Le projet doit passer prochainement en collège avant de voir déposée la demande de permis d’urbanisme.

Geens: les façades «dès 2019»

L’idée de Coomans surgit alors que les délais de rénovation du Palais de Justice de Bruxelles refont surface. Le Ministre fédéral de la Justice Koen Geens (CD&V) a ainsi tenu ce 7 août à réagir à certaines infos diffusées le 2 août au sujet de la rénovation du bâtiment de la place Poelaert. Ces infos faisaient notamment état d’une fin totale du vaste chantier de rénovation intérieur et extérieur à l’horizon 2040... seulement! (Lire également la réaction du président du tribunal ci-dessous)

Un «miroir d’eau» comme à Bordeaux sur la place Poelaert?
Geens plaide pour des délais «réalistes». Reporters / HERCHAFT

«Un plan global de rénovation du Palais de Justice de Bruxelles a été mis à l’agenda du gouvernement en 2016, par les ministres de la Justice et de l’Intérieur», rappelle Geens. La décision a été prise sur la base d’une étude de sécurité, de laquelle il apparaît que les activités correctionnelles peuvent y être maintenues. «Elle constitue une rupture par rapport aux législatures précédentes», affirme Geens.

Le ministre n’évoque aucune date d’échéance. «Il ne s’est jamais répandu dans la presse sur une date possible de fin de travaux. Cela relève de la compétence de la Régie des Bâtiments. La construction du palais à la fin du 19e siècle a seulement pris 17 ans», a-t-il commenté à ce propos.

Un délai «réaliste»?

Geens a souligné qu’il revenait à présent à la Régie des bâtiments, dépendant du ministère de l’Intérieur, de mettre en œuvre les travaux. Un bureau d’étude est responsable de la planification des différentes phases et des réunions conjointes avec le ministère de la Justice sont organisées chaque mois.

Koen Geens a précisé qu’il était «bien entendu» favorable à un hébergement «rapide et correct» du Palais de Justice de Bruxelles. Idem pour une rénovation «avec un délai «réaliste» pour ce monument».

Le ministre a ajouté que des projets de petite ou grande envergure sont entrepris en permanence, comme la rénovation récente du greffe du tribunal de première instance néerlandophone ou la nouvelle entrée sécurisée qui sera effective après l’été.

La rénovation des façades débutera, quant à elle, en 2019, a-t-il encore dit.

Hennart: «Des travaux de mercenaires»

Le président du tribunal de première instance de Bruxelles se dit «inquiet» du fait qu’il n’y ait pas de vision globale pour l’avenir du palais de justice de Bruxelles. «Il n’y a pas de véritable projet de rénovation du palais de justice», déplore ainsi Luc Hennart. À en croire La Libre Belgique, la rénovation de ce bâtiment ne serait pas achevée avant 2040, et pour un budget total de 100 millions d’euros.

Un «miroir d’eau» comme à Bordeaux sur la place Poelaert?
«D’après les chiffres les plus optimistes, c’est 300 à 400 millions d’euros qui sont nécessaires», réagit Hennart. REPORTERS
«Le chiffre de 100 millions d’euros me paraît ridicule. Pour moi, c’est de la poudre aux yeux. On endort le petit monde. D’après les chiffres les plus optimistes, c’est une somme de 300 à 400 millions d’euros qui est nécessaire pour rénover le palais de justice», réagit Luc Hennart, contacté par l’agence Belga.

«Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est qu’il n’y a pas de vision globale pour l’avenir. Il n’y a pas de véritable projet de rénovation du palais de justice. Il n’y a pas de cahier des charges reprenant les besoins, pas d’analyse de ce qui est nécessaire de faire», dit-il.

«Actuellement, des travaux, notamment de sécurisation, se font d’une manière que je qualifierais de mercenaire. On répare une marche ici, on rénove une salle là... C’est au petit bonheur la chance. Ce n’est pas sérieux», ajoute le magistrat.

70 millions rien que pour... les échafaudages

Selon les propos du ministre de la Justice Koen Geens, rapportés jeudi par La Libre Belgique, le Palais de Justice de Bruxelles, qui est recouvert d’échafaudages depuis des décennies, ne verra pas sa rénovation terminée avant 2040. Le coût total de l’opération s’élèverait à 100 millions d’euros.

Le plus grand palais de justice du monde, construit fin du 19e siècle par l’architecte Joseph Poelaert, pourrait donc encore patienter 20 ans avant de se transformer en infrastructure moderne et confortable.

La Libre Belgique révèle également que les échafaudages qui sclérosent la façade ne devraient être enlevés qu’en 2032, pour une facture totale d’une septantaine de millions d’euros.