CLIMAT

L’été 2018 en passe de supplanter les records de l’été 1976

Les chaleurs rencontrées ces dernières semaines en Belgique ont de quoi interpeller. Serait-ce l’année de tous les records? Aurait-on dépassé le légendaire et caniculaire été de 1976? Les réponses avec Pascal Mormal, météorologue à l’IRM.

La Belgique a chaud, très chaud. Depuis le mois de juin déjà, les jours d’été se suivent et les températures explosent. Le mois de juillet est le deuxième plus chaud jamais enregistré dans notre plat pays et nous vivons déjà notre deuxième vague de chaleur de l’été.

Mais a-t-on battu le record du fameux été 1976? Il semblerait que la réponse soit plus complexe qu’il n’y paraît si l’on en croit Pascal Mormal, météorologue à l’IRM (Institut royal météorologique de Belgique).

«Il y a de nombreux indicateurs à prendre en compte. De plus, lorsqu’on calcule la moyenne des températures de l’été, l’analyse se fait sur une période de trois mois: juin, juillet et août. Et nous ne sommes encore qu’au début du mois d’août. Mais a priori, la situation n’est pas comparable en termes de sécheresse car cette année, nos réserves d’eau sont plus importantes qu’en 1976 où les conséquences avaient été bien plus graves.»

Toutefois, à ce rythme-là, la moyenne des températures des mois d’été devrait battre celles de 1976, même si la durée de la vague de chaleur reste inférieure. Cet été-là, les 30 degrés avaient été dépassés durant quinze jours consécutifs. Cette année, en 2018, on fait face à deux vagues de chaleur. Qui, si elles n’avaient pas été interrompues par une journée sous les 25 degrés auraient largement dépassé le record de 1976.

Pourquoi la référence de 1976?

«On parle surtout de 1976 car la canicule a été extrêmement néfaste cette année-là avec de graves conséquences. La sécheresse avait déjà commencé dès la fin de l’année 1975 et les précipitations étaient très faibles. Ce n’est pas le cas cette année.»

Changement climatique ou variabilité naturelle

Avec des températures qui côtoient et dépassent même largement les 30 degrés et ce soleil éclatant qui ne faiblit pas d’un iota, il pourrait être aisé d’accuser le changement climatique et le dérèglement environnemental. Mais Pascal Mormal appelle à la prudence.

«Le climat rencontré par la Belgique actuellement, est clairement lié à la présence d’un blocage anticyclonique qui touche une grande partie de l’Europe. Les dépressions océaniques n’arrivent pas jusqu’à chez nous. Certains scientifiques estiment que ces températures sont liées à l’affaiblissement du jet-stream, ce courant qui pilote les dépressions et anticyclones. Et son affaiblissement pourrait être lié au contraste thermique plus faible entre le Pôle Nord et l’Équateur, dû aux changements climatiques.»

Si Pascal Mormal se garde bien de faire des interprétations catastrophiques, la persistance et la durée de ce blocage anticyclonique sont exceptionnelles. «En 1976, ce sont surtout le Benelux, l’Angleterre et la partie nord de la France qui sont touchés. Cette année, c’est une très grande partie de l’Europe qui est impactée.»

Aussi quand en 1976, on parle sans peine de variabilité naturelle du climat, en 2018, le temps actuel s’impose comme une marque incontestable du changement des températures en Belgique. «Entre 1976 et 1990, aucune vague de chaleur n’est recensée. De 1990 à aujourd’hui, on en compte 17. Et depuis 2015, on constate une vague de chaleur tous les ans. Cette année, on en compte déjà deux… C’est préoccupant.»

Mais qu’on se rassure, les températures devraient commencer à diminuer dès ce mercredi pour se rapprocher des normales saisonnières. La pluie devrait même faire son grand retour dans les semaines à venir. Si cela ne permet pas de résorber la sécheresse qui s’est répandue dans le pays d’un coup d’un seul, cela devrait toutefois permettre aux réserves de se remplir peu à peu.

C’est quoi une vague de chaleur?

Une vague de chaleur est identifiée comme telle lorsque les températures dépassent les 25 degrés pendant 5 jours d’affilée, dont minimum trois atteignent les 30 degrés.