TOURNAI

Le Tournai d’avant: ils sont restés dans les caves et les abris

Voilà quelques anecdotes sur les Tournaisiens qui n’ont pas évacué, anecdotes véridiques racontées par les témoins. Il y en aurait bien d’autres…

Tout le monde garde dans les yeux ces cohortes agglutinées sur les routes, à pied, en vélo, poussant une brouette et/ou une voiture d’enfants, tous et tout chargés comme des mulets. À Tournai, l’incendie précipita l’exode.

Mais tous n’ont pas pris la route. Les raisons: la crainte d’affronter les hasards du chemin, l’impossibilité physique, l’âge, la maladie… Devaient-ils donc se résoudre à mourir sous leur logement? Pas tout à fait.

Les autorités communales n’ont pris des mesures de protection que bien tard. Logique, on a cru si longtemps à la paix.

On y avait quand même recensé les caves les plus solides, creusé des abris un peu partout, notamment dans les parcs Crombez et Roger et sous des édifices publics, école de Monnel à Saint-Piat, École Normale rue des Carmes, Dames de Saint-André au Château et l’hôtel Boucher, 44, rue Saint-Brice. C’est bien peu.

Alors, où vont se prémunir contre le danger aérien les deux à trois mille Tournaisiens restés sur place?

On va les retrouver un peu partout. Le 16 mai, dans les caves du Bazar de la rue Royale, criant si fort dans l’incendie qu’ils sont entendus de loin, notamment des Magasin Réunis des Sieber. Le 19 mai, ils sont deux à trois cents dans les caves de l’hôtel de ville incendié; le 23, au séminaire de la rue des Jésuites, sont dénombrés au moins 160 personnes soignées et nourries par les Sœurs de la maison et celles de la Compassion de la rue Haigne; aux Sœurs de Charité (rue éponyme) ou des Sœurs Noires.

On a frôlé des drames, par excès d’optimisme, de confiance; ainsi, au 11 de la rue du Four Chapitre, le dentiste Omer Soetens ne craint rien avec ses trois étages de caves de pierre. Mais quand la demeure, incendiée, s’effondre, il lui est impossible, comme à sa famille, de sortir. Heureusement, des provisions avaient été prévues car ce n’est que dix jours après les bombardements qu’une des équipes chargée justement de rechercher morts et survivants dans les immeubles dévastés entendra leurs cris de détresse…

Comment y vit-on? Voici un témoignage de Madame Nef qui se réfugie, avec une douzaine de personnes, dans les sous-sols de son employeur, l’imprimerie Casterman: «Chacun avait bien apporté quelques provisions mais elles furent vite insuffisantes car le bruit de la canonnade, le vrombissement des avions nous indiquaient que le calme n’était pas revenu; bientôt, nous fûmes réduits à quelques pommes de terre puis à une soupe grâce à des poireaux conservés; bien que nous sachions les Allemands entrés à Tournai, nous ne sortîmes que fin mai, ma première image étant celle du buste d’un Allemand au-dessus de son char».