BELGIQUE

Les parents de Mawda sortent du silence: «L’espoir est un mot qui appartient au passé»

Les parents de Mawda sortent du silence: «L’espoir est un mot qui appartient au passé»

Les parents de Mawda lors d’une marche silencieuse organisée le 30 mai à Bruxelles. BELGA

Les parents de la petite Mawda, décédé suite à un tir de police en mai dernier, sont sortis de leur silence. Ils ont accordé un entretien à Paris Match en revenant longuement sur le drame qui les a frappés. Extraits.

Depuis le décès de leur fille, Mawda, suite au tir d’un policier le 17 mai dernier sur l’E42, les parents de la fillette ne se sont pas personnellement exprimés dans les médias. Ils sortent enfin du silence dans un long entretien publié dans les colonnes de Paris Match.

Pour Ali et Amir, «la vie ne signifie plus rien» depuis la mort tragique de leur fille de deux ans. «L’espoir est un mot qui appartient au passé. C’est le sentiment qui nous animait quand nous avons tout quitté pour venir en Europe. Nous rêvions d’une vie meilleure pour nos deux enfants. Tout s’est écroulé quand on a tué ma fille. L’espoir est mort avec Mawda.»

 

Direction l’Europe

 

Si le couple a décidé de quitter l’Irak, c’est aussi pour vivre leur amour car l’oncle chez qui il vivait voulait contraindre Amir à un mariage forcé avec un cousin. «On a trouvé de l’aide en Irak mais, dans cette zone de non droit, dans ce pays dévasté par la guerre, tout pouvait arriver. Le danger était permanent, on ne voyait plus d’avenir. Il n’y avait d’autre choix que de partir.» Ali et Amir prennent donc la direction de l’Europe; «vers cet endroit où nous étions persuadés que nos droits seraient respectés. Il n’y avait pas de destination précise, nous ne visions pas un pays en particulier.»

 

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Nous avons été pris en chasse par plusieurs véhicules de police. Les migrants se sont inquiétés, ils criaient au chauffeur de s’arrêter mais il ne voulait rien entendre.

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Ali et Amir reviennent longuement sur le soir du drame. «Notre projet était de rejoindre l’Angleterre. Des passeurs nous avaient proposé de faire la première partie du voyage dans cette camionnette contre un payement de 10.000 livres. Il y avait beaucoup de monde à bord, nous étions 25 personnes à être entassés dans ce véhicule. Personne ne s’est assis à côté du chauffeur-passeur. Il avait une capuche, je n’ai pas vu son visage. […] Un peu plus tard, nous avons été pris en chasse par plusieurs véhicules de police. Cette course-poursuite a duré pendant environ 35 minutes. Les migrants se sont inquiétés, ils criaient au chauffeur de s’arrêter mais il ne voulait rien entendre.»

 

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Des premiers soins ont été donnés à ma fille. L’ambulance a mis longtemps à arriver. J’avais déjà le pressentiment que Mawda ne survivrait pas.

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La jeune femme constate alors que sa fille a le visage en sang. «Nous roulions encore quand le policier a tiré, explique le père de famille. Mawda avait une blessure ouverte près du nez et elle perdait beaucoup de sang. Il y avait d’autres moyens d’arrêter cette camionnette qu’en nous tirant dessus.» Lorsque la camionnette stoppe enfin sa course, Ali, paniqué, demande de l’aide aux autorités: «J’ai montré notre fille aux policiers. J’ai dit plusieurs fois ‘‘please, ambulance’’. Des premiers soins ont été donnés à ma fille. L’ambulance a mis longtemps à arriver. J’avais déjà le pressentiment que Mawda ne survivrait pas.

Amir précise ensuite qu’elle n’a pas pu accompagner sa petite fille à l’hôpital. «Elle était encore en vie quand elle est montée dans l’ambulance. Je pleurais. Je voulais l’accompagner mais étant privée de liberté, cela ne m’a pas été autorisé. Le lendemain, un policier est venu nous dire que Mawda était morte.» Pour Amir, si la police est la première responsable du drame, «le second coupable, c’est le chauffeur».

 

Rester en Belgique

 

Aujourd’hui, le couple souhaiter rester en Belgique et ne plus reprendre la route vers l’Angleterre car «c’est ici que repose le corps de Mawda. Nous allons nous recueillir régulièrement sur sa tombe. Désormais, nous ne pouvons plus partir.»

Les Irakiens espèrent également ne plus être accusés de la mort de leur fille; des propos qui les blessent profondément: «Notre douleur n’est-elle pas suffisante? Comment est-il possible qu’il se trouve des personnes pour nous déclarer ‘‘responsables’’? Comment peut-on être inhumain à ce point? Mais ce que je sais, c’est que ces gens qui nous accusent ne sont pas toute la Belgique. Nous sommes très touchés par les nombreuses marques de solidarité que nous avons reçues.»