TÉLÉVISION

Champion: pourquoi ça marche pas?

Champion: pourquoi ça marche pas?

Mourad Zeguendi et son équipe ne font pas l’unanimité: les voilà relégués en division deux. Pardon, sur La Deux. © Natalia Bykova

Faute d’audience, la RTBF a décidé hier de déplacer sa nouvelle série sur La Deux. Et voit sa nouvelle politique patiner. On a voulu savoir pourquoi.

Près de 50 000 téléspectateurs perdus en une semaine (pour passer de 209 331 à 160 640, soit un famélique 10,8% de part de marché): Champion, la nouvelle série RTBF issue du fonds de la FWB, est un flop d’audience retentissant. Et le service public n’a pas tardé à trancher: il a annoncé hier son retrait de la case du mardi soir sur La Une, pour le déplacer au même créneau sur La Deux.

Officiellement parce que son audience est «plus jeune et plus proche du positionnement éditorial». Entendez plutôt, et même si le web – via Auvio – a encore une (petite) chance de la sauver des eaux, que ça ne marche pas. Après les succès rencontrés par La Trêve et Ennemi public, Champion est donc le troisième échec consécutif de la chaîne, après Unité 42 et eLegal. Alors, pourquoi ça ne marche pas? On a posé la question à Sarah Sepulchre, chargée de cours à l’UCL, et spécialiste de la fiction télévisuelle et auteur de Décoder les séries télévisées.

PARCE QUE C’EST LE MARDI?

La Trêve et Ennemi public étaient programmés le dimanche, ce qui n’est le cas d’aucun de leurs «successeurs». «Une case horaire peut faire ou défaire une série, confirme Sarah Sepulchre. Ainsi, aux États-Unis, celle du vendredi soir était la ‘‘case maudite’’, où on plaçait tous les programmes auxquels on ne croyait pas… jusqu’au retour de X-Files, qui a cartonné, preuve que ce n’est pas non plus une science exacte. Mais il est vrai que le dimanche est un créneau plus ‘‘familial’’: les gens sont chez eux, et ont davantage de temps qu’en semaine, où ils finissent, en moyenne, de travailler plus tard.»

PARCE QUE CE N’EST PAS UNE SÉRIE POLICIÈRE?

La RTBF et les producteurs (le Kings of Comedy Club et Nexus, un habitué des appels d’offres peu fructueux) sont-ils punis pour avoir… trop voulu innover, et ne pas être rentré dans le moule «policier», celui qui assure le plus de succès aux séries modernes? «C’est une bonne chose d’avoir essayé de sortir de la sacro-sainte série policière, poursuit la chercheuse, mais le football, qui est au cœur du programme, est peut-être réservé à un public de niche

PARCE QUE C’EST TROP BELGE?

«Tich», «Peï»: les expressions belgo-belges, voire bruxello-bruxelloises, sont monnaie courant dans Champion. Trop is te veel? «Le local est souvent universel, soutient au contraire Sarah Sepulchre. Mais il ne l’est pas toujours… là où la série a été tournée: les Ardennais, par exemple, n’avaient pas tellement aimé la façon dont La Trêve les dépeignaient. Une fiction tournée chez toi manque peut-être aussi un peu d’exotisme.»

PARCE QU’ON PRODUIT TROP DE SÉRIES?

La RTBF n’en démord pas: elle entend poursuivre au rythme de quatre séries par an. Ne faudrait-il pas privilégier la qualité à la quantité? Sarah Sepulchre: «C’est un peu trop tôt pour le dire: la machine vient à peine d’être relancée, et il faut que les scénaristes réapprennent à écrire pour la télévision. La RTBF les aide, avec des masterclass notamment, mais le meilleur moyen d’apprendre à faire des séries, c’est sans doute… d’en faire.»

PARCE QUE… CE N’EST PAS BON?

«Parfois, termine la prof, des idées qui sonnaient bien à l’écrit passent mal le cap de l’écran. Beaucoup de choses peuvent coincer dans une série, et le public ne va pas continuer à regarder pour faire plaisir: il se lasse plus vite qu’avant. Et, face à la profusion de l’offre, il ne regarde plus de séries ‘‘tièdes’’ s’il sait qu’il peut trouver meilleur facilement