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Les médias britanniques menacés par la Russie, la tension monte

Les médias britanniques menacés par la Russie, la tension monte

Illustration. AFP

«Aucun média britannique» ne travaillera en Russie en cas de fermeture de la chaîne de télévision russe RT en Grande-Bretagne, a prévenu mardi la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova.

Le régulateur de l’audiovisuel britannique, Ofcom, a annoncé qu’il pourrait réétudier l’autorisation accordée à la chaîne RT, considéré comme un organe de propagande pro-Kremlin, en riposte à la responsabilité présumée de Moscou dans l’empoisonnement en Grande-Bretagne d’un ex-agent double russe.

«Aucun média britannique ne travaillera en Russie, s’ils ferment RT», a déclaré Mme Zakharova mardi soir dans l’émission «60 minutes», sur la chaîne publique russe Rossia 1.

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L’ex-agent double russe Sergueï Skripal et sa fille, Ioulia, ont été retrouvés inconscients le 4 mars sur un banc de Salisbury, une ville du sud-ouest de l’Angleterre. Victimes d’un puissant agent innervant et hospitalisés depuis dans un état critique, la Première ministre britannique Theresa May a estimé «très probable que la Russie» soit responsable de leur empoisonnement.

Londres a promis une «panoplie» de sanctions, notamment d’ordre économique, si le Kremlin n’apportait pas de réponse satisfaisante d’ici mardi minuit.

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Mercredi, la Première ministre britannique Theresa May doit réunir son Conseil de sécurité nationale (NSC) pour examiner la réponse apportée par le Kremlin

Pour sa part, le régulateur de l’audiovisuel britannique, Ofcom, a annoncé lundi qu’il attendrait le résultat de cette réunion avant d’étudier le droit de la chaîne RT d’émettre en Grande-Bretagne.

L’Allemagne s’en mêle

L’Allemagne a estimé mardi qu’une implication de la Russie dans l’empoisonnement au Royaume-Uni de l’ancien espion russe Sergueï Skripal serait un «acte très grave», au lendemain d’accusations en ce sens de Londres.

«Il est clair que les auteurs devront rendre des comptes. S’il était confirmé que la Russie était impliquée, ce serait un acte très grave», a déclaré le ministre des Affaires étrangères allemand Sigmar Gabriel dans un communiqué.

Lors d’un appel téléphonique avec son homologue britannique Boris Johnson, le chef de la diplomatie allemande l’a assuré de son «soutien».

«Nous sommes très inquiets […] et condamnons fermement cette attaque avec une arme chimique interdite», a-t-il ajouté.

«La chancelière condamne fermement cette attaque, assurant prendre extrêmement au sérieux l’avis du gouvernement britannique sur la question de la responsabilité russe dans l’attaque», a affirmé Angela Merkel dans un communiqué.

L’ambassade de Russie à Londres réclame une «enquête conjointe»

L’ambassade de Russie à Londres a annoncé mardi sur Twitter avoir demandé au gouvernement britannique l’ouverture d’une «enquête conjointe» sur l’empoisonnement de l’ex-espion russe Sergueï Skripal.

L’ambassade affirme également que la Russie «n’est pas impliquée» dans cette affaire et prévient que Moscou ripostera à toute mesure de représailles qui pourrait être décidée par Londres.

La Russie proclame son innocence

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a prévenu mardi que la Russie, «innocente», ne coopérerait avec Londres concernant l’empoisonnement d’un ex-agent russe qu’à condition d’accéder à la substance toxique, rejetant l’ultimatum adressé par Theresa May.

«La Russie est innocente et est prête à coopérer» à l’enquête «si la Grande-Bretagne remplit ses obligations internationales», a-t-il déclaré à Moscou au cours d’une conférence de presse.

«Avant d’adresser des ultimatums, il vaut mieux respecter ses obligations en matière de droit international, en l’occurrence (ce que prévoit) la Convention», a réagi Sergueï Lavrov. «Et pour ce qui est des bonnes manières, il faut se souvenir que l’époque du colonialisme est depuis longtemps révolue».

«Nous avons exigé par une note officielle d’accéder à cette substance et […] à tous les éléments de l’enquête, étant donné que l’une des victimes est la citoyenne russe Ioulia Skripal», a-t-il expliqué. «Ces demandes ont été rejetées».

Macron condamne «une attaque inacceptable»

Le président français Emmanuel Macron, informé lundi soir par la Première ministre britannique Theresa May des résultats de l’enquête sur l’empoisonnement de l’ancien espion russe Sergueï Skripal, «condamne une attaque inacceptable», a indiqué l’Élysée mardi.

«Mme May a informé le président de la République des résultats de l’enquête menée au Royaume-Uni sur l’utilisation d’un agent neurotoxique dans la tentative d’assassinat de Serguei et (Ioulia) Skripal, et des réponses attendues de la Russie. Le président de la République a condamné une attaque inacceptable et rappelé l’engagement de la France dans la lutte contre l’impunité d’utilisation d’armes chimiques» et «assuré Mme May de la pleine solidarité de la France avec le Royaume-Uni», ajoute le communiqué.

Trump ordonne des réponses sans ambiguïté

Le président américain Donald Trump a affirmé mardi que la Russie doit donner des réponses «sans ambiguïté» dans l’affaire de l’empoisonnement d’un ex-espion russe et de sa fille, à l’issue d’une conversation téléphonique avec la Première ministre du Royaume-Uni.

«Les deux dirigeants estiment qu’il doit y avoir des conséquences pour ceux qui usent de ces armes odieuses en violation flagrante des normes internationales», souligne un communiqué de la Maison Blanche.