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Scandale Veviba: les queues de bœufs rappelées par les supermarchés

Delhaize, Colruyt et Match demandent à leurs clients de rapporter dans leurs magasins la queue de bœuf achetée, l'abattoir Adriaens nie toute implication, la CSC réagit.

L’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) mentionne en effet «la possibilité d’un risque pour la santé publique». Pour l’instant, l’Afsca n’a pas émis d’avis selon lequel d’autres produits seraient concernés, précise encore Delhaize.

Le produit incriminé porte le code EAN 225451000XXXX. Tous les numéros de lot et toutes les dates limite de consommation sont concernés.

Delhaize demande donc à ses clients qui auraient acheté ces produits de ne pas les consommer et de les rapporter dans un magasin de la chaîne.

Colruyt rappelle également la queue de bœuf biologique…

Les clients qui ont acheté de la queue de bœuf biologique dans un Bio-Planet, filiale du groupe Colruyt, «sont invités à ne pas en consommer et à la rapporter en magasin. Le produit leur sera remboursé», annonce vendredi soir le groupe.

«Suite aux infractions qui ont été constatées chez le fournisseur de viande VEVIBA et en concertation avec l’Afsca (Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire), Bio-Planet a décidé hier/jeudi de retirer la queue de bœuf biologique de la vente, de même que tous les autres produits de ce fournisseur. La queue de bœuf biologique était disponible depuis le 21 février 2018 au comptoir traiteur des magasins Bio-Planet», précise-t-il.

… Tout comme Match

Après Delhaize et Bio-Planet, la société Match appelle ses clients à rapporter pour remboursement les queues de bœuf de Veviba achetées entre les jeudis 1er et 8 mars.

L’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) a exigé de retirer de la vente tous les produits «queues de bœuf» en provenance de Veviba et de les rappeler auprès du consommateur. Dans les magasins Match, ils ont été vendus dans des barquettes sous film emballées dans les ateliers de la chaîne.

Les numéros de lot peuvent être consultés sur le site de l’Afsca (www.afsca.be).

Match n’est pas concernée par le haché de Veviba, également considéré comme à risque par l’Agence, précise l’entreprise

L’abattoir Adriaens nie toute implication dans ce scandale

L’abattoir Adriaens, propriété du groupe Verbist, précise vendredi dans un communiqué qu’il n’est pas impliqué dans le dossier Veviba actuellement instruit par l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca). L’agrément de la salle de découpe de Zottegem n’a pas été retiré par l’Afsca et l’abattoir est donc en mesure de continuer à approvisionner ses clients en toute sécurité et continuité, précise-t-on encore.

Mercredi, tous les congélateurs appartenant au groupe Veviba, y compris de l’abattoir Adriaens, ont été scellés, précise la société qui ajoute qu’elle a également été soumise à un contrôle supplémentaire sur la façon dont la viande de sang (matière première pour la CAT III) est traitée. Ce contrôle et les prélèvements effectués par l’Afsca «confirment que toutes les procédures sont parfaitement d’application à l’abattoir Adriaens et que le travail dans la salle de découpe est effectué dans le plein respect de la réglementation sur la sécurité alimentaire», selon l’entreprise.

Plus tôt vendredi, la chaîne de magasins Carrefour avait annoncé qu’elle suspendait provisoirement sa collaboration avec l’abattoir Adriaens.

Pour la CSC, il s’agit d’un «dumping social important dans le secteur de la viande»

Les problèmes en matière de bien-être animal et de sécurité de la chaîne alimentaire font partie d’un malaise plus général dans lequel se débat le secteur de la viande depuis des années déjà, affirme le syndicat chrétien CSC Alimentation, vendredi dans un communiqué.

«La CSC avait déjà dû agir en 2010 contre des entrepreneurs malhonnêtes», précise le syndicat. «Leur personnel est sous-payé et/ou mis au travail sous un statut de faux indépendant. Aucune attention n’est accordée à la sécurité et à l’hygiène, pas plus d’ailleurs qu’au bien-être animal. Il n’y a plus trace de fierté du travail bien fait.»

«Tous les moyens sont mis en œuvre pour tenir les syndicats en dehors de tout ça», ajoute la CSC. «Il s’agit souvent de travailleurs d’origine étrangère, ne maîtrisant pas ou très peu le français ou le néerlandais, ce qui ne facilite pas les choses. Quand on combine cela avec une importante pression sur les prix, cela pousse les entreprises à s’engager dans ce genre de constructions. Ce qui crée une concurrence déloyale pour les sociétés qui travaillent correctement, lesquelles sont, heureusement, encore majoritaires».

Débat en commission du parlement ce mardi

Les commissions de l’Économie et de l’Agriculture du parlement de Wallonie se réuniront conjointement mardi après-midi pour débattre «des conséquences du retrait d’agrément de la société Veviba», a-t-on appris à la présidence de l’assemblée régionale.

Les groupes PS et Écolo avaient demandé que le scandale sanitaire qui a éclaté jeudi au sein de l’entreprise bastognarde soit abordé au parlement wallon. Si Écolo réclamait un débat en commission Agriculture, le PS estimait quant à lui que les commissions Économie et Santé devaient également être convoquées. Au final, les ministres de l’Économie Pierre-Yves Jeholet (MR) et de l’Agriculture René Collin (cdH) seront entendus.

«La recherche frénétique de viande bon marché mène à des excès»

«L’une des principales causes qui expliquent les scandales tel que celui qui secoue en ce moment l’entreprise Veviba réside dans la pression à laquelle est soumis le secteur de la viande pour pratiquer les prix les plus bas possible», estime le biotechnologue de l’alimentation Frédéric Leroy (VUB). «On offre alors la possibilité aux opportunistes de couper les angles et on tombe rapidement dans l’illégalité.»

«C’est un problème complexe comportant de multiples facteurs», concède le professeur Leroy, «mais on peut néanmoins se poser des questions quant au comportement du secteur de la distribution -et donc des supermarchés – et des consommateurs, et de la pression qu’ils exercent sur l’industrie productrice et transformatrice de viande pour garder les prix les plus bas possible. Si le grand public ne veut pas payer le prix pour un produit de qualité, il risque évidemment de trouver dans son assiette le fruit de ce chipotage. C’est ce qui se passe aujourd’hui».

Selon le prof. Leroy, il y a une tendance à moins consommer de viande mais il faudrait aussi qu’on prenne l’habitude de mieux valoriser celle-ci et donc de la vendre plus chère. «À l’heure actuelle, la viande est diabolisée et ce n’est pas correct», dit-il encore. «La viande a traditionnellement toujours signifié beaucoup dans l’évolution de l’homme et est encore très importante au niveau nutritionnel aujourd’hui car elle contient beaucoup d’éléments nutritifs dont nous avons besoin, tels que des vitamines, du fer et des protéines. Un régime végétarien n’apporte pas en quantité suffisante -surtout aux enfants, par exemple – certains éléments qui doivent alors être ingérés via des suppléments alimentaires».

 

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