FRANCE

Jawad Bendaoud, le «logeur» relâché: «Je présente mes excuses»

Pour la première fois depuis qu’il a été relaxé par le tribunal correctionnel de Paris, Jawad Bendaoud s’exprime face à la presse. Pour présenter ses excuses aux familles des victimes des attentats du 13 novembre 2015 et pour assurer qu’il n’avait aucun lien avec les terroristes.

+ VIDEO | Le logeur Jawad Bendaoud relaxé par la justice

Jeans et survêtement à l’effigie de Manchester City, Jawad Bendaoud se présente devant les caméras de BFMTV comme il était devant le tribunal correctionnel de Paris. Pour la première fois depuis qu’il a été relaxé des faits de recel de malfaiteurs terroristes, le «logeur», comme les médias l’appelaient, revient sur son procès et évoque son avenir.

«Je pensais être condamné, se souvient l’ancien prisonnier, les mains dans les poches. Parce qu’il y a l’opinion publique. Les juges, comme a dit mon avocat, ont fait preuve de courage […] Je pensais être condamné à 80%.»

Aujourd’hui libre après plusieurs mois de détention – «27 mois à l’isolement» – le jeune trentenaire ne peut cacher son «soulagement», bien qu’il assure ne pas avoir été «préparé à sortir de prison».

 

«

Cette affaire, j’y serai liée toute ma vie. Ça me colle à la peau et ça me collera toujours.

»

 

Revenant sur son attitude au procès, où il a été accusé d’avoir « fait un show » et d’avoir choqué des familles de victimes, il dit « comprendre que ça ait énervé » mais explique que « dans ce genre de situation, j’étais innocent et ma seule défense c’était l’attaque ».

« Je ne devais pas me laisser faire. Ça faisait deux ans que je subissais des lynchages sur internet, dans les médias... », poursuit-il.

Ses lunettes vissées sur le nez, Jawad Bendaoud souhaite désormais passer à autre chose. Et demander pardon aux victimes des attentats de Paris. «Il y en a plein qui ne l’accepteront pas car, pour eux, je suis lié à cette affaire alors que ça n’a jamais été le cas, mais je voudrais leur demander pardon […] Je présente mes excuses à toutes les familles des victimes» Et d’assurer également que «tous les messages où je jubile ne sont pas de moi».

Retiré dans sa ville d’origine pour «s’installer au calme», l’homme, qui «préfère rester au calme», explique enfin se sentir «responsable, un peu, de ce qui s’est passé pour les habitants de Saint-Denis» où il avait ses habitudes: «J’ai entendu des témoignages, des choses qui m’ont touché. Aller là-bas, me montrer, que les gens me voient, que je suis libre, alors qu’eux-mêmes n’ont pas encore fini de soigner leur traumatisme… Je ne pourrais pas croiser les gens. Même si je n’ai rien à voir dans cette histoire. Je n’étais pas au courant que c’était des terroristes. Je n’ai rien à me reprocher. Je pourrais très bien y aller et dire «Je n’ai rien à voir, j’ai été jugé, on m’a relaxé». Mais il y a des traumatismes qui n’ont pas encore été soignés. J’en suis responsable, même si je ne connaissais pas l’identité des individus que j’ai hébergés.»

Visiblement prêt à passer à autre chose, Jawad Bendaoud espère aussi que la société sera bientôt capable de lui (re)faire une place.