Courir en groupe pour le courage et… l’apéro

Courir en groupe pour le courage et… l’apéro

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Une multitude de groupes de coureurs se forment de manière officieuse. Objectif: se retrouver, courir ensemble, se motiver, se fixer un objectif commun et boire quelques bières après l’entraînement. La course à pied évolue ainsi vers une discipline de plus en plus collective.

Il fait noir, il faut s’habiller chaudement et, dehors, un vilain crachin va pourrir votre entraînement. Il vous faudra une bonne dose de courage pour enfiler les douze kilomètres au programme de votre sortie.

Mais heureusement, derrière la porte, les potes sont là et ils vous donnent un bon coup de motivation pour leur emboîter le pas: c’est parti! «La course à pied est passée d’un sport individuel à un sport collectif.» C’est l’analyse de Jean-Paul Bruwier, ancien sprinteur qui a contribué à la mise en place des sessions «Je cours pour ma forme». «Il y a 15 ans, on disait que c’était ennuyant de courir. Maintenant, on prépare ses courses en groupe, on se retrouve après pour boire des bières.»

Aux quatre coins du pays, des groupes officieux, indépendants d’une fédération reconnue, non structurés en ASBL, se sont multipliés. Souvent, ils s’attribuent un nom qui correspond à l’état d’esprit du groupe: les Apéros du mardi, la Banda, la Stratos running team, les Sangliers du mardi, le Rail38, la Boubiet team… Ils participent aux mêmes courses, aiment se retrouver au bar, préparent ensemble le gros objectif de l’année. En groupe, ils passent du bon temps et parviennent ainsi à être réguliers à l’entraînement. De nombreux groupes ont d’ailleurs vu le jour dans la foulée des programmes «Je cours pour ma forme».

Après avoir vécu une expérience de 12 semaines, ils ont continué à se côtoyer et à courir ensemble. «Les sociétés sont tellement en train d’évoluer qu’on cherche des manières de faire du collectif. Il y a, aujourd’hui, énormément de solitude dans nos sociétés, les structures familiales ont éclaté», analyse Jean-Michel De Waele, sociologue et spécialiste du sport. Il cite ainsi l’exemple du sport à la télévision. «Il y a 10-15 ans, on ne se retrouvait pas pour regarder du foot. Maintenant, on se regroupe derrière un écran géant pour regarder les Diables rouges.»

«Un côté extrêmement individuel»

Mais cette dimension de groupe ne convient pas non plus à tous les coureurs. Notamment ceux qui privilégient l’aspect sportif et qui restent concentrés sur leurs objectifs. «Faire de la course à pied, c’est s’autodépasser dans le loisir: ce n’est pas donné à tout le monde. Une pratique sportive a toujours un côté extrêmement individuel. Quand un nageur fait 10 km par jour dans un bassin, c’est épouvantable…»

Le choix de la discipline sportive révèle donc énormément sur la personnalité du sportif: la solitude dans la pratique est une donnée dont il faut tenir compte. « Dans un groupe, on se sent un peu obligé par rapport aux autres, analyse Gilles Goetghebuer, rédacteur en chef de la revue Sport et vie. Mais parfois, ça ne dépend que de soi et on ne doit plus se poser la question d’aller courir ou pas. Pour bien progresser, on ne doit pas regarder la météo, on ne regarde pas si on est fatigué. C’est comme si, tous les matins, on se posait la question de se brosser les dents. C’est pareil pour la course: si c’est tel jour, il faut y aller…»