(Belga) "Tu n'es pas toute seule. Une de tes amies sur trois a eu un avortement", titre samedi le supplément d'un journal polonais de gauche. La couverture a suscité samedi de vives critiques dans ce pays à majorité catholique qui s'apprête à durcir sa loi en la matière.

Les deux phrases accompagnent les photos de trois femmes affichant un grand sourire. Composant une "dream team abortif", comme les appelle le supplément hebdomadaire "WO - Wysokie obcasy" (les hauts talons en polonais) de Gazeta Wyborcza, elles portent des t-shirts avec l'inscription "l'avortement est ok". "Le supplément a dépassé toutes les bornes", en faisant "la promotion macabre de l'assassinat", a aussitôt commenté le portail de droite wPolityce. Même des journalistes de premier plan de Gazeta Wyborcza ont pris leurs distances. "La couverture et le titre sont bêtes", a commenté l'un d'eux, Pawel Wronski, en soulignant sur son compte Twitter que la rédaction du supplément féminin et celle du quotidien étaient différentes. Des internautes, même favorables à la libéralisation de la loi sur l'avortement, ont critiqué l'initiative en soulignant que "le droit à l'avortement est ok" mais "l'avortement n'est pas ok". Ce supplément avait déjà dans le passé choqué en publiant une interview d'une chanteuse, Natalia Przybysz, qui racontait son voyage en Slovaquie pour mettre terme à une grossesse. En Pologne, l'IVG par choix personnel est interdite. Le parlement dominé par la droite conservatrice travaille actuellement sur un projet du Comité «Stop Avortement». Si le projet est adopté, l'IVG ne sera plus autorisée que dans deux cas: risque pour la vie ou la santé de la mère et grossesse résultant d'un viol et d'un inceste. L'IVG en cas de malformations du foetus ne serait plus permise. Ce dernier genre de problème est à l'origine de 1046 avortements, soit 96% des IVG pratiquées légalement en Pologne en 2016, selon Kaja Godek, une animatrice de Stop Avortement. Selon des organisations féministes, des Polonaises subissent entre 80.000 et 130.000 avortements illégaux chaque année, en général dans les pays voisins, en premier lieu la République tchèque, la Slovaquie et l'Allemagne. (Belga)