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Carnaval de Rio: les écoles de samba électrisent le sambodrome

Déguisés en indiens, en reines, en esclaves, en courtisanes, en banquiers, en pandas, en aigles et même en plateaux de fruits, les danseurs se sont succédé à un rythme accéléré sur l’avenue.AFP

Les écoles de samba faisaient vibrer l’immense sambodrome de Rio de Janeiro avec une profusion de décibels et de danses enfiévrées pour le carnaval qui va durer jusqu’à l’aube mardi.

L’école Unidos da Tijuca a ouvert lundi soir la deuxième et dernière nuit des défilés des 13 prestigieuses écoles de samba qui rivalisent pour la première place.

Puis celle de Portela, arrivée 1ere ex aequo l’an dernier, a électrisé les tribunes pleines à craquer lorsque ses milliers de danseurs et danseuses costumés de bleu et d’or et ses chars représentant New York ont parcouru sur des rythmes endiablés les 700 mètres du mythique sambodrome, un stade en forme d’avenue.

Celle de Salgueiro a suivi, avec ses rois noirs et ses chars immenses figurant des palais d’Égypte. Dans les tribunes, les 72.000 spectateurs, debout, ont tous l’air de connaître les paroles des chansons.

Jusqu’à l’aube mardi, six écoles au total auront défilé une heure chacune - – pour une année entière de préparatifs.

La veille, sept écoles de samba avaient présenté 3.000 danseurs, chanteurs et musiciens chacune dans des tonnerres de percussions rythmant des danses haletantes.

Déguisés en indiens, en reines, en esclaves, en courtisanes, en banquiers, en pandas, en aigles et même en plateaux de fruits, sous des accoutrements très lourds qui en font s’évanouir plus d’un dans la chaleur étouffante de l’été carioca, les danseurs se succèdent à un rythme accéléré sur l’avenue.

Carnaval de Rio: les écoles de samba électrisent le sambodrome
Le carnaval de Rio, un moment à immortaliser. AFP

Ils sont accompagnés par des chars allégoriques monumentaux pouvant faire près de 20 mètres de haut, dans une ambiance joyeuse et irrévérencieuse. Tout le monde s’époumone.

Parmi les six dernières écoles de samba défilant dans la nuit de lundi à mardi, celle de Beija-Flor était très attendue pour ce carnaval marqué par la contestation.

Elle devait dépeindre un Brésil rongé par la corruption.

L’école de samba doit exhiber un rat géant, allégorie des politiques, de droite comme de gauche, mouillés jusqu’au cou dans des scandales de corruption ayant éclaté avec l’enquête tentaculaire «Lavage express» autour de Petrobras, en 2014.

Le défilé de Beija-Flor – qui doit fermer le bal – était très attendu aussi en raison de la participation de la célébrissime drag queen Pabllo Vittar, pour dénoncer l’intolérance sexuelle.

Ce fléau fait chaque année plusieurs centaines de tués dans la communauté LGBT au Brésil.

Exaspération

Le carnaval est aussi l’occasion pour les Brésiliens d’exprimer leur exaspération.

«Si même dans les fêtes il y a des critiques, les hommes politiques vont devoir réaliser que le peuple n’est pas satisfait», dit Tulio Silva, homme d’affaires de 43 ans déguisé en vampire.

Dans les défilés de la première nuit, les responsables politiques ont été critiqués.

A commencer par le maire de Rio de Janeiro, Marcela Crivella, un évangéliste honni par les Cariocas pour avoir divisé par deux les subventions des écoles de samba.

L’école Mangueira a de son côté visé de ses flèches cet empêcheur de danser en rond dimanche, avec une chanson qui disait notamment: «le péché, c’est de ne pas s’amuser au carnaval».

M. Crivella, qui ne goûte pas la sensualité débridée du carnaval, ne s’y sera pas rendu cette année, pas plus que l’an dernier: il est parti en Europe dès dimanche. Ironiquement, c’est le maire de Sao Paulo, Joao Doria, qui a été vu dans les tribunes hier soir.

 

«

Je ne pense plus à la crise à cet instant, parce que la crise on la vit toute l’année. Donc on va penser à la joie d’être ici, que ce moment au moins soit un moment de bonheur.

»

 

Dimanche, l’école Paraiso do Tuiuti avait fait défiler en Dracula le président Michel Temer – accusé de corruption – représenté avec des billets collés sur des plumes de paon.

Mais beaucoup de Cariocas préfèrent oublier le temps du carnaval la corruption, la violence devenue incontrôlable et la crise qui a fait 12 millions de chômeurs au Brésil.

«Je ne pense plus à la crise à cet instant, parce que la crise on la vit toute l’année. Donc on va penser à la joie d’être ici, que ce moment au moins soit un moment de bonheur», déclare Cintia, danseuse de l’école de Tijuca.

L’engouement pour le carnaval est tel que la foule s’agglutine autour du sambodrome sur les avenues et les ponts en surplomb. Les résultats de la compétition seront connus mercredi.

Les écoles sont évaluées sur de nombreux critères techniques: chorégraphie, musique, scénographie, costumes, chars, rythme auquel elles défilent, ou thème choisi.

Des thèmes très variés, car après l’abolition de l’esclavage, l’empire chinois, ou le très remarqué futur high-tech la veille de Vila Isabel, les écoles défilaient dans la nuit notamment sur les thèmes de la gastronomie brésilienne, de la fondation de New York ou du matriarcat.