Assises Luxembourg - La mère de Jérémy Pierson entendue à l'audience: "On ne se comprenait pas"

Le procès de Jérémy Pierson, poursuivi devant les assises de la province de Luxembourg pour l'enlèvement, la séquestration, le viol et l'assassinat de Béatrice Berlaimont, a repris mardi après-midi avec l'audition de plusieurs témoins, dont la mère de l'accusé.

La mère de Jérémy Pierson est revenue sur l'enfance de son fils, son parcours scolaire chaotique, ses relations avec son beau-père, son rapport à la drogue. Une audition laborieuse, au cours de laquelle la présidente du tribunal a constamment du relancer le témoin, lui remémorer des bribes de déclarations oubliées, la confronter à ses contradictions.

"Je me suis séparée du père de Jérémy à 18 ans sans même savoir que j'étais enceinte", explique-t-elle. "Il n'a jamais connu son fils. Il a demandé à le voir une fois, mais j'ai refusé. Je savais qu'il avait des antécédents avec la justice. Je ne voulais pas qu'il l'influence. Je voulais qu'il (Jérémy) reste dans le droit chemin", poursuit-elle en essuyant une larme.

La mère de Jérémy Pierson explique comment elle a quitté sa famille alors que Jérémy n'avait encore qu'un an. "Je m'entendais bien avec ma sœur et mon frère, mais mon père criait tout le temps, il nous battait". Elle part s'installer en France avec Pascal, un homme rencontré en vacances. Les relations entre Jérémy et son beau-père se teintent de jalousie. "Est-il possible qu'il en ait voulu à Pascal parce qu'il vous voulait pour lui tout seul? ", l'interroge la présidente du tribunal. "Oui, c'est possible", répond la mère, dont les relations avec l'enfant n'en restent pas moins difficiles. "Il était gentil, mais on ne se comprenait pas. J'ai été voir des psychologues."

À l'école, Jérémy est un enfant turbulent. Il enchaîne les établissements scolaires sans terminer ses primaires. La mère de Jérémy tente de l'inscrire aux cours de dessins, en vain. "Il ne pouvait pas s'empêcher de taquiner les autres. Ce n'était pas méchant, mais ils n'en voulaient plus."

Après avoir occupé un logement à Tintange, la mère et le beau-père finissent pas se séparer. Le jeune garçon fréquente un internat à Martelange, puis Saint-Mard. Il commence à fuguer. La situation devient ingérable. Jérémy passe devant le juge de la jeunesse et effectue plusieurs séjours en institutions de protection de la jeunesse.

La mère se remet en couple et quitte la Belgique pour s'installer en Espagne avec son nouveau compagnon avant de s'en séparer pour venir s'installer à Udange, où son fils finit par la rejoindre avec sa compagne et leur enfant après avoir multiplié les allers-retours entre les deux pays.

Le jeune homme, qui est entretemps passé par un séjour en prison, touche des allocations du CPAS et prétend suivre une formation qu'il ne fréquente jamais. La mère livre peu de détails concernant leur vie commune. "Je ne pouvais plus supporter de vivre avec lui. C'était surtout ses copains que je ne pouvais plus supporter, la présence des Tchétchènes, le fait qu'il utilise ma voiture." À cela s'ajoute la drogue. "Sa copine et lui passaient leur temps à fumer et à jouer à l'ordinateur."

La mère finit par quitter Udange. Elle reconnait que son fils avait tendance à voler "pour subvenir aux besoins de sa famille". Le 26 novembre 2014, Jérémy Pierson appelle sa mère pour lui demander de contacter un dépanneur. Il vient de s'embourber à Allondrelle-la-Malmaison, près de la frontière belge, avec la voiture volée quelques jours auparavant à Arlon, et dont il se sert pour séquestrer Béatrice Berlaimont. "Ça ne lui ressemble pas. Je ne l'ai jamais cru capable de telles choses."