HUY

Les dernières heures de Marc Dulaunoy derrière le comptoir de La Dérive

Les dernières heures de Marc Dulaunoy derrière le comptoir de La Dérive

Une page se tourne pour le livre à Huy. Pour Marc, ce dimanche, c’était le dernier jour de travail… Eda

Après 38 années de bons et loyaux services, le capitaine de la librairie hutoise, qu’il a muée en véritable institution, passe la main.

Ce dimanche, il vivait ses dernières heures derrière le comptoir de la librairie hutoise… Horreur! Terreur! À 65 ans, Marc Dulaunoy a décidé de quitter ce qui a constitué son univers durant les 38 dernières années, le livre. Et plus précisément cette institution qu’est devenue La Dérive. Que va-t-il advenir de lui? «Cela inquiète beaucoup les gens car je n’ai aucun projet. Ceci dit, je ne crains pas la dépression. Si j’arrête, c’est pour changer de crémerie et passer plus de temps avec mon épouse. Et je suppose que comme tous mes amis retraités, je vais finir débordé avec un horaire surchargé. De toute façon, je fais confiance à mon épouse pour me trouver des occupations. Bref, je verrai ça au jour le jour», glisse-t-il non sans une pointe d’ironie.

Des propos bien vite contrebalancés par l’intéressé. «J’ai quand même deux premières ambitions: me lever pour aller presser sur le bouton de la machine à café et aller me recoucher un quart d’heure. Je pense que c’est un peu le problème de tous les indépendants: ils ont besoin de compenser en ne faisant rien.»

Si Jean Thonnart est à l’origine de l’ouverture de La Dérive en 1977, rue Sous-le-Château, Marc est arrivé juste deux ans plus tard. «Je venais à Huy trois fois par semaine pour mes études à l’IPES qui m’ont permis d’obtenir un diplôme pour devenir secrétaire communal. C’est comme ça que j’ai sympathisé avec Jean, mais j’ai d’abord été fonctionnaire dans une petite commune avant de rejoindre La Dérive.» La librairie déménagera ensuite à l’ancienne coopérative. «À cette époque, son stock de bouquins était bien moins important que le stock de Jean.» Quant à sa bibliothèque personnelle, Marc l’a construite de manière éclectique. «Beaucoup de romans, de la BD, un peu de philo et d’histoire, de journalisme local.»

Voilà maintenant 28 ans que l’enseigne se réfléchit sur les pavés de la Grand-Place. Ce n’est pas sans un pincement au cœur, une émotion certaine que, ce dimanche, Marc a éteint une dernière fois son PC. Ce n’est pas non plus sans la conscience des difficultés que rencontre le secteur. «Certains oublient que l’on a traversé une récession économique, que la mutation économique instaure des conditions répugnantes pour les travailleurs. Puis il y a la raréfaction du tissu commercial au centre-ville au bénéfice de centres commerciaux qui commencent à connaître des problèmes identiques. Pour autant, la lueur d’espoir pour les librairies, c’est l’instauration progressive du prix du livre unique.»