MONDE

PHOTOS | Projet «Cheer Up Luv», quand les femmes retournent sur les lieux de leur harcèlement

PHOTOS | Projet «Cheer Up Luv», quand les femmes retournent sur les lieux de leur harcèlement

Eliza Hatch a lancé le projet «Cheer Up Luv» il y a quelques mois. Instagram/cheerupluv

C’est suite à un énième harcèlement en rue et une discussion avec quelques amies que Eliza Hatch lance son projet «Cheer Up Luv». Dans celui-ci, des femmes retournent sur le lieu de leur harcèlement en y expliquant ce qu’elles ont subi.

Début de l’année, Eliza Hatch marche seule dans les rues de Londres lorsqu’un inconnu la dévisage et lui demande «un petit sourire». Une phrase au demeurant banale que la photographe de 23 ans a déjà entendue des dizaines de fois mais qui cache pourtant une forme de harcèlement envers les femmes.

Elle évoque ensuite cette énième scène avec quelques amies. «Cette seule phrase, que j’ai l’habitude d’entendre, m’a finalement énervé au point où je devais faire quelque chose à ce sujet», confie la jeune femme au Huffington Post UK. Cela m’a incité à avoir une conversation avec mes copines sur le harcèlement et nous avons fini par échanger des histoires pendant plus d’une heure, en parlant du harcèlement sexuel comme si c’était la chose la plus normale au monde.»

De ce malheureusement constat, la photographe lance le projet «Cheer Up Luv», que l’on peut traduire en français par «Un p’tit sourire ma belle». «Je me suis rendu compte que ce n’était pas seulement le harcèlement en lui-même qui posait problème, c’était la sensibilisation qui l’entourait», explique Eliza Hatch. Dans ce photo-reportage, onze femmes reviennent sur les lieux où elles ont été victimes d’un harcèlement de rue.

Une expérience thérapeutique

Avec «Cheer Up Luv», la jeune femme espère faire entendre les victimes: «Ce projet s’adresse aux femmes impliquées et aux personnes qui ont des histoires à partager. Je veux donner une voix aux femmes et continuer à sensibiliser le public à un problème dont on parlait à peine auparavant.»

En plus de s’aider elle-même, Eliza Hatch a permis aux victimes de pouvoir enfin s’exprimer, de donner un visage à cette multitude de femmes exposées quotidiennement au harcèlement. «Cela a été à la fois thérapeutique pour ces femmes et moi-même. Les femmes que j’ai photographiées ont réagi de façon extrêmement positive, car elles revendiquent la propriété de cette expérience et se transforment en une situation où elles ont été une fois victimisées pour devenir autonomes.»

Ci-dessous, quelques exemples que l’on peut retrouver sur le site de Eliza Hatch – ou sur le compte Instagram du projet – parmi les dizaines de témoignages que la photographe a déjà rassemblé en seulement quelques mois.

Jess: «Monte dans la voiture»

PHOTOS | Projet «Cheer Up Luv», quand les femmes retournent sur les lieux de leur harcèlement
Cheer Up Luv
«Je rentrais du travail à pied et j’étais au téléphone. J’allais traverser la route. Un type en voiture s’est arrêté et m’a dit de monter avec lui. J’ai refusé et j’ai essayé de contourner la voiture, mais il a redémarré pour me barrer le passage. J’ai essayé de passer derrière mais il m’en a encore empêchée. Il s’est mis à crier: ‘‘Monte dans la voiture ou je t’écrase!’’ Alors j’ai martelé le capot à coups de poings en lui hurlant dessus. Je pense que ça l’a déconcerté et ça m’a donné le temps de traverser et de m’enfuir.»

Monica: «Je peux te montrer mon pénis?»

PHOTOS | Projet «Cheer Up Luv», quand les femmes retournent sur les lieux de leur harcèlement
Cheer Up Luv
«J’étais dans le métro, quand un homme plus vieux que moi m’a abordée et s’est mis à me poser des questions. On était seuls sur le quai et il m’a demandé si j’étais célibataire, si j’étais lesbienne, et finalement s’il pouvait me montrer son pénis. Il me coinçait entre le quai et la voie. Heureusement la rame est arrivée à ce moment-là, sinon je ne sais pas ce qu’il aurait fait.»

Gabriella: «Il m’envoyait des baisers»

PHOTOS | Projet «Cheer Up Luv», quand les femmes retournent sur les lieux de leur harcèlement
Cheer Up Luv
«J’avais 15 ans. Je rentrais de l’école à pied comme tous les jours, en uniforme. Ce jour-là, un homme n’a pas arrêté de m’envoyer des baisers depuis sa camionnette. J’ai décidé de l’ignorer parce que ça me répugnait, mais il a continué à m’en envoyer et à faire des remarques déplacées. J’ai continué mon chemin et puis je me suis retournée, et j’ai vu qu’il s’était arrêté. Il avait garé la camionnette, ouvert les portières et se dirigeait droit sur moi. Heureusement j’étais tout près de chez moi, alors j’ai dévalé la colline et couru jusqu’à la maison sans me retourner.»

Dorina: «J’aimerais bien goûter ta petite pêche»

PHOTOS | Projet «Cheer Up Luv», quand les femmes retournent sur les lieux de leur harcèlement
Cheer Up Luv
«Je marchais dans la rue à Manhattan quand j’ai vu un homme se diriger vers moi. Il tenait sa fille par la main et son jeune fils le suivait en trottinette. À mesure que nous avancions l’un vers l’autre, j’ai remarqué qu’il me fixait avec intensité, en détaillant mes jambes, ma robe d’été, mon décolleté. Au moment où nous nous sommes croisés il s’est penché vers moi brusquement en murmurant: ‘‘Mmmm, j’aimerais bien goûter ta petite pêche.’’ J’étais horrifiée qu’il m’agresse verbalement en présence de sa fille, et qu’il donne ce genre d’exemple à son fils.»

Danielle: «Il essayait même de me toucher et de me caresser»

PHOTOS | Projet «Cheer Up Luv», quand les femmes retournent sur les lieux de leur harcèlement
Cheer Up Luv
«J’étais dans un car en Croatie, et quatre gars se sont installés sur la rangée de sièges en face de moi. L’un d’eux s’est assis à côté de moi sans y être invité et s’est mis à faire la conversation. Pendant deux heures, il s’est collé à moi. Il essayait même de me toucher et de me caresser. Il cherchait à glisser sa main dans ma combi-short. Chaque fois, je lui disais de me laisser tranquille. Un couple assis en face de nous n’a pas réagi. Quand le car s’est arrêté, j’ai essayé de passer devant le gars et il m’a mis la main aux fesses.»

Gina: «Il était en train de se masturber»

PHOTOS | Projet «Cheer Up Luv», quand les femmes retournent sur les lieux de leur harcèlement
Cheer Up Luv
«Je venais de m’installer à New-York. Un jour j’ai décidé d’aller dans le centre-ville. Je me suis assise dans le métro; un type est monté et s’est mis debout face à moi en se tenant à la barre. Je me suis tournée vers la droite pour ne plus avoir son corps dans mon champ de vision. Bientôt, j’ai aperçu du coin de l’œil un mouvement bizarre sur ma gauche. En fait, c’était son pénis qui dépassait de sa braguette et il était en train de se masturber. Je me suis dépêchée de détourner le regard. Je me suis dit qu’il fallait être vraiment taré pour avoir l’idée de faire ça juste devant moi. Je suis petite, donc quand quelqu’un est debout en face de moi j’ai les yeux pile au niveau de cette partie du corps. Il y avait des tas de sièges libres et il choisissait quand même de rester debout devant moi. Très vite je n’ai plus eu qu’une seule idée: descendre à la station suivante. Je ne savais vraiment pas quoi faire. C’était une situation vraiment tordue.»

Juliette: «Il a commencé à se frotter contre moi»

PHOTOS | Projet «Cheer Up Luv», quand les femmes retournent sur les lieux de leur harcèlement
Cheer Up Luv
«J’avais 19 ans et je venais d’emménager à Paris. J’étais dans une rame de métro bondée et il y avait un mec collé contre mon dos. Il s’est mis à remuer. J’ai d’abord cru qu’il essayait de descendre de la rame, mais il m’a murmuré des choses à l’oreille. Je me suis retournée pour le regarder en essayant d’avoir l’air en colère, mais il a posé les mains sur mes hanches et a commencé à se frotter contre moi. Alors je lui ai marché brutalement sur les pieds et je me suis précipitée hors de la rame.»