BELGODYSSÉE | DELPHINE GHEYSEN (CANDIDATE 7/8)

«On ne naît pas entrepreneur, on le devient»

«On ne naît pas entrepreneur, on le devient»

Deux fois moins de femmes que d’hommes osent se lancer dans l’entreprenariat en Belgique. Mais la tendance est à la hausse. mavoimages – stock.adobe.com

Le monde entrepreneurial belge ne cesse de s’agrandir. Près de 90 000 entreprises ont été créées l’année dernière. Un chiffre colossal qui camoufle une tout autre réalité. Seules 32% des femmes osent se lancer sur les 80% qui en rêvent. Portrait de ces nouvelles «Wonderwomen».

Chaque semaine pendant deux mois, un étudiant en journalisme sélectionné pour le concours de la Belgodyssée propose un reportage sur le thème des jeunes entrepreneurs. Cette semaine: Delphine Gheysen.

Sandwiches à l’omelette et aux champignons, crackers maison. Des mets délicieux sont en cours de préparation dans l’arrière-cuisine d’un restaurant place du Ballon, à Jumet. Aux lueurs du jour, deux femmes s’affairent dans une ambiance conviviale autour de petites boîtes à tartines. Il faut bientôt livrer le dîner à une quarantaine d’élèves de primaire. Derrière ces nouveaux repas pour enfants se cache le projet «Oh my box».

«On ne naît pas entrepreneur, on le devient»
Aline Goffin et Julie Vandeput, fondatrices de «Oh my box». Delphine Gheysen
La start-up a été lancée en mai dernier par deux amies, Aline Goffin et Julie Vandeput. L’inspiration leur est venue de leur quotidien en tant que maman, comme l’explique Aline: «Nous étions des mamans qui galéraient tous les matins. On devait gérer nos enfants, s’arranger pour qu’ils soient lavés, qu’ils aient déjeuné et qu’ils arrivent à l’heure à l’école. Alors préparer la boîte à tartines, c’était bien souvent assez galère.» Après dix années passées dans le milieu agroalimentaire et l’ingénierie environnementale, elles ont décidé de suivre leur projet. « L’insécurité d’un nouveau départ fait peur, mais il faut l’accepter, accepter de renoncer à des choses pour en découvrir d’autres.» Être maman et mener à bien un projet, c’est possible.

La décoration, une histoire de famille

«On ne naît pas entrepreneur, on le devient»
Aline Dubois, fondatrice de «A Line Story». Delphine Gheysen
Debout, au milieu d’une pièce épurée où trônent des objets finement dessinés, Aline Dubois ouvre son pop-up store. Après avoir travaillé pendant dix ans dans le monde de la mode parisienne, elle a décidé de lancer, début mai, sa propre entreprise. «À Line Story» est un site de décoration en ligne. «Depuis l’enfance, grâce à ma famille, je baigne un peu dans cet univers. Ma maman est décoratrice d’intérieur à son compte, mon oncle également, ma tante aussi. J’ai toujours vécu avec des étoffes qui traînaient un peu partout dans la maison. C’était toujours agréablement décoré. Peut-être que j’ai le gène de l’indépendant. »

Chaque jour, elle s’attache à donner de l’espace aux artisans peu représentés. Un prochain pop-up store ouvrira ses portes en décembre. «Comme mon père me le disait toujours: qui veut peut finalement.»

«Chaque être humain a besoin de savoir d’où il vient»

«On ne naît pas entrepreneur, on le devient»
Gaëlle van der Haegen, fondatrice de «YUSO». Delphine Gheysen
«Je ne connaissais qu’un seul mot en coréen, ça voulait dire libellule, et c’est aujourd’hui devenu le symbole de ma marque », raconte Gaëlle van der Haegen. Adoptée à l’âge de sept ans, elle s’est inspirée de cette identité pour mettre en place sa marque de sac à main 100% made in Belgium: «Yuso».

À la recherche d’un sac de plage pendant les vacances, l’idée lui est finalement venue de le créer par ses propres moyens. «Je n’ai pas osé lancer mon entreprise tout de suite. Peut-être à cause de l’âge, on ose moins faire des choses démesurées.» Aujourd’hui épanouie, elle continue à travailler dans les ressources humaines, tout en menant à bien sa marque Yuso.

«On ne naît pas entrepreneur, on le devient»
Florence Blaimont, CEO de la «Wowo Community». Delphine Gheysen
Que l’on soit jeune, plus âgée, blanche ou noir. Que l’on soit belge ou française, que l’on soit adoptée ou non. Chacune a sa façon d’entreprendre. Le réseau Wonder Women l’a bien compris. Mis en place par Florence Blaimont il y a quasiment deux ans, il rassemble aujourd’hui près de 500 entrepreneurs de tout horizon. En organisant des ateliers, des soirées networking, cette communauté encourage les femmes à se lancer, à dépasser leurs barrières et à créer.

Quatre freins à l’entreprenariat identifiés par Impulse Brussels

Florence Blaimont nous développe ce qui peut empêcher une femme de se lancer dans le monde de l’entreprenariat.

1. La peur du risque

«53% des femmes belges craignent l’échec contre 33% des hommes. » La femme a tendance à se poser plus de questions. Selon des entrepreneurs, elle réfléchit plus aux conséquences que cela aurait sur sa vie de famille.

2. Le frein financier

Selon Florence Blaimont, peu de femmes osent demander de l’argent. Seules 1% des femmes osent s’adresser à un Business Angel (personne qui soutient financièrement un jeune entrepreneur).

3. Le manque de formation

«Elles pensent, contrairement aux hommes, qu’elles ne sont pas capables d’y arriver, qu’elles n’ont pas l’autorisation, que ce n’est pas leur juste place.» Richard Branson le cite parfaitement: «Que vous sachiez le faire ou non, si une opportunité se présente à vous, dites oui, vous apprendrez par la suite. » Les hommes auront tendance à suivre cette maxime, contrairement aux femmes qui ont majoritairement peur de se vendre. Cette attitude est appelée syndrome de l’imposteur. La femme préfère ne pas vendre des compétences qu’elle n’aurait pas encore acquises, de peur de se faire passer pour un imposteur.

4. L’importance des réseaux

Seules 3% des femmes disposent d’un réseau. Cela permet pourtant de disposer des bons contacts et de pouvoir se lancer plus facilement dans le milieu. «Souvent, elles se disent: “ce soir, je m’occupe de mes enfants au lieu d’aller dans une soirée de Networking”. Or, 98% du business se fait par réseau. »

PORTRAIT

Delphine Gheysen, Vieux-Genappe

«On ne naît pas entrepreneur, on le devient»
© Frank Toussaint
Enchantée! Je ne sais pas ce que vous faites aujourd’hui mais, assise à mon bureau, je tente de me décrire en quelques lignes. Tout juste diplômée de l’École de Journalisme de Louvain, je cherche aujourd’hui ma voie (le journalisme étant bien sûr le milieu dans lequel je voudrais m’épanouir).

Curieuse de nature, je pourrais, si l’on se rencontre, vous posez une multitude de questions. Les rencontres qu’offre le métier de journaliste apportent énormément et j’espère pouvoir vous transmettre cette impression. Je vous dis donc à bientôt!

Les reportages radio des candidats de la Belgodyssée, c’est chaque samedi sur VivaCité, dans l’émission «Grandeur nature» d’Adrien Joveneau, de 16 h à 18 h.