BELGODYSSÉE | MILAN BERCKMANS (CANDIDAT 5/8)

Avec Molenbike, livrer à vélo (re)devient un vrai métier

Avec Molenbike, livrer à vélo (re)devient un vrai métier

Vincent Penanguer utilise un vélo-cargo pour ses livraisons. Milan Berckmans

Alors que le métier de coursier à vélo est de plus en plus précaire, Molenbike propose la livraison écoresponsable en coopérative. Présentation d’une coopérative qui remet le coursier au centre de ses préoccupations.

Chaque semaine pendant deux mois, un étudiant en journalisme sélectionné pour le concours de la Belgodyssée propose un reportage sur le thème des jeunes entrepreneurs. Cette semaine: Milan Berckmans.

Avec Molenbike, livrer à vélo (re)devient un vrai métier
Vincent Penanguer, ex-Take Eat Easy, ex-Deliveroo et aujourd’hui livreur pour Molenbike, enfourche son vélo-cargo. Milan Berckmans
Dans un contexte de forte pression sur les coursiers cyclistes, six fous de vélos ont créé leur coopérative de coursiers écoresponsable: Molenbike. L’idée n’est pas de rivaliser avec Deliveroo ou UberEATS, mais plutôt de proposer autre chose. Remettre le coursier au centre de l’échiquier, le responsabiliser, valoriser son travail et lui donner de l’importance au sein de la structure qui l’emploie.

Coopératif, horizontal et responsabilisant

Dès le début des premières réunions entre ces anciens bikers de Take Eat Easy, et notamment lors de groupes de travail chapeautés par la SMart(coopérative d’accompagnement des travailleurs autonomes) en septembre 2016, le modèle de la coopérative est sur toutes les lèvres. « Il fallait répondre à ce développement de la food tech, c’est-à-dire l’industrie de la restauration par une entraide», explique Raphaël Arnould, l’un des cofondateurs.

Avec Molenbike, livrer à vélo (re)devient un vrai métier
Yogan Muller (gauche) et Raphaël Arnould dans un des espaces de réunion de Molengeek. Milan Berckmans
Alors qu’un petit noyau dur de personnes se dessine, CoopCity (structure d’accompagnement en entreprenariat social lancée par la Région bruxelloise en 2016) lance son incubateur «Seeds». Ils sont plusieurs à rendre un projet, mais c’est le Molenbike d’Antoine Struelens qui va être retenu. Du coup, tout ce petit groupe de cyclistes révoltés s’unit autour du projet. «Ce qu’on veut, lance Raphaël, c’est changer la perception du coursier, que la personne ait une vraie importance et puisse aider au sein même de l’entreprise

«Aller chercher un hamburger au McDo pour le livrer à 400 mètres, c’est un non-sens total»

Avec Molenbike, livrer à vélo (re)devient un vrai métier
Milan Berckmans
Antoine avait un business model qui partait un peu dans tous les sens. Il y avait des livraisons vélo cargos, du Bike Messenger, des visites en vélo-taxi, des livraisons d’alcool, etc. Alors, les six cofondateurs décident de se concentrer sur une activité bien précise: la livraison de produits écoresponsable. «C’est notre spécificité, explique Yogan Muller, autre cofondateur. Aller chercher un hamburger au McDo pour le livrer à 400 mètres, c’est un non-sens total.» «On ne livrera pas de McDo, pas de Quick!», répond Raphaël Arnould.

L’idée des fondateurs de Molenbike, c’est aussi de faire le lien entre ces entreprises sensibles à l’alimentation durable et de s’inscrire dans des dynamiques de recyclage, de «récup’» ou de «zéro déchets». «Le but est de structurer un nouvel écosystème. Lier l’économique et l’écologique», explique Raphaël. Cela passe aussi par une «optimisation des livraisons au niveau des circuits, pour ne pas rouler dans le vide».

Ouvrir des postes CDI pour les livreurs

Dans leur business plan, les fondateurs ont choisi le modèle du «B2B», d’entreprise à entreprise, par opposition au «B2C», le modèle d’entreprise vers le client du type Deliveroo ou UberEats, «parce que c’est trop imprévisible, on n’a pas la force de frappe pour répondre à une telle demande», souffle Raphael Arnould.

En se basant sur des contrats permanents avec des restaurateurs ou des magasins, Molenbike veut pouvoir assurer des revenus fixes à ses coursiers, en commençant par le minimum de 7,50€ par course, l’unité de mesure devenue un slogan auprès des ex-Take Eat Easy. Pour les fondateurs, il est primordial que le client prenne conscience de l’importance de payer une course. «À terme, on voudrait pouvoir ouvrir des postes en CDI pour nos livreurs», lance Yogan Muller. La déclaration prend tout son sens quand on sait que Molenbike a comme principal objectif de remettre le travailleur au centre du système.

Uberise-moi ça!

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Yogan Muller (gauche) et Raphaël Arnould posent avec le présentoir de Molenbike à l’incubateur Molengeek. Milan Berckmans
Fin octobre, Deliveroo annonçait la rupture de son «deal» avec la SMart, la coopérative des travailleurs autonome, qui permettait aux livreurs de la start-up anglaise d’avoir des contrats de travail.

Officiellement, il s’agissait pour la start-up anglaise de repenser son modèle de rémunération tout en «prenant des décisions allant dans les meilleurs intérêts de ses coursiers partenaires», leur offrant « plus de flexibilité», comme l’indiquait l’un des représentants le mois dernier.

Dans les faits, les coursiers Deliveroo ont vu les garanties offertes par la SMart disparaître au profit d’un statut d’indépendant. Plus de possibilité d’être indemnisé en cas d’accidents, ni de se voir rembourser les frais de maintenance pour le matériel (vélo, smartphone, etc.). Sans parler de la pression sur le travailleur: le manager de la start-up qui emploie peut décider à tout moment de licencier ses coursiers.

Dans le même temps, le gouvernement fédéral veut généraliser le système des RPI (le Régime des petites indemnités) et inciter à une plus grande flexibilité sur le marché de l’emploi, vers plus de flexi-jobs. Un contexte difficile auquel Molenbike veut répondre en proposant une alternative aux bikers.

PORTRAIT

Milan Berckmans, Schaerbeek

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© Franck Toussaint
À tout juste 25 ans, je termine un master de journalisme après trois années d’information/communication, et une en théâtre, à l’IAD. Originaire du nord de Bruxelles, je me passionne pour le local, le terrain, les langues qui se délient, les bruits de couloirs et les histoires poétiques. J’aime l’énergie vibrante de ma ville. J’aime découvrir perpétuellement, faire l’effort de comprendre pour mieux déconstruire et rendre un peu de cette complexité aux publics.

Les reportages radio des candidats de la Belgodyssée, c’est chaque samedi sur VivaCité, dans l’émission «Grandeur nature» d’Adrien Joveneau, de 16 h à 18 h.