BELGODYSSÉE | MARINE MEUNIER (CANDIDATE 3/8)

Des grillons pour l’écologie et la santé

C’est au cœur de la capitale, dans un hangar, que se trouve le plus grand élevage urbain de grillons d’Europe. La start-up Little Food commercialise le grillon depuis 2013.

 

Chaque semaine pendant deux mois, un étudiant en journalisme sélectionné pour le concours de la Belgodyssée propose un reportage sur le thème des jeunes entrepreneurs. Cette semaine: Marine Meunier.

 

Damien Robette a 20 ans. Il fait des études en agroalimentaire. Cette année, il doit faire un stage et a porté son choix sur une entreprise un peu particulière. «On place les grillons dans une espèce de box où ils vont être placés dans des boîtes à œufs empilées une sur deux. Comme ça, ils peuvent vraiment se mettre dans les interstices. »

Il s’occupe de l’élevage de grillons dans la start-up Little Food, qui en a fait sa spécialité. Avec l’aide d’un autre employé, hongrois, il nourrit les grillons, les élève jusqu’à leur maturité. Ensuite, il les tue par échaudage pour les cuisiner.

Des grillons pour l’écologie et la santé
Damien et son collègue hongrois réalisent la récolte. Elle peut aller jusqu’à 200 kg par mois. La start-up souhaite atteindre les 500kg en 2018. Marine Meunier
Cette start-up rassemble les deux communautés de Belgique. Maïté Mercier, Raphaël Dupriez et leur collègue néerlandophone, Nikolaas Viaene, sont à la tête de cette start-up depuis 2013. C’est à la fin des études en bio-ingénierie des deux premiers qu’ils ont l’idée qui va changer leur vie: construire une «ferme» de grillons.

Ils créent donc une chambre dans leur appartement, réservée pour un colocataire plutôt spécial: le grillon. Après avoir commencé à développer l’entreprise à Saint-Gilles, ils se trouvent aujourd’hui dans un incubateur à Laeken, beaucoup plus grand, de 500 m2.

 

Petite bête, grande protéine

 

Quand on passe la porte de l’élevage, il est conseillé de laisser tomber notre tenue d’automne pour une plus légère, car nous retournons aux températures chaudes de l’été. Dans deux grandes pièces à 30 degrés, et humides à 70%, se trouve l’antre des grillons. Ces espaces contiennent plusieurs boxes alignées, les unes à côté des autres, contenant chacune des milliers de grillons.

Les grillons n’ont pas besoin d’autant de place que du bétail par exemple. «Les grillons sont faciles à élever, ils sont cavernicoles (ils vivent dans des cavernes ou des galeries, NDLR), ils n’aiment pas la lumière, ils ne volent pas et ils mangent presque tout», assure Nikolaas Viaene.

Actuellement, l’équipe produit jusqu’à 200 kg de grillons par mois. Cette production part, entre autres, dans des entreprises qui en font des plats, dans des magasins bios mais aussi chez des particuliers dans l’ensemble de la Belgique. L’objectif: atteindre les 500 kg par mois pour 2018. Mais surtout, continuer à sensibiliser le public aux bienfaits de la consommation de grillons.

 

C’est l’heure de la récolte. Avec l’aide d’un autre employé hongrois, Damien place les grillons dans un grand bac.

 

 

Rassurer les sceptiques

 

Des grillons pour l’écologie et la santé
Plusieurs fois par semaine, Little Food organise des visites de l’élevage et aussi une dégustation pour les plus curieux. Marine Meunier
Manger des grillons est encore peu commun et relève parfois d’un défi pour certains. Alexis De Hemptinne est diététicien et nutritionniste à Bruxelles. De son cabinet, il tente de rassurer les curieux et les plus sceptiques. «Si on compare les insectes, les grillons par rapport au poulet, par exemple, on se rend compte que le grillon va avoir la même quantité de protéines que le poulet. Des protéines de bonne qualité et de bonnes valeurs biologiques qui contiennent les acides aminés essentiels. Ils contiennent plus ou moins la même quantité de graisses. Des graisses de bonne qualité, des acides gras saturés, sauf pour le grillon sous forme larvaire. »

Raphaël Dupriez se sent fier de proposer un produit aussi riche. «On continue de faire des tests, prévient-il. On a des taux tellement élevés qu’il suffit de manger un grillon tous les quatre jours pour avoir ces 3 mcg de vitamines B12, comme c’est recommandé d’en manger. » Cette vitamine sert, entre autres, à la formation des globules rouges et au bon fonctionnement des neurones.

 

Un coût non négligable

 

Néanmoins, les prix des insectes ne sont pas encore démocratiques au vu de la rareté du produit. Le tube de grillons séchés se vend au prix de 4,90€, tandis qu’une tapenade aubergine/grillons vaut 5,50€. Actuellement, Little Food vend ses produits dans une soixantaine de magasins en Belgique.

Il ne reste plus qu’une dernière mission pour la start-up: faire baisser le prix en faisant tomber la barrière psychologique. «Je ferai d’abord goûter avant de dire ce que c’est, s’exclame une possible future cliente venue à une dégustation, parce qu’on va faire des grimaces.» Damien, quant à lui, a pris l’habitude de savourer l’insecte dans l’entreprise. «Une fois qu’on a dépassé la barrière de la peur, on s’y habitue. »

 

 

Une économie d’énergie

 

Little Food se définit comme une entreprise collaborative à valeur durable. En effet, la start-up vise le tout écologique en misant sur une agriculture urbaine verticale. Dans leur incubateur Greenbizz, les employés ont installés des échangeurs de chaleur pour économiser l’énergie.

L’espèce d’insecte n’a pas été choisie au hasard non plus: le grillon est cavernicole, donc il n’a pas besoin de lumière vu qu’il ne la supporte pas, ce qui permet d’économiser l’électricité. De plus, il ne nécessite qu’un espace restreint: une boîte peut contenir des milliers de grillons.

Le cycle des grillons est assez simple. Ils grandissent dans cet environnement très chaud, ils se nourrissent de coproduits (reste d’huile de lin, de tournesol). Après 35 jours, les œufs sont récupérés pour remplir une nouvelle boxe. Dix jours plus tard, c’est l’éclosion. Quant aux adultes, ils sont tués par échaudage, pour ensuite être cuisinés. Le cycle recommence.

 

 

PORTRAIT

Marine Meunier, Châtelet

Des grillons pour l’écologie et la santé
© Frank Toussaint
J’ai 24 ans. Je suis originaire de Châtelet, c’est là-bas que j’ai commencé à rêver au journalisme. En regardant les journaux télévisés, je m’imaginais à la place de la présentatrice. Aujourd’hui, je viens d’être diplômée d’un master en journalisme européen à l’IHECS (Bruxelles). Je suis fascinée par les sujets humains. A travers le journalisme, je souhaite donner une voix à chacun. Je suis avide d’actualité, mais pas seulement. J’aime aussi le football, le cinéma et la lecture.

 

Les reportages radio des candidats de la Belgodyssée, c’est chaque samedi sur VivaCité, dans l’émission «Grandeur nature» d’Adrien Joveneau, de 16 h à 18 h.