BELGODYSSÉE | BASILE GODTBIL (CANDIDAT 2/8)

VIDEO | Remboursez votre essence avec l’application Hytchers

Née dans l’esprit de deux jeunes entrepreneurs visétois et verviétois, l’application mobile Hytchers permet aux automobilistes de livrer des colis afin de rentabiliser leurs trajets.

 

Chaque semaine pendant deux mois, un étudiant en journalisme sélectionné pour le concours de la Belgodyssée propose un reportage sur le thème des jeunes entrepreneurs. Cette semaine: Basile Godtbil.

 

13 h. Diego se saisit de ses clés de voiture. Comme souvent le samedi, ce bruxellois de 23 ans rentre chez ses parents pour le week-end. Mais depuis quelques semaines, une nouvelle habitude rythme ses trajets: le transport de colis.

Un système de livraison collaboratif

Smartphone à la main, le jeune homme jette un dernier coup d’œil à l’application Hytchers. Il tente d’y localiser les colis qu’il peut transporter durant son trajet vers Liège. «Hytchers, c’est avant tout un système de livraison de petits colis qui est collaboratif, explique Jonas Douin, cofondateur de la plateforme. On va utiliser les trajets que font des particuliers tous les jours, comme le chemin vers leur travail, afin qu’ils puissent en profiter pour livrer des colis, et ainsi rentabiliser leurs déplacements. »

Le deal est simple. Pour chaque colis transporté entre deux points relais (des stations essence du groupe Total), l’utilisateur reçoit un certain nombre de points, en échange desquels il pourra obtenir du carburant gratuit. «On a estimé qu’à partir de quatre ou cinq colis transportés dans sa voiture, on rembourse déjà les frais de carburant pour son trajet», avance Jonas Douin. Actuellement, trois villes disposent du service Hytchers: Anvers, Bruxelles et Liège. Mais le service devrait s’étendre à l’avenir.

Comment ça marche? La vidéo ci-dessous vous l’explique.

«Nous sommes écologiques»

Si l’application n’en est pas encore à sa version définitive, elle a déjà fait mouche auprès de nombreuses personnes, principalement des jeunes. «J’ai découvert l’application grâce à des amis et j’adore le concept, s’exclame Diego. Aujourd’hui, je fais ça plus pour le fun que pour l’essence. Ça m’amuse de transporter des colis pendant mes trajets. Et puis il y a toute la dimension écologique qui m’intéresse aussi. Je trouve cela positif de ne plus dépendre de grosses sociétés privées qui polluent et coûtent chères. »

L’écologie, c’est justement l’autre argument mis en avant par Hytchers. «Nous sommes clairement écologiques, affirme Jonas Douin. On utilise des trajets déjà existants. Notre mode de livraison n’émet donc presque pas de CO2 en plus par rapport à ce qui est déjà émis. Ensuite, les prix de livraison dépendent de la distance à laquelle est envoyé le colis. Ça pousse à acheter local, car un colis qui reste dans une même province n’engendrera des frais que de l’ordre de 1,50 ou 2€ pour le client.» Avec ce nouveau système de livraison, c’en est donc fini – ou presque – avec la pollution inutile liée au transport de colis. La start-up vient d’ailleurs d’élire domicile à Greenbizz, un incubateur destiné aux entreprises actives dans l’économie durable et l’écologie

Le BlaBlaCar du colis

VIDEO | Remboursez votre essence avec l’application Hytchers
L’application s’adresse principalement à un public jeune et connecté. Basile Godtbil
Au comptoir de la station Total Kennedy à Liège, Kenny s’active. Cela fait un mois que le jeune homme de 21 ans est actif sur Hytchers. Aujourd’hui, il fait le déplacement jusqu’à Bruxelles. L’occasion de transporter un ou deux colis, mais pas uniquement. «J’ai trois personnes en BlaBlaCar dans ma voiture qui ont un avion à prendre, s’excuse-t-il pour justifier son empressement. Tout ce qui est collaboratif, ça me plait vraiment! En général, je couple Hytchers et BlaBlaCar pour mes navettes entre Liège et Bruxelles. Je fais d’abord ça pour la bonne cause, que ce soit pour aider des gens ou pour réduire l’impact écologique. Mais après, c’est sûr qu’en tant qu’étudiant, ça me permet aussi de rentabiliser un peu mes trajets

Cette similitude entre Hytchers et BlaBlaCar, la start-up d’origine liégeoise se plaît à la cultiver. Mais dès que l’on tente le rapprochement avec un autre géant du transport, les fondateurs d’Hytchers prennent leurs distances. «Contrairement à Uber, nous ce qu’on veut, c’est éviter le système des faux indépendants, insiste Jonas Douin. On est dans l’économie collaborative un peu comme eux, mais dans l’état d’esprit et la philosophie, on est différents. On se positionne plus du côté de BlaBlaCar et du covoiturage. On peut dire qu’on fait en quelque sorte du colis voiturage. »

Aujourd’hui, le projet Hytchers est dans une phase transitoire. «Pour l’instant, on ne livre que des goodies via notre propre plateforme en ligne, explique Jonas. Mais vers la fin de l’année, des e-commerces extérieurs prendront part à l’aventure et proposeront de livrer leurs produits via notre application.» Reste maintenant à voir si les clients seront au rendez-vous. Jonas, lui, est convaincu: il est impossible que les gens laissent un projet comme Hytchers sur le bord de la route, estime-t-il.

 

 

Une success-story made in Liège

 

Antoine Dessart et Jonas Douin sont des entrepreneurs comblés. Depuis maintenant deux ans, presque tout leur sourit. «L’histoire commence quand l’idée d’un service de livraison collaboratif m’est venue, raconte Antoine. A l’époque, j’étais étudiant à l’UCL et je faisais régulièrement les navettes en auto-stop entre les campus de Louvain-la-Neuve et de Woluwe. Jusqu’au jour où j’ai oublié mon livre de statistiques d’un côté. Je me suis alors dit: mince, si seulement mon livre pouvait également faire de l’auto-stop…» Mais il faut attendre 2015 pour que l’idée ressurgisse. Antoine et Jonas sont alors étudiants à HEC-Liège. Dans le cadre de leurs cours, la possibilité leur est offerte de créer leur propre projet. Les deux étudiants s’associent alors pour donner vie à Hytchers.

La suite va à toute vitesse. Les deux apprenti-entrepreneurs sont intégrés dans l’incubateur de l’Université de Liège. Une fois diplômés, ils créent leur start-up et opèrent une levée de fonds de 140 000€. S’en suit une phase de recherche et développement de leur concept. Puis une nouvelle levée de fonds de 450 000€ qui leur permettra de développer leur service. Un parcours exemplaire moins facile qu’il n’y parait. «Ce n’est pas chose aisée de créer sa start-up, admettent les deux amis. Mais c’est extrêmement gratifiant. Au final, on construit nous-mêmes notre avenir, et pas celui de quelqu’un d’autre. C’est ça qui nous plaît dans le fait d’être entrepreneurs.»

 

 

PORTRAIT

VIDEO | Remboursez votre essence avec l’application Hytchers
© Frank Toussaint
Basile Godtbil, Grez-Doiceau

J’ai 22 ans. Je suis étudiant en deuxième Master à l’Ecole de Journalisme de Louvain, entouré de professeurs chevronnés et de camarades passionnés. Piètre dessinateur mais joueur de Beer Pong hors pair, je joue également du saxophone à mes heures perdues.

Mon autre passion est le sport, que ce soit devant ma télé ou sur les terrains. Le journalisme? Une évidence pour moi qui, dès le plus jeune âge, ai toujours voulu assouvir ma curiosité et mon envie d’informer.

 

Les reportages radio des candidats de la Belgodyssée, c’est chaque samedi sur VivaCité, dans l’émission «Grandeur nature» d’Adrien Joveneau, de 16 h à 18 h.