UCCLE

La plus grande fresque street-art des gares belges à Uccle: Vivier d’Oie et d’artistes sur 1800m2 à la SNCB

La gare du Vivier d’Oie, décorée sur 1800m2 par le collectif Propaganza, est désormais une passerelle entre le rail et le street-art à Uccle.EdA - Julien RENSONNET

La gare du Vivier d’Oie à Uccle héberge désormais la plus grande fresque street-art du rail belge. Le travail titanesque signé par les artistes de Propaganza doit sécuriser l’arrêt et y limiter les incivilités. Mais aussi booster l’attrait du train.

«C’est pas mal, hein? Je les voyais travailler de la fenêtre de ma maison, chaussée de Waterloo. Vous savez, cette gare attirait vraiment les graffitis. Maintenant, ça sera bien plus propre. Et puis quel travail!»

Les riverains du Vivier d’Oie font tinter les coupettes. Leur gare a trinqué pendant des années sous les assauts des incivilités. Désormais, elle devrait être épargnée. C’est en tout cas l’objectif des 1800m2 de street-art inaugurés ce 20 octobre à Uccle. La fresque, œuvre de 25 artistes chapeautés par le collectif Propaganza, a nécessité 2000 bombes de peintures et 3 semaines de travail. Mais doit faire économiser des frais de nettoyage à la SNCB.

C’est la Commune d’Uccle qui a piloté le chantier, via l’échevine de la Culture et (ça tombe bien) de la Propreté Carine Gol-Lescot (MR). «La gare était mal aimée et peu sécurisée», juge-t-elle avant de passer la parole à son invité du jour, François Bellot. «Avec leurs passerelles d’acier et leurs murs de béton, les gares sont parfois des cicatrices béantes dans l’espace public urbain», concède le Ministre fédéral des Transports (MR) «Elles ne sont pas faciles à maintenir propres. J’espère que ce nouveau look y aidera. Et que les voyageurs qui passeront auront envie de s’arrêter».

La plus grande fresque street-art des gares belges à Uccle: Vivier d’Oie et d’artistes sur 1800m2 à la SNCB
Le Vivier d’Oie est désormais une passerelle entre le rail et le street-art. EdA - Julien RENSONNET

Vivier d’Oie fait en effet partie de l’offre S de la SNCB. Le retapissage de ses murs est donc aussi un coup de pub pour les trains suburbains, que le gestionnaire du rail aimerait promotionner en l’absence récurrente du RER. «Le train est un mode de déplacement ignoré des Bruxellois», reprend Bellot. «Ce sont eux qui l’utilisent le moins alors qu’ils disposent de 62km de lignes et 34 gares». Le Ministre espère aussi relooker d’autres gares avec l’aide de grapheurs. «Notamment les prochaines gares RER où on trouve beaucoup de surfaces de béton».

S’ils continuent à privilégier la voiture, passants et riverains ucclois ne peuvent plus en tout cas fermer les yeux sur le travail titanesque signé Propaganza.

 

 

«3 semaines sur le même mur, c’est rare»

La plus grande fresque street-art des gares belges à Uccle: Vivier d’Oie et d’artistes sur 1800m2 à la SNCB
Piet Rodriguez (lunettes) et d’autres lascars de Propaganza présents lors de l’inauguration de la fresque géante du Vivier d’Oie à Uccle. EdA - J. R.

Piet Rodriguez, vous faites partie du collectif Propaganza. C’est lui qui a coordonné le travail pour les immenses fresques de la gare du Vivier d’Oie à Uccle. D’où vient l’inspiration pour ce travail titanesque?

Chaque fresque est inspirée d’un peintre. Nous-mêmes, on a choisi Magritte. On a intégré des clins d’œil à son œuvre.

Ces fresques, c’est un travail collectif?

Oui, pour le «morceau» auquel j’ai bossé, nous avons travaillé à huit: Orkez, Iota, Diko, le grand patron Trevor, Adrien Roubens, Spear et Eres.

La plus grande fresque street-art des gares belges à Uccle: Vivier d’Oie et d’artistes sur 1800m2 à la SNCB
Une fresque aux dominantes blues pour rappeler Magritte. EdA - J. R.
Comment assembler les énergies?

Une part sont grapheurs, d’autres peintres. Certains pratiquent le lettrage, d’autres le figuratif. Tout le jeu est d’arriver à mêler les univers différents dans une composition homogène. On vient sur place, on photographie le mur et ses angles. Puis on établit une maquette pour intégrer tout le monde. Ensuite, chacun ajoute sa touche. Les couleurs bleues et jaunes, en plus de renvoyer à Magritte, permettent d’unifier le sujet, tout en éclairant la gare.

Quelles techniques employez-vous?

Pas de pochoirs! Sur ce mur, tout est à la bombe. On peut aussi peindre au doigt, mais pas au pinceau.

Il y a des challenges sur un tel mur?

Plus c’est haut, plus le vertige complique les choses. Pour moi en tout cas! Les échafaudages aussi sont une contrainte: il empêche le recul et masque une partie de la fresque en cours. Par exemple, on nous a fait remarquer un détail anatomique un peu gênant, qui est apparu par hasard: on l’a enlevé... Ça c’est bien aussi: on discute avec les voyageurs. Et puis il y a les traditionnels soucis météo. Enfin, il y avait l’ampleur du travail: 3 semaines sur le même mur, c’est rarissime. D’habitude, on flirte plus avec 3 ou 4 jours.

La fresque au Vivier d’Oie est un travail de commande. Certains pourraient y trouver à redire. Le street-art y «perd-il son âme»?

Certains grapheurs et street-artists préfèrent rester dans l’anonymat et l’illégalité. Mais il ne devrait pas y avoir de débat. Certains prennent la peinture comme un loisir et ont un travail à côté. Pour nous les jeunes, une telle fresque, c’est un moyen de gagner des sous en faisant ce qu’on aime. En vivre, ça reste un rêve. Mais on n’est pas là: pour 3 semaines de boulot, c’est 350€ par artiste.

La plus grande fresque street-art des gares belges à Uccle: Vivier d’Oie et d’artistes sur 1800m2 à la SNCB
Certains voyageurs discutaient avec les artistes pendant le travail. EdA - J. R.

Combien a côté la fresque?

On a tourné avec 190.000€ de budget. Mais il faut déjà compter 160.000€ juste pour les échafaudages et la peinture primaire. Nous les artistes, on est à 2,50€ de l’heure. Mais y a 10 ans, on ne les aurait même pas eu.

Ça gonfle votre notoriété aussi?

Pour l’instant, on a un article par jour et les week-ends, beaucoup de curieux sont venus voir. Peut-être que Vivier d’Oie deviendra un spot à visiter pour les amateurs.

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Le Vivier d’Oie est désormais une passerelle entre le rail et le street-art. EdA - J. R.