ETTERBEEK

«Next Stop Charleroi» à l’Atelier 210: «Le Belge fait des heures de bagnole pour bosser mais a tendance à rester chez lui pour la culture»

«Next Stop Charleroi» à l’Atelier 210: «Le Belge fait des heures de bagnole pour bosser mais a tendance à rester chez lui pour la culture»

Reprise par deux Carolos, l’ancienne forge de Mont-sur-Marchienne est devenue le Rockerill, salle de concerts et club qui rameute largement en dehors des frontières de Charleroi. Photo L’Amande via Flickr sous licence Creative Commons CC BY 2.0

Le Belge bouge peu pour la culture. Et le Bruxellois encore moins, vu l’offre gargantuesque de la capitale. L’Atelier 210 veut changer les habitudes. Et invite Charleroi à démontrer toute sa vivacité pendant un mois pour «Next Stop». L’écharpe zébrée est permise.

Avec le concept «Next Stop», l’Atelier 210 roule à contresens des habitudes du public bruxellois. Gavé de salle, perdu dans une offre pléthorique, celui-ci paresse souvent à «aller voir ailleurs». L’adresse etterbeekoise «comprend» ce qu’il appelle «l’immobilité culturelle». Pour la contrer, elle offre sa vitrine à une autre ville. Et ses divans défoncés à sa psychanalyse. D’où «Next Stop», un événement hybride et «collaboratif» de musique, ciné, photo, théâtre et clubbing (lire cadrée ci-dessous). Premier arrêt: Charleroi. Avant d’autres excursions.

«La gentrification peut faire peur»

 

«Next Stop Charleroi» à l’Atelier 210: «Le Belge fait des heures de bagnole pour bosser mais a tendance à rester chez lui pour la culture»
François Custers, programmateur au 210: «l’idée dans le renouveau culturel carolo n’est pas de biffer le passé industriel». EdA - Julien RENSONNET
François Custers, vous êtes programmateur de «Next Stop Charleroi» à l’Atelier 210: pourquoi vous centrer sur Charleroi?

Ce n’est pas un hasard vu ce qu’on appelle «le renouveau culturel carolo». On en parle depuis 2 ans. Il s’appuie sur des salles, une dizaine, qui vivaient ou «survivaient» déjà. L’Eden, le Rockerill, L’Ancre, le Musée de la Photo... partagent cette philosophie de la collaboration qui structure «Next Stop».

Ce «renouveau» existe-t-il vraiment?

La Ville de Charleroi investit désormais pour s’affirmer et sortir de la paralysie et des clichés. D’où le Quai10, qui répond à un appel à projets. Charleroi y respire après avoir souffert d’une image négative. Ce renouveau, qu’on y croie ou pas, les salles en sont contentes. Les acteurs que j’ai rencontrés pour «Next Stop» ne se plaignent pas de Magnette. Qui semble à l’écoute.

 

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Les salles de Charleroi ont une conscience de «réseau». À Bruxelles, certains lieux ont tendance à se concentrer sur leurs ambitions personnelles. Mais le 210 fonctionne déjà avec de nombreuses collaborations.

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«Next Stop Charleroi» à l’Atelier 210: «Le Belge fait des heures de bagnole pour bosser mais a tendance à rester chez lui pour la culture»
Le Quai 10 est un nouveau lieu culturel en bord de Sambre. Sa gestion résulte d’un appel à projets de la Ville de Charleroi. Des expos, projections et apéros urbains y sont organisés. Photo Eric Jordan via Flickr sous licence CreativeCommons CC BY-NC-ND 2.0

«Next Stop Charleroi» à l’Atelier 210: «Le Belge fait des heures de bagnole pour bosser mais a tendance à rester chez lui pour la culture»
Le Néerlandais Rens Dekker expose son travail sur Charleroi dans l’expo «Regards Noirs». Rens Dekker
Le Carolo consomme-t-il réellement cette culture? Le «renouveau» ne provoque-t-il pas la tant décriée «gentrification»?

Ces questions sont légitimes et nous programmons des conférences pour interroger l’impact de ce renouveau. Couve-t-il une gentrification? Ça peut faire peur... Il est clair qu’à Charleroi, il y a «le haut» et «le bas». On voit une fuite du centre vers la périphérie. C’est là qu’habitent les consommateurs de culture: Mont-sur-Marchienne, Gerpinnes, Loverval, Jamioulx, Ham-sur-Heure... Pourtant, les lieux culturels, hormis le Rockerill aux anciennes forges et le Musée de la Photo, triangulent les quartiers du centre, plus «pauvres». A contrario, le Quai10 a amené des apéros sur les quais. C’est bien que ça existe mais ça pose question. Le pouvoir politique doit mettre en place des garde-fous.

Possible?

L’idée n’est pas de biffer le passé, de «nettoyer», de cacher les terrils ou les usines comme serait tenté de le faire un office de tourisme, mais de construire dessus. La démarche rappelle Berlin ou Manchester avec sa «Factory».

«Next Stop» montre que les salles peuvent collaborer.

Ces salles ont une vraie conscience de «réseau». Quand on travaille avec elles, une porte s’ouvre après l’autre. C’est un exemple à suivre pour Bruxelles. Chez nous, certaines petites salles sont tentées de se concentrer davantage sur leurs ambitions personnelles. Heureusement, une bonne partie du fonctionnement du 210 repose sur des collaborations avec des lieux comme le Rideau, le 140, le Magasin 4, le Brass... Cette philosophie est essentielle. L’Atelier 210 ne peut pas aller au duel avec d’autres salles de la même jauge qui touchent 600.000€ annuels alors qu’on ne cumule «que» 30.000 pour la musique et 60.000 pour le théâtre et qu’on complète le salaire de nos 4 permanents avec le bar.

La lutte d’influence se marque aussi pour les grosses salles...

On le voit dans la lutte entre la Ville et le Botanique pour le Cirque Royal. La Ville, plutôt que de se mettre au service de ses acteurs culturels, a tendance a s’y substituer. La tentation risque donc d’être stratégique et pas programmatique, statistique et pas humaine.

 

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Le public devra aller voir plus loin. Le 210 est un porte-voix parce que Charleroi, ça tabasse!

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«Next Stop Charleroi» à l’Atelier 210: «Le Belge fait des heures de bagnole pour bosser mais a tendance à rester chez lui pour la culture»
Reprise par deux Carolos, l’ancienne forge de Mont-sur-Marchienne est devenue le Rockerill, salle de concerts et club qui rameute largement en dehors des frontières de Charleroi. Reporters / DPA

«Next Stop Charleroi» à l’Atelier 210: «Le Belge fait des heures de bagnole pour bosser mais a tendance à rester chez lui pour la culture»
Le Néerlandais Rens Dekker expose son travail sur Charleroi dans l’expo «Regards Noirs». Rens Dekker
L’idée est aussi de pousser les Bruxellois à «aller voir ailleurs»?

En Belgique, les gens font des heures de voiture pour aller travailler. Par contre, ils se déplacent plus difficilement pour la culture. Il faut vraiment les «pousser» pour qu’ils visitent une autre ville. On l’a vu avec Mons2015. On peut améliorer cette «mobilité culturelle» et sortir du «culturo-centrisme». Qui est dû aussi au morcellement politique et à la concurrence entre «villes-marques» comme on peut le voir avec Anvers et Bruxelles.

D’accord mais ici vous «amenez» Charleroi à Bruxelles... C’est contradictoire.

Notre démarche se fera en deux temps. D’abord, on montre un échantillon condensé et incomplet de ce que Charleroi offre. Ensuite, le public devra aller voir plus loin. Le 210 est un porte-voix parce que Charleroi, ça tabasse!

On doit venir avec son écharpe des Zèbres?

«Next Stop» veut à tout prix éviter de réduire Charleroi à ses clubs sportifs et ses terrils. Alors vous pouvez venir avec votre écharpe, mais on tapera sur le clou: on offrira une vision contrastée de Charleroi et ses habitants.

 

Poumons noirs et enclumes électroniques

«Next Stop Charleroi» à l’Atelier 210: «Le Belge fait des heures de bagnole pour bosser mais a tendance à rester chez lui pour la culture»
Le visuel de l’événement rend hommage au passé industriel de Charleroi. Atelier 210
Ceux qui espéraient retrouver des vieilles planches de Spirou à l’Atelier 210 passeront leur chemin: le groom de Marcinelle, qui baptise aussi l’équipe de basket carolo, reste au vestiaire pour «Next Stop Charleroi».

L’événement programmé sur tout le mois d’octobre «évite le piège du cabinet de curiosités» et propose «un Charleroi qui bouge, pas figé dans ses clichés». On ne zappera donc pas la reprise de «Nés Poumon Noir», succès scénique et poétique de Mochélan et ode lucide à sa ville natale. Ni une projection de «Les Convoyeurs attendent» de Benoît Mariage avec un Poelevoorde au temps de sa splendeur. Mais la dérive en bord de Sambre échouera aussi dans le ciné gaucho, absurde et fauché de Jean-Jacques Rousseau, réalisateur encagoulé le plus célèbre du Hainaut. Ou une croisière sur les océans inexplorés du jeu vidéoet de son rôle éducatif.

Autre vision, à 4 points de vue: celle des photographes proposés par le Musée de la Photo dans l’expo «Regards Noirs». Une «vision contrastée» prise par des objectifs suédois, néerlandais, américain et belge, qui «dépasse le terril en noir et blanc» pour s’arrêter dans les ronds-points et les bistros, le grand Charleroi et son centre pavé. La BO de l’expo pourrait bien être chantée par la Carolo Mélanie De Biasio. Qui présentera son tout nouveau « Lilies » lors d’une désormais traditionnelle «Blackout Session» du 210.

«Next Stop Charleroi» à l’Atelier 210: «Le Belge fait des heures de bagnole pour bosser mais a tendance à rester chez lui pour la culture»
Le cinéma de l’absurde de Jean-Jacques Rousseau sera projeté. Atelier 210
Et puis le 210 n’existerait pas sans ses grandes fiestas en petits comités. L’entrée en gare se fait donc dès ce jeudi 5 octobre après le vernissage de l’expo. On plongera ensuite dans les eaux troubles et vivantes de la soirée rock psychéprogrammée avec l’Eden et le festival Stellar Swamp. Le Rockerill délocalisera également son écurie loufoque et sauvage pour une label night. Enfin, les DJ de l’ancienne forge de Mont-sur-Marchienne taperont sur leurs enclumes électroniques pour faire jaillir l’étincelle lors de la soirée de clôture.

Un programme totalement zébré, quoi.

+ «Next Stop Charleroi», du 5 au 27 octobre à l’Atelier 210, chaussée Saint-Pierre 210 à 1040 Etterbeek. Prix et agenda complet sur le site du 210

 


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