MOBILITÉ

On teste le Billy Bike, le nouveau vélo électrique partagé qui pédale à Bruxelles

On teste le Billy Bike, le nouveau vélo électrique partagé qui pédale à Bruxelles

Le Billy Bike innove à Bruxelles en proposant un service de vélos électriques partagés et sans station. Il coûte 15 centimes la minute. EdA - Julien RENSONNET

De nouveaux vélos partagés apparaissent à Ixelles, Etterbeek ou Saint-Gilles. Le Billy est reconnaissable dans sa robe noire rehaussée de jantes bleues. Surtout, sa batterie électrique efface les efforts demandés par les côtes bruxelloises. On l’a testé dans le trafic, durant la Semaine de la Mobilité.

La peinture noire et luisante brille au soleil de l’été indien. Les jantes, bleu azur, s’assortissent au ciel et donnent à la mécanique des airs de bête de course. Sur le bitume bruxellois, l’engin a de la gueule. Et quand il monte à 25km/h presque sans effort pour doubler les voitures engluées dans le rond-point Meiser, on vole.

Le vélo électrique a ceci de grisant dans la capitale qu’il permet d’oublier ses bosses. Voire ses côtes. 3 minutes sur le tout nouveau Billy Bike dans la chaussée de Louvain à l’heure de pointe du soir suffisent à convaincre. Nous avons testé ce nouveau service de mobilité en libre-service dans les rues de Schaerbeek. L’expérience est plutôt concluante.

Localisation

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On localise et débloque Billy via l’app. EdA - Julien RENSONNET
On trouve le Billy le plus proche via l’app mobile. Le vélo est géolocalisé sur la carte et on peut le «réserver» 15 minutes le temps de le dénicher sur un trottoir. Pour libérer le cadenas, il faut se loguer dans l’app: c’est le téléphone qui déverrouille le vélo. C’est pratique: pas besoin de carte ni d’abonnement. Pour reverrouiller le cadenas en bout de course, on ressort le smartphone et on confirme la fin de la location. Sans oublier de couper la batterie.

Prise en main

Une fois le vélo débloqué, on ajuste la selle via une molette à dévisser. On met ensuite la batterie en route via le bouton sur le cadre. On descend ensuite la bécane de son pied, qui fonctionne comme les béquilles à levier des mobylettes. Pour monter en selle, on cherche le frein arrière et on tente d’ajuster le pédalier en rétropédalant. Peine perdue: le Billy est équipé d’un... frein torpédo. Il n’y a donc pas de manette de frein arrière. Une petite gymnastique mnémotechnique doit donc se mettre en place, mais on s’y fait vite.

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Attention: Billy se freine au pédalier via un bon vieux torpédo. EdA - Julien RENSONNET

Premières impressions

On teste le Billy Bike, le nouveau vélo électrique partagé qui pédale à Bruxelles
Robuste, le Billy grimpe vite à 25km/h. Ses pneus larges rendent les rails de tram inoffensifs. EdA - Julien RENSONNET
Grimper sur un vélo partagé, c’est un peu comme enfiler les chaussures de quelqu’un d’autre: il faut faire quelques mètres pour s’y habituer. Le Billy n’échappe pas à la règle, d’autant qu’il pèse son poids. On zappe très vite les vitesses 1 et 2, trop «facile», pour trouver le rythme de croisière en 3e. Et là, c’est l’euphorie: le Billy nous emmène sans effort à 25km/h, la vitesse maximale à laquelle l’assistance électrique nous soutient. Au-delà, c’est le mollet qui prend le relais. Mais ce n’est vraiment pas nécessaire.

Des particularités

Le Billy n’est pas un vélo de compèt’. Il est robuste et passe-partout avec ses pneus larges, mais pèse aussi son poids. Ce qui le rend moins maniable à faible vitesse, notamment quand on remonte les files de voitures ou que l’étroitesse de la chaussée nous oblige à ralentir pour croiser un véhicule. La maniabilité est cependant accrue par le positionnement du panier à commission, très large, sur une barre fixe, et non sur la roue ou la direction.

Le torpédo surtout, demande un peu d’entraînement. On a souvent le réflexe de chercher le frein arrière. Ensuite, quand on a intégré le rétropédalage pour freiner, on hésite un peu sur la puissance à y imprimer.

Enfin, le modèle «hollandais» du Billy nous place en hauteur sur la route. Ce n’est pas désagréable, d’autant que l’impression de voyager sur coussin d’air est renforcée par l’assistance électrique et les suspensions.

Bon à savoir

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Quelque 150 vélos Billy seront disséminés sur Ixelles, Saint-Gilles, le haut de Bruxelles et Etterbeek dès la semaine prochaine. EdA - Julien RENSONNET

+ Billy est actuellement en phase de test: pour accéder à l’app et aux vélos, vous devez vous inscrire via la page web du service.

+ Le phare et le feu de Billy se déclenchent dès qu’on allume la batterie.

+ La zone de disponibilité de Billy se concentre pour l’instant sur Ixelles, l’ouest d’Etterbeek, le nord de Bruxelles, l’est de Saint-Gilles. Cela signifie que vous devez y redéposer le vélo après usage.

+ Un lancement de 100 vélos en cette fin de semaine et la semaine prochaine devrait porter la disponibilité à 150 Billy pour la phase test.

+ Billy coûte 15 centimes à la minute et maximum 5€ de l’heure. Une location pour un jour coûte 25€. Comme le voyage à Bruxelles dure en moyenne 10 à 15 minutes, il vous en coûtera à peine 1,5 à 2€ par course, soit le même prix que le métro à peu près.

 

«Il fallait un vélo simple, robuste et protégé du vol»

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Pierre de Schaetzen (à gauche) et Guillaume Verhaeghe lancent le Billy Bike sur fonds propres. EdA - Julien RENSONNET

Billy Bikes est un service lancé par deux jeunes Bruxellois, sur fonds privés. Le premier, Guillaume Verhaeghe, n’en est pas à son coup d’essai rayon mobilité puisqu’il a déjà lancé le covoiturage en entreprise Djengo et le taxi entre particuliers Djump, qui a cédé sous la puissance de Uber. Le second, Pierre de Schaetzen, a dirigé une agence de marketing et ouvert un espace de coworking privé à Saint-Gilles. C’est lui qui nous en dit un peu plus sur ces vélos noir et bleu.

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La mobilité à Bruxelles pourrait être sauvée par le vélo. EdA - Julien RENSONNET
Pourquoi lancer un vélo électrique partagé?

Tout le monde veut que la mobilité bruxelloise évolue. Le vélo est une des solutions principale à l’engorgement. Malheureusement, Bruxelles est une ville en pente. ce qui fait que le vélo y a beaucoup de mal. Ceux qui roulent à vélo sont donc surtout ceux qui sont déjà «chauds». Le vélo électrique pourrait aider les autres à s’y mettre.

Il y a déjà un service de vélos partagés à Bruxelles...

Villo!, c’est top, mais pour descendre. C’est le gros problème du service. Alors qu’à Paris, chaque Vélib compte 5 utilisations par jour, à Bruxelles, c’est une seule pour chaque Villo!. Pourquoi? Parce que l’exploitant doit, grâce à un camion, les «remonter» dans le haut de la ville après que les clients les ont descendus. S’ils étaient remontés plusieurs fois par jour, ça ne serait pas très durable...

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Pas de station pour le Billy. EdA - JUlien RENSONNET
Vous optez pour le «free-floating»: la solution partagée mais sans station. Pourquoi?

D’abord, nous n’avons pas le choix: nous sommes une start-up et intégrer des bornes dans l’espace urbain prend des années et coûte cher. Sans parler des autorisations politiques. De plus, la borne oblige les autorités à supprimer des places de parking. Nous avons donc puisé notre inspiration chez les voitures partagées Zipcar et DriveNow ou le service de scooters Scooty.

Comment avez-vous conçu le vélo?

Le challenge était de rassembler tous les éléments. Il fallait un cadenas à ouvrir et fermer sans carte car nous voulions l’utiliser via les smartphones. Il fallait un usage simple de l’assistance électrique et pas des dizaines de potentiels réglages, d’où les trois vitesses. Il fallait aussi un vélo robuste, capable de passer 365 jours et nuits par an dans la rue, sous la pluie et la neige. Ce qui fait qu’il pèse 30kg, soit un peu plus que le Villo! mais ce poids s’oublie avec l’assistance. Enfin, il fallait le protéger contre le vol de roues ou de batterie. Nous avons donc conceptualisé le Billy sur base d’un vélo hollandais existant.

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La batterie est bien protégée et les roues sont involables. EdA - Julien RENSONNET
Il embarque aussi des accessoires «sur mesure» pour Bruxelles.

Bien sûr, les pneus larges permettent de passer les rails de tram sans angoisse. Le panier à commissions est large. Surtout, il ne repose par sur la roue comme chez Villo! mais sur une barre indépendante de la direction. à l’arrière, on se garde aussi l’option du siège bébé, là aussi sur une barre. Nous ne voulions pas de porte-paquets qui risquent de tenter les utilisateurs à grimper dessus. D’abord, le Billy n’est pas fait pour deux car sa batterie se décharge alors plus vite. Ensuite, on ne pouvait le risquer pour des questions d’assurance.

Mais pourquoi ce torpédo?

Ce n’est pas voulu. C’est un vélo hollandais et, aux Pays-Bas, ils ne connaissent pas le frein arrière: tous les vélos sont équipés de torpédo. L’enlever était possible mais demandait du temps, ce que nous n’avions pas. Ceci dit, le torpédo amène de la sécurité puisqu’il permet de ne jamais déforcer le guidon.

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Le Billy permet de franchir 50km sur une seule charge. EdA - Julien RENSONNET
Que se passe-t-il quand la batterie est vide?

Dès qu’on passe sous les 20% de capacité, le vélo se met off line. Nos équipes se rendent sur place pour changer de batterie.

L’autonomie est de combien?

50km en moyenne. C’est largement suffisant à Bruxelles où les trajets à vélo sont de 10 à 15 minutes.

Pourquoi «Billy» et pourquoi ces jolies jantes bleues?

Pour «Billy», il n’y pas d’autre raison que le fait que ça sonne bien. les jantes bleues et la robe noire viennent d’un pote graphiste qui nous a fait le projet avant une présentation. C’est resté. Mais si le système séduit, on pourrait varier les couleurs dans la flotte avec du rose ou du vert, pourquoi pas?

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Pierre de Schaetzen explique que les coloris et le nom du Billy relèvent un peu de la nécessité d’avancer. EdA - Julien RENSONNET