CANAL DU CENTRE

Aux origines du Canal du Centre

Ces 9 et 10 septembre, le Canal du Centre sera à la fête lors des journées du patrimoine. Retour historique sur la création d'un canal unique au monde et devenu le témoin de l'excellence des ingénieurs belges à la charnière du 19e et 20e siècle.

C'est comme si les Journées du Patrimoine version 2017 avaient été taillées pour le Canal du Centre historique. Avec une telle thématique (Voies d'eau, de terre et de fer), il aurait été incongru de ne pas fêter le centenaire de cette voie d'eau unique au monde. Alors que les entrailles des ascenseurs seront exceptionnellement ouvertes aux visiteurs ce weekend, attardons-nous sur une naissance douloureuse.

Car sa construction fut une prouesse : d’une extrémité à l’autre du canal, c’est un dénivelé de 89,45 mètres que les bateaux franchissaient. Un obstacle qui a fait s'arracher les cheveux pendant plus d'un siècle. L’idée de connecter les deux bassins hydrographiques de l’Escaut et de la Meuse via le Centre et Mons apparait il y a plus de 200 ans, sous domination française.

Le Hainaut est la province la plus industrialisée de la future Belgique, mais elle ne dispose pas d’un réseau de voies navigables là où se concentre la production charbonnière, de l'ouest de Mons à Charleroi en pass ant par le Centre. Le charbon est principalement transporté sur des routes en mauvais état, où s’exercent des droits de barrière. En 1810, Napoléon prend un décret stipulant qu’un « canal de navigation sera ouvert entre Mons et Charleroi, il joindra l’Escaut à la Meuse par la Haine et la Sambre ».

D’un côté les canals de Mons à Condé et de Mons à l’Escaut voient le jour. De l’autre, c’est le canal Charleroi-Bruxelles, avec des embranchements vers Mariemont et Houdeng qui apparaît. Restent 21 kilomètres à creuser pour réaliser la jonction Mons-Charleroi.

Une idée venue d'Angleterre...

Commence alors une valse de projets pour surmonter ce fameux dénivelé et le manque d’eau pour faire fonctionner des écluses, qui ne peut être fourni par les rivières locales. En 6 décennies, ce sont 11 projets qui ont été abandonnés en raison d’un trop grand nombre d’écluses, des difficultés d’alimentation, etc. 

Pour franchir ces 89 mètres de dénivelé, il aurait fallu installer une trentaine d’écluses, dont 17 distantes de 400 mètres entre Houdeng-Goegnies et Thieu. Les bateliers auraient eu le temps de voir défiler les escargots sur le chemin de halage…

En 1871, le gouvernement belge prend la main et s’engage à construire le canal à ses frais. Les regards se tournent vers la Grande-Bretagne, où des alternatives aux écluses pour franchir les crêtes sont expérimentées avec succès. En 1875, le premier ascenseur hydraulique à bateaux au monde est mis en service à Anderton, grâce à l’ingénieur Edwin Clark.

...Achevée sous pression allemande

Son système, fonctionnant uniquement grâce à l’énergie fournie par l’eau, se répand jusque chez nous. Clark est sollicité pour superviser la construction des ascenseurs. 4 ascenseurs et 6 écluses sont programmées pour racheter les 89 mètres de dénivelé.

En 1885, alors que les premiers travaux de terrassement ont débuté trois ans plus tôt près de Mons, les travaux de construction du premier ascenseur débutent, pour se terminer en 1888 à Houdeng-Goegnies.

Il faut attendre 1909 pour que l’on s’attaque aux trois derniers ascenseurs, à Houdeng-Aymeries, Bracquegnies et Thieu, alors que le canal est creusé depuis 1892 de Mons à Thieu. Financement, problèmes d’étanchéité, tergiversations…Tout contribue à retarder le projet. Sans compter surtout les centaines de milliers de m³ de terres, évacués à la pelle et à la brouette.

En 1914, lorsque la guerre éclate, le canal et les ouvrages d’art sont inachevés. Ce sont donc les Allemands qui feront terminer les travaux, considérant le canal comme un axe stratégique. En août 1917, le canal est enfin ouvert à la navigation, plus d’un siècle après le début de la réflexion sur sa construction. Le canal ne sera pas saboté par la résistance ou les Alliés. Par compassion pour le chemin de croix que fut sa création?

Pour en savoir plus

  • LAURENT J., DE FAYT R., DAMBRAIN M., Le Canal du Centre. Chronique d'une construction, SPW Editions, 2017.
  • MAIGRE M.,Le Canal du Centre. Histoire d'une voie d'eau centenaire, Noir Dessin Production, 2017.
  • MAIGRE M., Le Canal du Centre historique, IPW, Carnet n°141, 2017.

45 ans pour gagner 1050 tonnes

Après 40 ans de fonctionnement se pose la question de la modernisation du Canal du Centre. En 1957, il est intégré dans la grande transversale sud du réseau belge des voies navigables et voit sa modernisation inscrite dans la loi du 9 mars 197 dite des 1350 tonnes, portant sur le gabarit des ouvrages d’art.

D’importants travaux de modernisation se déroulent donc durant toute la seconde moitié du 20e siècle. Le canal du Centre est élargi de Mons à Thieu et les ouvrages d’art jalonnant le canal sont démontés. De Thieu jusqu’à l’embranchement du canal Charleroi-Bruxelles, c’est un nouveau canal qui est creusé.

Confrontant les ingénieurs au même problème qu’un siècle plus tôt : comment racheter la chute de 73,15 mètres sur 3,5 km entre Strépy-Bracquegnies et Thieu ? Cette fois, va pour un ascenseur funiculaire double et un pont canal. Là aussi, la construction est laborieuse : 20 ans de travaux.

Mis en service en 2002, l'ascenseur de Strépy-Thieu clôture le programme de mise au gabarit de 1 350 tonnes des voies navigables belges et devient le plus grand ascenseur à bateaux au monde, jusqu'en 2016, quand les Chinois le détrônent .

De la casse à l'UNESCO

De leur côté, les ascenseurs et le canal historique l’ont échappé belle : promis dans les années 70 à la démolition et au remblaiement (un projet de route est évoqué), ils sont finalement classés en 1992 et intègrent un an plus tard la première liste du patrimoine immobilier exceptionnel de Wallonie. En 1998, c’est la reconnaissance suprême : les 7 kilomètres restants du canal historique sont classés comme Patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.

Une reconnaissance justifiée d’autant plus que les 4 ascenseurs du Canal du Centre sont les seuls au monde subsistant dans leur état originel de fonctionnement. Aujourd'hui, le Canal du Centre historique est uniquement dédié à la navigation de plaisance