Strépy-Bracquegnies

Les riverains du canal du Centre ne veulent pas d'un parking «dans leurs jardins»

Les riverains du canal du Centre ne veulent pas d'un parking «dans leurs jardins»

Les riverains de la rue Raulier ne veulent pas entendre parler d'un parking derrière leur jardin. Ugo PETROPOULOS

Le SPW a présenté aux riverains de l'Ascenseur 3 son projet de parking. Ces derniers s'y sont fermement opposés. Au delà du syndrome "Nimby", ils pointent un projet à potentiellement classer dans la catégorie "Grands travaux inutiles".

"Pas de parking dans mon jardin". Le syndrome Nimby a frappé avec force mardi soir à Strépy-Bracquegnies, lors d'une réunion d'information aux riverains de la rue Raulier. Le but était de présenter l'état d'avancement de la réflexion sur l'extension du parking situé derrière la Salle des machines de l'Ascenseur n°3 du canal du Centre historique.

Les riverains étaient venus nombreux pour s'opposer à ce projet, récemment exhumé. Pour défendre leur cadre de vie, mais aussi pour remettre en cause le bien-fondé d'une telle dépense des deniers publics. 

Car l'idée n'est pas neuve: elle date de 1995, quand un permis fut délivré pour aménager un parking pouvant accueillir 100 véhicules et 5 autocars, "étant donné le caractère indispensable pour le développement touristique du Canal du Centre", jugeait à l'époque le bourgmestre de La Louvière Michel Debauque. Les travaux commencent mais restent en rade, faute de budget.

Des sous à dépenser

Mais en 2017, l'ex-ministre des travaux publics Maxime Prévot libère 14,5 millions d'euros via  son plan Infrastructures pour que le canal se développe au niveau touristique. Le SPW fouille donc dans ses cartons pour voir comment dépenser la manne et ressort ce projet de parking, relifté.

Les objectifs? Il y en a trois. Un: "faire place nette et rendre le RAVeL aux usagers du RAVeL", explique Philippe Denis, ingénieur au SPW Voies Hydrauliques et chef de projet. Actuellement, des véhicules empruntent sous condition un tronçon de RAVeL pour accéder au parking du SPW. Ce qui peut être potentiellement dangereux juge l'ingénieur.

Deux: il s'agit de donner un accès rapide à la salle des machines, et trois de créer une offre de parking adéquate pour les autos mais aussi les PMR, les autocars, les motos, les vélos...En tout, il y aurait une quarantaine d'emplacements autos et deux pour les autocars. L'ingénieur du SPW parle d'aménagements, de clôtures, de barrières végétalisées, d'arbres dans le parking...Rien n'y fait, les riverains crient au fou. 

Développement touristique contre nature

"Vous allez dénaturer complètement le site, s'alarme une voisine. Pourquoi voulez-vous bétonner cette nature et à quelles fins? Quels sont vos objectifs touristiques?" s'interroge-t-elle. Car actuellement, le site de l'Ascenseur 3 ne développe aucune attraction pouvant attirer les touristes: le départ des croisières en bateau s'effectue depuis le nouvel ascenseur de Strépy-Thieu et se termine ici, les participants étant ensuite ramenés au point de départ en train électrique.

Mais cela pourrait changer: "Nous avons obtenu des Fonds FEDER pour l'organisation de circuits de visite intime dans les ascenseurs. C'est un nouveau produit touristique que nous pourrions concéder à un exploitant." Bref, du tourisme hors navigation et qui viserait surtout l'ascenceur 3. Pour la concession, le SPW pense naturellement à l'asbl Voie d'Eau du Hainaut, qui exploite déjà les autres activités sur le canal historique. 

"Il y a des demandes"

Le concessionnaire, qu'en pense-t-il justement de ce projet de parking? "Nous menons des enquêtes de satisfaction auprès des visiteurs et des tours-opérateurs, et des demandes nous parviennent pour accueillir du public à l'Ascenseur n°3", répond Catherine Berger, directrice opérationnelle des Voies d'Eau du Hainaut

Interrogé quelques jours auparavant, Pascal Fortun, directeur touristique de l'ASBL, confirmait l'intérêt d'un parking pour développer une activité touristique sur ce site. "Cet endroit nous pose problème en l'état actuel. Quand le bâtiment de la cafétaria a été créé, il était déjà question d'y adjoindre un parking. On pourrait établir un partenariat avec un privé pour l'exploitation de la cafétaria, mais sans parking c'est impossible. Il ne faut pas voir le produit (canal du Centre) figé: il peut évoluer."

Mais ne met-on pas la charrues avant les boeufs? "Les projets FEDER, ce sont de beaux projets, mais pourquoi ne pas les mettre en route, attendre de voir quels seraient vos besoins et y répondre ensuite plutôt que d'anticiper des besoins potentiels mais pas vérifiables?" s'interroge une autre riveraine. Ce qui éviterait d'une part des grands travaux et dépenses inutiles et d'autre part une guerre stérile entre voisins...

L'option N55

Une phrase n'est pas passée inaperçue mardi soir. Celle de la directrice des Voies d'Eau du Hainaut Catherine Berger, à qui une riveraine demandait si cela valait la peine de détruire un espace vert pour augmenter la fréquentation touristique. "Je vais prendre ma casquette patrimoniale, mais pour moi, non. Mais c'est un avis personnel", précise-t-elle.

Pour préserver le caractère bucolique de l'Ascenseur 3, tout en aménageant un parking susceptible de faire venir plus de visiteurs, une idée a fait son chemin hier: pourquoi ne pas aménager le site sous le pont de la N55, moche et déjà partiellement bitumé pour les bus TEC, et distant d'à peine 500 mètres à pied? "On se rend compte qu'un parking sous la N55 pourrait être exploité", a fini par lâcher Marc Michaux, directeur des Voies Hydrauliques au SPW.

Mais, si c'est envisageable, "ce site n'est pas géré par la DGO2 mais la DGO1. Qui devrait permettre que la DG02 fasse des travaux chez elle." Et vive l'administration!

"On n'est nulle part"

Dans l'esprit de certains riverains, les jeux étaient déjà faits. Demain, les pelleteuses allaient tout terrasser et les arbres du terrain vague abattus pour laisser la place à un énorme parking. Rien de tout ça.

"On n'est nulle part, a rappelé Philippe Denis. Nous sommes juste au départ d'une petite esquisse. Tout ce qui a été demandé, c'est une autorisation pour défricher tous les arbres spontanés afin de délimiter le tracé du Thiriau (NDLR: ruisseau qui longe le canal). Un abattage fait pour satisfaire une partie de vos demandes". Et qui a déjà créé une polémique.

Mais pour créer un parking le processus sera très long: il faudra solliciter un certificat de patrimoine pour faire des travaux dans une zone classée. Une longue première étape avant de pouvoir solliciter un permis d'urbanisme et obtenir l'autorisation de faire les travaux. Cela peut prendre plusieurs années.

Et les démarches pour obtenir le certificat de patrimoine n'ont pas encore été entamées. On n'est pas prêt de voir arriver les pelleteuses.