INITIATIVE CITOYENNE

FruitCollect récolte les fruits de vos vergers: «On achète des Pink Lady alors que les pommes pourrissent au jardin»

FruitCollect récolte les fruits de vos vergers: «On achète des Pink Lady alors que les pommes pourrissent au jardin»

Maxime Niego, 26 ans, a créé FruitCollect après avoir remarqué qu’il ne touchait pas aux pommes et aux framboises du jardin de ses parents. EdA - Julien RENSONNET

La Granny-Smith, la Pink Lady ou la Golden sont les stars de nos corbeilles de fruits. Pourtant, la Belgique regorge de pommes indigènes délicieuses. Qui pourrissent trop souvent dans nos vergers, avec framboises, prunes, cerises ou noix. L’ASBL FruitCollect ramasse ces trésors chez vous pour les redistribuer. Et veut planter des vergers publics.

Un pommier donne 7 fois plus de fruits que ce qu’une famille de 4 peut consommer en un an. Et ce chiffre grimpe à 200 pour un noyer. Que faire dès lors de ce cadeau de la nature en surplus, si vous êtes l’heureux propriétaire d’un arbre fruitier? Si le gamin part chaque été au camp scout, ça peut être un moyen d’écouler les reinettes étoilées ou les gueule de mouton de votre verger. Sinon, pensez à FruitCollect.

FruitCollect a été lancé à Bruxelles en 2015. Pour sa 3e année, ses 5 jeunes initiateurs espèrent récolter 8 tonnes de fruits dans les jardins et vergers privés de Belgique. Après 2 tonnes en 2015 et 6 tonnes en 2016. Ramassés par des bénévoles, ces pépites sucrées sont ensuite redistribuées à des associations partenaires. Le surplus est pressé et mis en bouteilles pour des dons tout aussi juteux. L’ASBL est active en Flandre, Wallonie et Bruxelles, de Schaerbeek à Namur en passant par Liège ou le Brabant wallon.

FruitCollect récolte les fruits de vos vergers: «On achète des Pink Lady alors que les pommes pourrissent au jardin»
«L’idée n’est pas de fournir des pommes ad aeternam mais de conscientiser le Belge», explique Maxime Niego. EdA - Julien RENSONNET
«Je ne touchais ni le pommier ni le framboisier»

«Un jour, chez mes parents, je voyais ce pommier et ces framboisiers auxquels je n’ai jamais touché. Pareil avec le cerisier du voisin», se souvient Maxime Niego, cheville ouvrière de FruitCollect. «Je cherchais justement à donner un sens à mon travail, à trouver une occupation en accord avec mes valeurs. J’ai un peu potassé et l’idée a germé». Comme un fruit sorti de la fleur.

Fidèle à sa générosité de départ et à son idéologie écologique et sociale, FruitCollect est voué... à disparaître. Même si l’ASBL espère payer un salaire en 2018 pour gérer tous les aspects de son activité. «Le but n’est pas de fournir en flux tendu les fruits à ceux qui en ont besoin, pas plus que de débarrasser les propriétaires de leurs vieilles pommes ad aeternam», insiste Maxime Niego, qui reste 100% bénévole chez FruitCollect pendant qu’il prend de la graine professionnellement dans une entreprise d’économie sociale bien connue du paysage belge. «Ce qu’on veut, c’est conscientiser les gens. Le Belge doit se rendre compte d’une part que les fruits ne poussent pas au supermarché et, d’autre part, que le gaspillage de fruitiers belges est énorme. Donc oui, in fine, notre but, c’est de ne plus exister».

Face à ce monopole des espèces exogènes dans nos cuisines, il y a de quoi devenir vert.

FruitCollect récolte les fruits de vos vergers: «On achète des Pink Lady alors que les pommes pourrissent au jardin»
Les 5 bénévoles qui gèrent FruitCollect donnent une partie de leurs soirées, de leurs week-ends et de leurs congés à l’ASBL. FruitCollect

Où vont les fruits?

FruitCollect récolte les fruits de vos vergers: «On achète des Pink Lady alors que les pommes pourrissent au jardin»
Les fruits et jus de FruitCollect se retrouvent en épicerie sociale. FruitCollect
FruitCollect collabore avec «une dizaine d’associations». Celles-ci couvrent un large spectre, de l’ASBL qui aide les femmes battues aux maisons de jeunes de quartiers, de la prévention communale qui aide les SDF aux bénévoles au chevet des réfugiés.

«Pour éviter le gaspillage, on leur demande précisément ce dont ils ont besoin dès qu’on revient d’une récolte», précise Maxime. «10 kilos? 30 kilos? Ce sont des fruits frais: il faut donc pouvoir stocker et cuisiner dès qu’on reçoit le colis».

Du jus de pomme pour éviter le gaspillage

Du surplus dont les associations n’ont pas d’usage direct, FruitCollect presse un jus de pomme qui prend trois directions complémentaires.

D’abord, il est vendu aux particuliers au prix de 3€ le litre. Livré à vélo ou en voiture, il finance les activités de FruitCollect. Ensuite, il est proposé aux restaurants sociaux bruxellois tels que Refresh à Ixelles, Bel Mundo à Molenbeek ou, bientôt, le supermarché coopératif Bees Coop à Schaerbeek. Enfin, il est vendu «au prix coûtant» aux épiceries sociales partenaires.

«La collaboration avec les épiceries sociales peut être très valorisante pour le client», assure Maxime Niego. «Car ces échoppes au rabais ne disposent généralement que de produits blancs, reçus par la filière des supermarchés. Ces produits restent dévalorisants pour leurs bénéficiaires, principalement les plus petits. Dans une cour de récré, les enfants qui consomment le produit blanc plutôt que la marque peuvent recevoir des moqueries. Notre jus FruitCollect et son packaging cool améliorent l’image qu’ils ont d’eux-mêmes».

FruitCollect récolte les fruits de vos vergers: «On achète des Pink Lady alors que les pommes pourrissent au jardin»
FruitCollect presse du jus de pomme avec le surplus. Vous pouvez l’acheter pour 3€/litre. FruitCollect

Vous voulez donner?

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FruitCollect se déplace chez vous pour ramasser vos fruits. FruitCollect
Vous voulez offrir vos fruits? Le concept est simplissime: le propriétaire d’un fruitier, de deux fruitiers, ou de tout un verger, prend contact avec FruitCollect, qui centralise aussi les infos sur Facebook. Pour devenir «donneur», surfez via www.fruitcollect.be/soutien/ et remplissez le formulaire. FruitCollect reprendra contact avec vous directement pour établir un calendrier de récolte, en fonction de la saison et de vos disponibilités.

Attention, FruitCollect ne s’adresse qu’aux particuliers. De plus, l’ASBL se réserve le droit de ne pas répondre positivement à toutes les sollicitations. «Nous ne nous déplacerons pas au fin fond du pays pour un seul poirier. Écologiquement, ça ne voudrait rien dire», prévient Maxime Niego.

Vous voulez ramasser?

La même plateforme permet aussi de s’inscrire comme «récolteur». Car les expéditions de collecte demandent parfois pas mal d’huile de bras. «On fait des appels sur Facebook pour les grosses opérations mais on tient aussi un fichier de bénévoles à jour».

Parfois, les propriétés, c’est pas d’la noix

Si les fruitiers visités à Bruxelles restent généralement de petits ensembles en intérieur d’îlots, certaines propriétés font ouvrir de grands yeux aux bénévoles de l’ASBL. «Ce sont des propriétés incroyables», souffle le fondateur. Bâtisses de maîtres, hectares de verdure, bosquets s'ouvrent parfois à perte de vue. «On est même tombé un jour dans un endroit où nichent des oiseaux migrateurs qui ont sinon disparu du ciel belge: des ornithologues y étudient donc toutes sortes d’espèces».

Ce genre de propriétés, les kets de FruitCollect en visitent «des dizaines». «À Liège, il y a ce lieu grandiose qui accueille des mariages. On y a débarqué à 50 pour récolter les fruits de 70 noyers!»

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FruitCollect visite de nombreuses propriétés de Belgique. Et certaines valent le détour. FruitCollect

 

Et après?

Des vergers

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L’idée est désormais de planter des vergers collectifs accessibles. FruitCollect
Bénéficiaire d’un KissKissBankBank, FruitCollect avait décidé de récompenser ses donateurs d’un arbre fruitier. L’ASBL en a reçu 52 de la pépinière de Boitsfort. «Mais le fruitier n’est pas toujours plantable chez les contributeurs», nuance Maxime. «Certains nous ont donc fait un deuxième cadeau en nous suggérant de garder l’arbre. Un premier verger est donc né à Genappe».

De là est né le prochain projet de FruitCollect: planter un verger au parc Josaphat. «Nous participons dès lors à un concours lancé par des usagers du parc qui sera relayé par ses gestionnaires. L’idée est d’y implanter un verger accessible à tous, autour duquel on pourrait organiser des ateliers de sensibilisation et d’éducation à la biodiversité ou au bien-manger».

FruitCollect sensibilise déjà certains publics, comme les écoles, aux notions de gaspillage ou de consommation durable. L’ASBL aimerait d’ailleurs planter des fruitiers dans les cours scolaires pour donner corps à sa théorie.

Rassembler

«C’est une demande qui émane aussi bien des donneurs que des collecteurs et des bénéficiaires: ils veulent se rencontrer». Aussi, FruitCollect organise déjà des rendez-vous qui réunissent les trois parties prenantes de son action sur le lieu de ramassage. «Le propriétaire met la main à la pâte, les bénéficiaires aussi, et ça crée cet échange que nous visons depuis le début», sourit Maxime.