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Oeufs contaminés au fipronil: le détail des mesures prises par l’Afsca depuis le 2 juin

Oeufs contaminés au fipronil: le détail des mesures prises par l’Afsca depuis le 2 juin

- BELGA

L’Afsca a remis ce mercredi un rapport sur toutes les actions entreprises depuis le 2 juin dans le cadre de la contamination d’œufs à l’insecticide fipronil en Belgique. En voici un résumé.

Phase 1: gestion de la première notification

2 juin 2017: une casserie belge, usine qui réunit et casse des œufs pour l’industrie agroalimentaire, communique à l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) des résultats non conformes concernant le pesticide fipronil. Les œufs proviennent d’une exploitation de poules pondeuses en Belgique. Les traces de fipronil dans les œufs sont détectées lors d’un autocontrôle de la casserie, qui vient de changer de laboratoire pour ses tests. L’institut allemand choisi utilise un protocole d’analyse différent, qui comprend des analyses sur le fipronil. La détection du fipronil dans des œufs en Belgique est donc tout à fait fortuite au départ, précise l’Afsca.

3 juin: dès le lendemain, l’Afsca se rend dans l’exploitation qui a livré les œufs, la production est bloquée ainsi que les œufs qui avaient quitté l’élevage. Les échantillons nécessaires sont prélevés pour confirmer la contamination et une enquête est lancée sur la source.

Ici, le travail de l’Afsca est ralenti par une différence entre les analyses produites par le laboratoire allemand de départ et celui chargé par l’Afsca de confirmer les résultats, situé aux Pays-Bas. Finalement, les analyses supplémentaires confirment une légère contamination des œufs de l’exploitation. Ceux-ci sont détruits et les produits dérivés sont retirés du marché mi-juin.

Concernant la cause, deux pistes sont avancées: l’alimentation des poules ou un traitement contre le pou rouge. Concernant le traitement contre le pou rouge, un produit légal d’un fabricant belge, reconditionné par une autre firme en tant que «Dega-16» était utilisé. Le Dega-16 est censé être un complément alimentaire pour volailles à base de menthol et d’huile d’eucalyptus, soit un produit naturel. Une société néerlandaise (Chickfriend) a utilisé le produit pour traiter l’exploitation de poules pondeuses.

15 juin: à ce stade, il est question d’une contamination chez un seul opérateur et rien n’indique un problème étendu avec le fipronil en Belgique. Les sources de la contamination se trouvent aux Pays-Bas et aucun échantillon officiel n’est au-dessus du seuil de risque européen de 0,72 mg/kg, souligne l’Afsca.

Phase 2: demande d’informations aux Pays-Bas et enquête en Belgique

19 juin: envoi d’une première demande formelle d’informations sur la société de service avicole néerlandaise (Chickfriend) ainsi que sur un producteur d’aliments qui a livré l’exploitation belge.

22 et 27 juin: contrôle de la firme productrice du produit utilisé dans le traitement contre les poux rouges ainsi que de celle qui a reconditionné la substance en Dega-16 (Poultry-Vision). Les résultats sont conformes.

28 juin: réception d’informations de l’agence néerlandaise NVWA, pendant de l’Afsca, sur le fournisseur d’aliments. Les contrôles effectués sont favorables. Cette réponse de l’agence néerlandaise ne mentionne pas la firme de service avicole qui a utilisé le produit.

4 juillet: enquête supplémentaire auprès de l’exploitation de poules pondeuses belge à l’origine de l’affaire pour confirmer que le traitement est la cause de la contamination au fipronil. Des échantillons matériels sont prélevés sur les murs et l’infrastructure pour chercher des résidus du produit.

5 juillet: demande auprès de la douane pour identifier les produits importés par la société belge qui a reconditionné le produit en Dega-16 (Poultry-Vision).

6 juillet: en l’absence d’une réponse des Pays-Bas aux demandes de l’Afsca, une demande officielle est introduite via le système de coopération administrative européen AAC-FF pour obtenir une liste des clients de la société de service avicole néerlandaise.

Contrôle dans une seconde exploitation de poules pondeuses en Belgique, qui fait partie d’un programme de recherche flamand sur la problématique du pou rouge.

13 et 14 juillet: les Pays-Bas notifient à l’Afsca qu’un paquet avec du fipronil au nom personnel du directeur de la société belge (Poultry-Vision) a été saisi à l’aéroport de Schiphol. Le paquet était adressé à un lieu aux Pays-Bas.

L’agence néerlandaise indique également à l’Afsca que la société de service avicole (Chickfriend) fait désormais l’objet d’une enquête criminelle, ce qui empêche l’agence de communiquer des informations supplémentaires.

L’Afsca reçoit en outre les résultats des échantillons matériels prélevés dans l’exploitation de poules pondeuses belge. Ceux-ci sont non conformes et pointent donc le traitement contre les poux rouges.

Les contrôles dans la seconde exploitation de poules belge révèlent des résultats non conformes également. Celle-ci n’a aucun lien avec la firme néerlandaise, mais bien avec la société belge qui a reconditionné le produit. Dans les jours suivants, un juge d’instruction est désigné et chargé depuis lors de la gestion du dossier dans son intégralité.

La piste du producteur/distributeur de Dega-16 et celle d’un ajout frauduleux de fipronil à un produit légal est privilégiée.

17 juillet: une autre société de service avicole, belge cette fois, est pointée du doigt, où des échantillons de Dega-16 révèlent des traces de fipronil.

Les œufs de la seconde exploitation belge non conformes sont retirés du marché.

20 juillet: perquisition auprès du distributeur belge de Dega-16. Des milliers de documents sont saisis. Les premiers résultats prouvent que le Dega-16 suspect pourrait avoir été livré dans d’autres pays que la Belgique et les Pays-Bas. L’Afsca envoie un message d’information aux États membres de l’Union européenne.

Un mois après la première demande formelle d’informations sur la société néerlandaise de service avicole, la liste de ses clients est finalement fournie par l’agence locale après une demande du juge d’instruction belge.

24 juillet: une première liste des opérateurs qui ont reçu le produit suspect Dega-16 est dressée.

Phase 3: actions consécutives dans le secteur avicole

17 juillet: contrôle des six exploitations de poules pondeuses traitées avec le Dega-16 par la société de service belge. Les résultats s’avèrent non conformes quelques jours plus tard.

Du 26 au 31 juillet: contrôle dans toutes les exploitations qui pourraient avoir utilisé un produit contenant du fipronil, avec saisie de tous les œufs présents et échantillonnage.

À partir du 31 juillet: une surveillance accrue est lancée dans le secteur, y compris au sein des opérateurs non suspects afin de vérifier si l’enquête couvre toutes les pistes et que le fipronil n’est pas arrivé dans la chaîne via un autre circuit que la firme belge distributrice du Dega-16.

Le 8 août, l’Afsca annonce que des analyses réalisées sur des échantillons d’une des 86 entreprises bloquées font état d’un dépassement du seuil de sécurité européen, qui est de 0,72 mg/kg. Le gouvernement fédéral décide ensuite de rappeler tous les œufs douteux et de mettre à disposition un numéro vert pour permettre à la population de poser des questions.