CANAL DU CENTRE

Peupliers abattus, projet de parking...bisbrouilles au Canal du Centre

40 peupliers et 13 sycomores ont été abattus par le SPW au niveau de l'ascenseur n°3. Les riverains crient au scandale, le SPW invoque la prévoyance. Sur fond de projet polémique de construction d'un parking.

Le Canal du Centre historique a changé de visage à Strépy-Bracquegnies, au niveau de l'ascenseur n°3 et de la Salle des Machines. Depuis environ deux semaines, le SPW Voies Hydrauliques (DG-02) fait le grand ménage le long de la rive droite du canal. 

Ce sont 40 peupliers et des érables cycomores qui ont été abattus, suscitant l'incompréhension chez certains riverains. "On n'a pas été informés qu'ils allaient abattre ces arbres. Ils étaient soi-disant malades, mais j'en doute", s'émeut une voisine remontée contre cette coupe massive. "Il y avait 2-3 arbres qui embêtaient et devaient être coupés et ils en ont profité pour tout couper!"

Un élagage inutile pour les riverains, qui se plaignent aussi de la vue directe qu'ils ont désormais sur les bennes à ordures du SPW. De ces travaux résultent une perte d'intimité et une détérioration du cadre de vie. "C'était notre petit coin de paradis. On se levait et on se croyait dans les Ardennes" regrette tristement cette habitante.  

Qui est également en colère: "Ce qui nous met hors de nous, c'est que ce site est classé UNESCO. Nous quand on veut mettre un Velux, on doit demander une autorisation et eux ils détruisent tout pour un parking!". Ce fameux parking pour lequel la Région wallonne a annoncé un budget de 5 millions d'euros dans le but de renforcer l'attractivité touristique du Canal du Centre au niveau de l'ascenseur n°3.

 

Rendre les berges du canal plus attractives et sécurisantes 

 

Du côté du SPW, on prend une longue inspiration avant d'expliquer le pourquoi du comment. Non, cet abattage n'est pas lié au projet de parking. Cette action prend ses racines dans une étude globale sur le Canal du Centre publiée en 2008 et réalisée par le bureau d'études Poly'art. "Chaque zone comprise entre l'ascenseur n°1 et n°4 a fait l'objet d'une étude approfondie", souligne Dominique Denis, ingénieur au SPW Voies Hydrauliques. 

L'objet de cette étude: établir un plan d'actions permettant la conservation durable de ce site protégé, tout en améliorant son attractivité touristique. Parmi les actions se posait la question des plantations le long des berges, dont ces peupliers de l'ascenseur n°3. "Les 40 peupliers devaient être coupés pour faire de la place et seront remplacés par des espèces indigènes, commes des hêtres et des tilleuls."

"Il faut savoir que le peuplier est une plantation à un but pécunier. Il grandit vite et est utilisé pour du placage bois. L'objectif avéré de ce type de plantations, c'est d'avoir des arbres rentables, une fois arrivés à maturité. Et ils sont tellement à maturité qu'ils tombent en cas de tempête, comme en 2010. C'est pour se prémunir des accidents et éviter que des arbres ne tombent dans les jardins ou sur les abris de jardin de riverains que l'on coupe." Bref, selon le SPW, on coupe des arbres qui auraient de toute façon été coupés. 

 

"Si un arbre tombe, c'est pour notre pomme!"

 

Autre problème à résoudre pour le SPW: le ruisseau du Thiriau qui longe le canal, et dont les berges sont affaiblies, à cause des grands arbres. Couper peupliers et sycomores contribuerait à résoudre le problème. "Nous nous sommes concertés avec la DG03 (SPW - Service environnement), qui a marqué son accord. Nous avons fait le nécessaire auprès des services patrimoniaux et avons obtenus les certificats nécessaires au vu du caractère UNESCO du site. nous avons lancé la demande de travaux et avons eu l'autorisation pour l'abattage, dont nous avons remis une copie à la Ville de La Louvière."

A ces coupes se rajoutent aussi l'abattage de pousses "spontanées", derrière le bâtiment destiné à l'accueil des touristes et qui le menaçaient. Dominique Denis insiste: "Tout a été fait dans les règles, même s'il n'y a pas eu de publicité. Nous avons fait ce qui était nécessaire. Si un arbre tombe dans un jardin voisin, le dédommagement sera pour notre pomme! Nous prenons nos précautions et notre rôle est de protéger le public de tels désagréments."

Les hêtres et tilleuls qui remplaceront les peupliers et sycomores seront espacés de 8 mètres au lieu de 2 afin qu'ils ne se fassent pas d'ombre. La lumière dégagée par l'opération d'abattage doit aussi permettre de raviver un couvert végétal.

 

D'autres phases d'abattage?

 

Pas de quoi rassurer les riverains. "Nous avons obtenu par hasard une copie du permis d'urbanisme. Il prévoit des essences ayant 14 cm de diamètre à un mètre du sol", nous explique l'un d'eux. Pas de quoi remplacer un barrage de peupliers donc. Quant à l'argument de la dangerosité des arbres en cas de tempête, ce même riverains le trouve mal indiqué. "En 2010, ce n'était pas une tempête, mais un ouragan. La moitié du parc de Bracquegnies a été dévastée."

Enfin, les riverains s'interrogent sur ce fameux parking à touristes que le SPW voudrait construire. "Ce parking nécessitera une deuxième opération d'abattage, et la circulation des touristes se fera derrière nos maisons. Nous n'avons aucune information sur la circulation prévue, le nombre d'emplacements..."

Les riverains sont conviés à une réunion d'information à ce sujet le mardi 5 septembre à 18h30 à la cafétaria de la Salle des Machines. La rencontre risque d'être longue. 

 

Rasera-t-on aussi à l'Ascenseur 4?

 

Entre riverains et SPW, on n'est pas du tout sur la même longueur d'ondes quant à l'importance patrimoniale à accorder aux peupliers et autres grands arbres plantés dans le courant du 20e siècle. Pour les défenseurs des arbres, il s'agit de peupliers remarquables qui font partie intégrante du site classé par l'UNESCO. Le site classé en 1998 est "complètement défiguré" par l'action du SPW - Voies hydrauliques estiment-ils.

De son côté, le SPW estime qu'il faut adapter les berges aux usages contemporains, les rendre plus attrayantes aux touristes et les sécuriser un maximum vis-à-vis des habitations riveraines. Les berges de l'ascenseur n°4 devraient subir le même sort que celles de l'ascenseur n°3, soit abattage des peupliers et remplacement par des espèces plus petites et indigènes. La demande de permis a été rentrée.