ESPAGNE

Il faisait du foot espagnol sa mafia: la chute d’Angel Maria Villar

Il faisait du foot espagnol sa mafia: la chute d’Angel Maria Villar

Angel Maria Villar a passé jeudi sa première nuit dans la fameuse prison de Soto del Real, près de Madrid, où sont régulièrement placés en détention les hommes politiques et entrepreneurs mis en cause pour corruption. AFP

Il tenait, selon la justice, la Fédération de football espagnole (RFEF) d’une main de fer et distribuait punitions et faveurs à sa guise: le patron du foot espagnol Angel Maria Villar, incarcéré, est finalement tombé après des années de controverses.

Angel Maria Villar a passé jeudi sa première nuit dans la fameuse prison de Soto del Real, près de Madrid, où sont régulièrement placés en détention les hommes politiques et entrepreneurs mis en cause pour corruption.

Son fils Gorka Villar, âgé de 29 ans, a également été écroué.

Ils sont mis en examen pour «détournements de fonds, abus de confiance et/ou escroquerie, faux en écriture et corruption entre particuliers».

Le magistrat qui a instruit la plainte déposée par le Conseil supérieur des sports, dresse, dans une ordonnance de 44 pages où il justifie ce placement en détention, une implacable liste d’éléments à charge.

Également vice-président de la Fifa et de l’UEFA, Villar avait résisté à la tempête judiciaire ayant emporté en 2015 les présidents de ces institutions, le Suisse Joseph Blatter et le Français Michel Platini, mais avait dû renoncer à briguer la présidence de l’instance du football européen. Si l’on en croit la justice, il jouait sur tous les tableaux: pour s’assurer du soutien des présidents de fédérations locales, il distribuait les faveurs, comme l’organisation ici ou là de matches amicaux.

«Réseau clientéliste»

Au passage, il servait aussi son fils qui en profitait pour placer son entreprise en tant que prestataire de services. Il favorisait également ses proches et amis et punissait les critiques.

Depuis 1988, Villar aurait créé «un réseau clientéliste» au service de son clan et «attribuait de manière arbitraire les contrats de fourniture de services à des entreprises liées directement ou non», à son réseau, résume le magistrat Santiago Pedraz, pourtant peu enclin à écrouer les prévenus.

Et il menait également grand train, aux frais de la RFEF.

Pour étayer ses propos, le juge a reproduit dans son ordonnance des extraits d’écoutes téléphoniques, repris par toute la presse espagnole vendredi.

Ainsi, pas plus tard qu’en juin, le président de la fédération de Cantabrie (nord) Jose Ángel Peláez, évoque la mise de côté de 5,2 millions d’euros pour que Villar s’en serve à sa guise, «comme tes couilles te le dicteront».

Un autre enregistrement porte sur une conversation entre l’ancien sélectionneur Javier Clemente et Juan Padrón, en charge des affaires économiques à la fédération, où il évoque des faveurs au président de la fédération de Murcie: la célébration chez lui d’un match amical entre l’Espagne et la Colombie en échange de voix lors des élections de mai.

«Putain Juan… ce sont des voix achetées… amen amen en échange d’argent» dit Clemente.

Nouveau coup dur pour le foot espagnol

Le Conseil supérieur des sports (CSD), l’équivalent d’un secrétariat d’Etat aux Sports, s’est immédiatement saisi du dossier jeudi soir et a annoncé avoir informé la Cour administrative des sports afin qu’elle mette en oeuvre une procédure disciplinaire en vue de sa destitution.

La mise en examen de Villar a laissé la fédération «comme une fourmilière incendiée», a affirmé vendredi le directeur du quotidien As, Alfredo Relaño, dans un éditorial.

La fédération devra désormais lui trouver un successeur, au moins intérimaire, dans l’attente de nouvelles élections.

Le CSD a aussi convoqué pour mardi son organe de direction afin qu’il suspende Villar de ses fonctions, de même que les autres dirigeants mis en cause. Il a par ailleurs organisé la réunion, qui s’est tenue en l’absence du président, à l’issue de laquelle a été publié vendredi le calendrier de la saison 2018-2019.

La détention de Villar est un nouveau coup pour le football espagnol, terni ces dernières années par des enquêtes fiscales visant les footballeurs stars, soupçonnés d’avoir fraudé le fisc.

L’attaquant du Real Madrid Cristiano Ronaldo sera d’ailleurs entendu le 31 juillet par la juge en charge d’une enquête le visant pour une fraude fiscale présumée de 14,7 millions d’euros.

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