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SÉRIE D'ÉTÉ (2/8) | Trains: le Canari une mécanique et des histoires

Plus qu’un moyen de transport, le train jaune est le symbole des Pyrénées catalanes. Une histoire de passionnés qui, à plusieurs reprises, a failli s’arrêter.

Jaune. Une couleur atypique qui va bien à ce train qui traverse la région la plus ensoleillée de France. Une couleur qui symbolise l’amitié et les rencontres. Une couleur qui lui donne un côté un peu rétro. Tout ce qu’il n’est pourtant pas.

Inaugurée en 1910, la ligne du train jaune est un véritable bijou de technologie. Adaptée à son environnement, cette ligne est la seule à monter à plus de 6%. C’est également une des rares à fonctionner avec un système métrique. Pour permettre au train de prendre des courbes plus serrées. Totalement autosuffisant d’un point de vue énergétique, le train fonctionne à la force hydraulique avec un troisième rail à la place des caténaires.

Encore actuellement, ces prouesses techniques impressionnent. Alors imaginez à l’époque. Pourtant, 40 ans après la fin de sa construction, celui qu’on surnomme le Canari est menacé. «Trop cher.» « Devenu inutile suite aux investissements routiers.» Depuis lors, des passionnés n’ont jamais cessé de se battre pour le conserver.

Joël, le sang jaune

C’est notamment le cas de Joël Molinier, conducteur de père en fils. Dessinateur industriel de formation, il a finalement suivi les traces de son père en devenant conducteur à la SNCF et en étant assigné à la ligne jaune. Amoureux de la nature et de sa région, il le vit comme un retour au pays. Au soleil. À l’air pur, loin de la ville. À plus de liberté. À plus de convivialité aussi. «On travaille comme à la SNCF il y a 50 ans. On n’est pas stressé. Pas pressé. On n’a pas de hiérarchie directe. On se connaît tous. Cela fait des années qu’on travaille ensemble. C’est une optique qui me convient.»

Cette ligne, il l’a dans le sang. Cela se voit quand il raconte l’histoire de son train. Il connaît chaque paysage par cœur. Chaque endroit lui évoque des souvenirs. Comme le cerisier qu’il a planté à côté de la gare d’Osséja lorsqu’il y habitait, petit. Il aime les voir changer au fil des saisons. Retrouver le gibier en été. Admirer les grandes étendues de neige en hiver et voir se colorer les arbres en automne.

«On roule lentement, cela permet de profiter. Je n’ai jamais été lassé des paysages que je traverse. Au contraire, quand on a l’habitude de les regarder, on voit les choses différemment. On remarque le moindre petit changement.» Après 16 ans de conduite du train jaune et malgré tout ce qu’il aime sur cette ligne, ce n’est pas un avenir qu’il aimerait pour son fils. Lui-même quittera la région pour conduire sur des lignes régulières à Bézier dans quelques semaines. «Je suis fatigué du combat pour maintenir la ligne. Je sais que le train ne va pas s’arrêter de rouler, mais que les conditions ne seront plus les mêmes pour les conducteurs. Financièrement et humainement.»

Georges, journaliste devenu militant

Journaliste dans la région, Georges Bartoli y croit encore. Après avoir couvert les conflits liés à la fermeture de la ligne, il s’est pris de passion pour ce combat qui est aujourd’hui le sien. Vice-président de l’association Sauvez le train jaune, il croit dur comme fer à sa survie. Mais pas sans certaines adaptations.

Pour lui, la clé pour réussir à converser le train ce sont les habitants du coin. «Il faut rénover la ligne pour que le train jaune existe pour les touristes, mais aussi pour les habitants. Aujourd’hui, il ne répond plus à la demande des locaux. Il est trop cher, trop lent. Au départ, c’était le moyen le plus efficace pour traverser la région. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas et il faut se battre pour retrouver une position concurrentielle par rapport aux autres moyens de transport, moins écologiques.»

Dans leur combat, Georges et ses amis ont déjà gagné une bataille: 150 millions d’investissement pour rénover les châssis et les moteurs de train qui datent encore du début du XXe siècle.

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