MOUSCRON

L’ancienne piscine au temps du modernisme

L’ancienne piscine au temps du modernisme

Vue extérieure de la piscine sur une carte postale imprimée par Nels (Bruxelles) et éditée par Désiré Desseaux, vers 1950. ÉdA – 302064361180©Cartafana

La création de l’ancienne piscine a marqué l’évolution de la cité hurlue. Plongeons dans son histoire grâce à un mémoire…

Faisons un bond dans le passé. Nous sommes dans la période de l’entre-deux-guerres. La ville de Mouscron est en pleine expansion due à l’essor de l’industrialisation en Wallonie. En quelque temps, elle passe de 24 000 à 35 000 habitants. Parmi les nouveaux arrivants, beaucoup sont des ouvriers venus de Flandre. Il est dès lors nécessaire de construire des logements supplémentaires. À l’époque, la majorité au pouvoir est socialiste. Joseph Vandevelde, député-bourgmestre de Mouscron, introduit une demande auprès de Jules Geldhof, architecte mouscronnois, afin de mener de nombreux travaux dans la ville. Plus de 600 maisons sont alors construites, spécialement dans le quartier du Nouveau-Monde, mais également au parc ou au Risquons-tout. Des voiries sont également créées pour permettre aux nombreux ouvriers d’arriver jusqu’à ces habitations. Ceux-ci viennent accompagnés de leur famille, ce qui nécessite la construction de plusieurs écoles communales. Enfin, en 1936, Joseph Vandevelde souhaite la fabrication d’un bâtiment pour l’hygiène et activités sportives. D’où la naissance d’un bassin de natation.

Le style paquebot dans l’ère du modernisme

Parallèlement se développent la piscine de Roubaix ainsi que les bains de la Sauvenière, à Liège. Il s’agit avant tout d’une demande nationale, si bien que des subsides sont octroyés. Une société de loisirs commence à naître. Au départ pensé à la rénovation urbaine, c’est finalement place de l’Ours que Jules Geldhof trouve son terrain pour la construction du bassin à Mouscron. L’espace, anciennement occupé par un chemin de fer, est complètement libre. Dans un esprit moderniste, il commence alors les travaux. De l’extérieur, on y observe une juxtaposition de volumes géométriques simples, fait de briques couleur ocre. La forme prime sur le décor. Cependant, avec son entrée massive en courbe et sa tour destinée aux pompiers, qui rappelle un phare, le bâtiment prend la forme d’un bateau. Outre son lien direct avec la piscine, ce style «paquebot» est avant tout un symbole du progrès industriel. En 1940, les travaux sont mis en pause, due à la guerre qui éclate. Le bâtiment sera finalement inauguré en 1948, dix ans après le début des travaux.

À l’époque, deux clubs de natation existaient: le Cercle Neptune et la Fraternité. Ils fusionnent et forment le club des Dauphins, encore existant aujourd’hui. George Agache devient le directeur de l’établissement et ce, jusqu’en 1985.

Apprentissage de la nage par câble?

Au début des années 50, la mixité commence à voir le jour, tout doucement. Certaines plages horaires sont donc non mixtes, tandis que d’autres le sont. Dans l’entrée principale, les femmes passent à gauche pour accéder aux cabines de l’étage, tandis que les hommes tournent à droite et se changent au rez-de-chaussée. Cette double galerie de cabines est typique des bassins de l’entre-deux-guerres. Au total, il y a 166 cabines, dont quatre sont des toilettes. Pas besoin de bracelet pour aller nager, il suffit de retenir le numéro de sa cabine et d’appeler le gardien qui ferme la porte à clé derrière vous.

Rapidement, la ville de Mouscron va demander à George Agache de convaincre les écoles de venir, pour y apprendre à nager, mais également pour rentabiliser le lieu. À l’époque, pas de brassards. L’apprentissage se fait avec un câble auquel on s’attache. À l’étage, 14 salles de bains sont à disposition des nageurs, en échange de quelques francs. Beaucoup n’ont pas encore de salles de bains privées chez eux. Les nageurs afflueront dans ce lieu jusqu’à la fin des années 80.


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