Guerre Orange / VOO: les régulateurs changent le cours de la bataille

Guerre Orange / VOO: les régulateurs changent le cours de la bataille

Orange Belgium réclame que le prix d’accès au câble de VOO et de Telenet soit réduit à l’heure de louer leurs infrastructures. Rasulov - stock.adobe.com

L’offre Internet et télévision d’Orange via le câble de VOO est en passe d’obtenir un ballon d’oxygène réclamé à cor et à cri par l’opérateur.

Internet, TV digitale, téléphonie fixe: le consommateur belge est soumis à des tarifs vertigineux par rapport à ses voisins européens.

Notre marché est minuscule, se justifie régulièrement la majorité des opérateurs pointés du doigt.

Et si l’insuffisance de la concurrence était le vrai mal qui gangrène notre marché des télécoms?

Comme le rappelle le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), «Sur le territoire belge, il n’existe le plus souvent que deux réseaux pour connecter les utilisateurs»:

- Le réseau de Proximus.

- Le câble de télédistribution (Nethys/VOO/Brutélé, Telenet/SFR).

Ce n’est pas un monopole au sens le plus strict du terme, mais ça y ressemble.

Constat implacable, aucun concurrent n’a les reins assez solides pour creuser des tranchées dans tout le pays et développer son propre réseau.

Conséquence, quiconque souhaite proposer l’Internet domestique et/ou la TV digitale se doit de nouer un accord avec l’un des propriétaires historiques pour louer ses infrastructures.

C’est là que le bât blesse. Et que la guerre fait régulièrement rage entre les câblo-opérateurs et les candidats «locataires» potentiels.

Schématiquement:

- Ceux qui souhaitent «entrer» sur le câble dénoncent des tarifs d’accès trop élevés pour développer une offre concurrentielle.

- Les câblo-opérateurs rétorquent que cette ouverture à contrecœur aux concurrents les force à réduire les investissements dans le développement du réseau.

Après une lutte acharnée, Orange a malgré tout relancé une offre Internet + TV en mars 2016 via le câble de VOO/Nethys et de Telenet.

Au terme de longues négociations arbitrées par le CSA et les autres régulateurs (IBPT, Medienrat, VRM), l’ex-Mobistar bénéficie pendant deux ans de tarifs de gros préférentiels à l’heure de louer les infrastructures de ses concurrents.

Michaël Trabbia, le CEO d’Orange Belgium, ne s’en cachait pas dans la longue interviewqu’il nous avait accordée en janvier 2017.

Le groupe travaille les régulateurs au corps pour décrocher «une amélioration des conditions qui nous permettrait de continuer à proposer des tarifs intéressants à nos clients.»

Est-ce que ce travail de sape a déjà porté ses fruits?

Ce vendredi 7 juillet, une prise de décision des régulateurs des télécoms est en passe de changer le cours de la guerre Orange / VOO.

C’est un changement majeur.

Les régulateurs modifieront à terme la méthode de calcul du prix de gros facturé par le câblo-opérateur à l’opérateur qui loue ses infrastructures.

Dans le détail, le système va passer de la logique du «retail-minus» à celle du «cost plus»:

- Selon le principe du «retail-minus», VOO/Nethys part du prix facturé au client final (vous) et déduit certains frais pour déterminer le prix de gros qui sera payé par Orange.

- Selon le principe du «cost plus», VOO/Nethys calculera le prix de gros de chaque client en ajoutant une marge au coût réel/vérité du service fourni.

Cette fameuse marge devra être «raisonnable», insiste le CSA, tout en conservant «un incitant suffisant à investir dans des infrastructures nouvelles et améliorées.»

En attendant «le développement de nouveaux modèles de coûts», le CSA et ses partenaires envisagent «soit le maintien des tarifs à leur niveau actuel, soit la correction de ces tarifs sur base d’un benchmark national et/ou international.»

 

 

«Nous perdons de l’argent sur chaque client»

 

C’est au forceps qu’Orange Belgium s’est invité sur les réseaux câblés de VOO et Telenet pour proposer l’Internet et la télévision digitale.

La lutte s’est révélée tout particulièrement acharnée avec le groupe VOO/Nethys, qui n’a pas souhaité réagir à chaud sur le sujet.

Cette décision du CSA de changer le mode de calcul du prix de gros de chaque client, est-ce dès lors une grande victoire pour Orange?

«Les intentions affichées sont positives», commente Michaël Trabbia, CEO d’Orange Belgium. «Il y a une volonté de poursuivre la dynamique concurrentielle mais beaucoup de choses doivent encore être clarifiées.»

«Nous restons vigilants», poursuit-il. «Il y a des intentions et des principes. Mais comment est-ce que ça va se traduire concrètement? Actuellement, nos conditions d’accès au câble ne sont pas suffisantes, ne sont pas convenables, ne sont pas tenables. Ces conditions nous ont permis de faire notre entrée sur ce marché, de le faire bouger et de le faire changer alors qu’il souffrait d’un manque de concurrence. Mais nous perdons de l’argent sur chaque client.»

«Quand je regarde les analyses, nous devons obtenir une baisse du prix de gros allant jusqu’à 10€ par client et par mois pour maintenir une offre concurrentielle et rentable. Ce n’est que dans de telles conditions que nous pourrons proposer l’Internet et la TV digitale en stand-alone, c’est-à-dire sans obligation de souscrire également un abonnement mobile.»

 

 

Proximus aussi pointé du doigt

 

Dans leur analyse du marché des télécoms tout juste diffusée, les régulateurs belges soulignent d’un gros trait rouge que le secteur est loin d’être concurrentiel.

«Chez Proximus, nous considérons cette consultation comme une occasion de renforcer le dialogue avec les régulateurs et de continuer à partager avec eux notre avis sur le marché belge de la large bande», commente Haroun Fenaux, le porte-parole de Proximus. «Nous espérons sincèrement que les régulateurs tiendront compte de cet avis, car nous estimons à ce stade que leur analyse du marché n’est pas correcte.»

«Prétendre que le marché belge de la large bande n’est pas concurrentiel est inexact. À l’heure actuelle, presque tous les citoyens et toutes les entreprises de Belgique bénéficient de réseaux large bande de très haute qualité. Ce n’est certainement pas le cas dans tous les pays européens. En France, par exemple, la couverture large bande est nettement plus limitée qu’en Belgique. Par ailleurs, les prix des packs multiple play en Belgique ont baissé de 30% entre 2011 et 2016 pour un service de qualité identique. Malgré la perception des régulateurs, les prix de la large bande en Belgique sont conformes aux normes européennes.»