VICTIMES DES ATTENTATS

Face à la loi, les victimes se résignent

Face à la loi, les victimes se résignent

Le témoignage douloureux des victimes le 30 mai en commission avait ému les députés. Mais pas suffisamment pour répondre aux attentes des victimes. BELGA

La loi sur le statut des victimes des attentats a été votée. Mais il ne satisfait pas les victimes qui étaient en droit d’attendre un vrai signe de soutien.

Tout le bon sens d’une loi sur le statut des victimes des attentats avait été résumé par Paul Martens, expert pour la commission Justice et Santé qui s’est penchée sur le projet de loi. Car, ce qui a été voté hier au parlement, s’éloigne assez fort des recommandations de l’expert. Des recommandations qu’il avait formulées lors du très poignant témoignage des victimes, le 30 mai dernier.

Quelques amendements ont été apportés mais la loi se situe largement en dessous des attentes des victimes. Muriel Gerkens (Écolo-Groen) s’est abstenue au moment du vote. «On se retrouve sur une réponse partielle, voire décevante. Le gouvernement ne consulte personne et vient avec un projet de loi qui ne rencontre pas les préoccupations premières des victimes. Notamment avec un organisme qui prend tout en charge. Ça ne va pas de s’être gouré à ce point.»

Les victimes réclamaient la mise en place d’un guichet unique pour faciliter l’accompagnement administratif. Elles réclamaient aussi la mise en place d’un fonds permettant une indemnisation immédiate afin de subvenir aux besoins urgents. Sur ces aspects, le projet de loi ne répond pas aux attentes… «Il y a un gros problème de traitement entre les victimes», peste l’avocat Antoine Chomé mandaté par l’association Life4Brussels.

Le projet de loi qui a été proposé au vote des parlementaires a rectifié l’inégalité qui était de mise entre des victimes belges et des victimes étrangères. Mais sur l’indemnisation, l’avancée est maigrichonne.

En fonction de l’endroit où l’attentat sera commis, le traitement sera inégal. Dans le cadre des attentats du 22 mars, les assurances du métro et de l’aéroport prendront en charge les frais et les dommages des victimes. «C’est l’assurance d’exploitation qui couvre les victimes.» Mais s’il n’y a pas d’assurance, les victimes toucheront au maximum une indemnisation de 5 000€ par an! «J’aimerais que Geens (NDLR: le ministre de la Justice) aille expliquer à une personne qui a perdu l’usage de ses deux jambes qu’elle ne touchera que 5 000€ jusqu’à la fin de ses jours!»

L’avocat s’interroge d’ailleurs: pourquoi parer au plus pressé? «Quelle est l’urgence car cette loi ne va indemniser personne du 22 mars.» Le combat des victimes à ce stade, c’est surtout d’obtenir un cadre législatif qui permet d’encadrer au mieux les futures victimes.

Koen Geens a d’ailleurs annoncé un autre projet de loi dans la foulée. Sur le fond, l’intention du ministre est encore assez floue. S’il s’agit de la création d’un fonds de garantie, peut-être pourrait-il répondre aux attentes des victimes. «L’important est de maintenir la pression sur Geens», conclut Muriel Gerkens.

Nos dernières videos